Pays-Bas

Une toute nouvelle vie derriĂšre les barreaux

  • PubliĂ© le 10 juillet 2017 Ă  10:07
Anneloes van Boxtel, directrice de projet immobilier auprÚs du ministÚre de l'Intérieur, pose le 9 juin 2017 devant la prison Boschpoort à Breda, transformée en bureaux

Les voix résonnent en un ample écho sous le dÎme majestueux et lumineux de la prison de Breda, dans le sud des Pays-Bas. Elles brisent le silence dans ce bùtiment vieux de 130 ans, vide de tout détenu comme des dizaines d'autres établissements pénitentiaires du pays, et désormais réaffecté à un tout autre usage.

Centre de détention depuis sa construction en 1886, la prison de Breda a récemment perdu sa fonction principale, en raison d'une criminalité en chute libre depuis plus de dix ans aux Pays-Bas grùce à la prévention et à la politique de réintégration. Sous la coupole, depuis le centre de la cour principale, il est possible d'observer tout ce qu'il se passe aux alentours. C'est le principe du panoptique tel qu'imaginé au XVIIIe siÚcle par le philosophe anglais Jeremy Bentham et popularisé au XXe siÚcle par son confrÚre français Michel Foucault dans sa réflexion sur la question du contrÎle dans une société disciplinaire.

Une telle architecture offre une vision à 360 degrés: des escaliers métalliques en colimaçon à la cantine sous le sol de verre, et des terrains de sport tracés sur le béton aux cellules qui ponctuent les murs hauts de quatre étages... Leurs portes couleur rouille sont grandes ouvertes et les nouveaux occupants des lieux ont la clé qui leur permet d'entrer et de sortir à leur guise: 90 entrepreneurs travaillent dans les ailes de ce monument historique protégé.

Parmi eux, Miguel de Waard, co-fondateur de la start-up d'images 3D Red Panda VR. Lui et ses collĂšgues ont branchĂ© Ă©crans et ordinateurs dans une piĂšce Ă©purĂ©e de l'ancien tribunal situĂ© dans l'enceinte de la prison. "Nous sommes instantanĂ©ment tombĂ©s amoureux de ce bureau: le haut plafond, les grandes fenĂȘtres...", explique le jeune entrepreneur. "Et puis c'est en plein centre-ville".

Mais s'ils ne voient plus les barreaux qui traversent toujours les fenĂȘtres, l'atmosphĂšre des lieux continue de les impressionner. "Chaque fois que nous entrons dans le dĂŽme ou la prison pour femmes, c'est plutĂŽt sombre, il y a beaucoup d'histoire, ça se sent", remarque Miguel. Le tribunal, lui, s'est mĂ©tamorphosĂ© en salle de rĂ©union, oĂč une table haute en plastique oĂč l'on peut manger debout trĂŽne dĂ©sormais Ă  la place du siĂšge du juge, entourĂ©e de tables de cantine.

- Du collÚge au resto étoilé -


Si 38 prisons abritent encore des détenus aux Pays-Bas, 27 établissements pénitentiaires et judiciaires jugées excédentaires ont été fermées depuis 2014, selon les ministÚres de l'Intérieur et de la Justice. Six d'entre eux ont été vendus pour un revenu total de 20,7 millions d'euros. D'autres ont été loués, le plus souvent pour l'accueil de demandeurs d'asile, rapportant jusqu'à présent 18 millions d'euros. Car aprÚs une forte hausse de la criminalité et la saturation des prisons en Europe dans les années 1990, la tendance néerlandaise est à la baisse. "Les juges condamnent différemment, pas plus légÚrement mais bien autrement, avec des peines de travail, des bracelets électroniques et des cliniques" spécialisées, rapporte Anneloes van Boxtel, directrice de projet immobilier auprÚs du ministÚre de l'Intérieur. Résultat: les crimes et délits ont dégringolé de 26% de 2007 à 2015, d'aprÚs l'Office central des Statistiques (CBS).

En dix ans, le nombre de personnes envoyĂ©es en prison chaque annĂ©e a chutĂ© de 25%, de 50.650 en 2005 Ă  37.790 en 2015. Et le taux d'incarcĂ©ration s'affichait Ă  57 dĂ©tenus pour 100.000 habitants, contre 458 aux Etats-Unis. C'est ainsi que la maison d'arrĂȘt de Veenhuizen (nord) est louĂ©e, gardiens compris, Ă  la NorvĂšge pour ses propres hors-la-loi et qu'un restaurant Ă©toilĂ© a pris ses quartiers dans la prison pour femmes de Zwolle (nord-est).

A vendre pour 60 millions d'euros, prix de départ: l'Etat cherche à céder l'établissement pénitentiaire d'Amsterdam Overamstel, qu'il souhaite voir transformé en un véritable quartier avec des milliers d'habitations. Et la prison-coupole d'Haarlem, rachetée par la municipalité pour 6,4 millions d'euros, doit devenir un collÚge universitaire d'ici la rentrée 2019. "Du sur-mesure", précise Mme Van Boxtel, avec une "valeur ajoutée pour la ville".

- Rouvrir la prison -


A Breda, les 33.302 mĂštres carrĂ©s de la prison ont Ă©tĂ© confiĂ©s fin 2016 Ă  l'organisme de gestion VPS pour la rĂ©alisation de ce projet Ă  "destination sociale". "Cela nous a pris un mois avant de pouvoir accueillir les premiĂšres entreprises", souligne Mandy Jak, conseillĂšre en communication et marketing. "Nous devions surtout veiller aux clĂ©s: quelles portes ouvrir et fermer? les gens peuvent-ils s'enfuir en cas d'urgence? comment empĂȘcher les intrus d'entrer?" "Notre plus grand dĂ©fi Ă©tait... de rouvrir la prison!", s'exclame-t-elle.

Certains soirs, quand vient la nuit, le dĂŽme haut de 37 mĂštres fait un bond en arriĂšre et les lourdes portes mĂ©talliques se ferment Ă  nouveau derriĂšre 350 personnes fraĂźchement incarcĂ©rĂ©es... de leur plein grĂ© ! Des participants Ă  un jeu grandeur nature "Prison Escape" (s'Ă©vader de la prison) pour adultes, oĂč sont enrĂŽlĂ©s 80 acteurs pour l'occasion, se barricadent dans les cellules inoccupĂ©es et prennent possession des lieux avec l'objectif d'en sortir Ă  tout prix. Euphoriques, 60 Ă  80% de ces prisonniers d'une nuit rĂ©ussissent Ă  s'Ă©chapper via l'une des dix pistes possibles. AprĂšs le jeu, l'Ă©tablissement revient Ă  sa nouvelle vie sans dĂ©tenu. D'autres prisons pourraient encore ĂȘtre fermĂ©es dans les mois Ă  venir, d'aprĂšs Mme Van Boxtel. Pour entamer une vie meilleure...

AFP

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