Santé

Vaccin contre la variole du singe : comment il fonctionne et quelle est son efficacitĂ©

  • PubliĂ© le 3 aoĂ»t 2022 Ă  15:42
  • ActualisĂ© le 3 aoĂ»t 2022 Ă  16:36
Une dose de vaccin contre la variole du singe, 27 juillet 2022 dans un centre de vaccination Ă  Paris

Conçu contre une maladie cousine, le vaccin contre la variole du singe est utilisé pour protéger les plus à risque face à la propagation de la maladie hors des zones endémiques. Le point sur son fonctionnement et son efficacité. Avec 3.738 cas selon le dernier rapport de l'OMS et les deux premiers morts recensés en Europe, l'Espagne est le pays le plus touché au monde, devant les Etats-Unis (3.478).

 - Quel vaccin ? -

C'est un vaccin contre la variole humaine, maladie mortelle éradiquée en 1980, qui est utilisé actuellement contre la variole du singe. Ces deux virus font partie de la famille des "orthopoxvirus". Le sérum utilise un troisiÚme virus de cette famille, proche génétiquement, celui de la vaccine.

La vaccine, inoffensive chez l'homme, a permis au XVIIIe siĂšcle au mĂ©decin britannique Edward Jenner d'Ă©laborer le principe mĂȘme de la vaccination (et de crĂ©er le premier vaccin anti-variolique): Ă©duquer le systĂšme immunitaire en confrontant l'organisme Ă  un virus voisin de celui Ă  combattre. "Il y a une homologie de 90 Ă  95% des protĂ©ines virales impliquĂ©es entre les virus de la variole et de la variole du singe. Donc prendre un vaccin trĂšs proche pour le bloquer est une stratĂ©gie qui a fait ses preuves", dĂ©clare Olivier Schwartz, responsable de l'unitĂ© virus et immunitĂ© Ă  l'Institut Pasteur.

Le vaccin actuel, fabriqué sur culture cellulaire et non plus sur animal, est dit de "troisiÚme génération car il a été amélioré par rapport aux deux précédentes pour limiter les effets secondaires", précise Yannick Simonin, maßtre de conférences à l'université de Montpellier, spécialiste des virus émergents.

Lire aussi : Espagne: deuxiÚme décÚs d'un patient contaminé par la variole du singe

- Quelle protection ? -

L’infection par la variole confĂšre une protection croisĂ©e contre le virus cousin de la variole du singe, un mĂ©canisme similaire avec le vaccin anti-variole face Ă  la variole du singe. S'il n'y a pas encore de donnĂ©es Ă  large Ă©chelle, des Ă©lĂ©ments Ă©pidĂ©miologiques passĂ©s et des tests en laboratoire font anticiper une efficacitĂ© forte du vaccin anti-variolique actuel face Ă  la variole du singe.

"Le chiffre de protection vaccinale de 85% date d’études des annĂ©es 1980-1990 sur le terrain au ZaĂŻre et est assez approximatif", note Olivier Schwartz. Il Ă©voque aussi des Ă©tudes chez des soignants en 2018 et des expĂ©riences sur des macaques semblant montrer une forte efficacitĂ© de la vaccination post-exposition Ă  la variole du singe.

Avoir Ă©tĂ© vaccinĂ© contre la variole avant 1980 apporte a priori une protection immunitaire contre la variole du singe, d'une ampleur et d'une durĂ©e incertaines. "Selon des Ă©tudes par exemple des annĂ©es 2000, on a retrouvĂ© des anticorps contre la variole chez 30% des personnes vaccinĂ©es au moins 20 ans auparavant", indique le chercheur de Pasteur. Et "une dose de rappel va activer les cellules mĂ©moires --lymphocytes B ou T-- et rĂ©activer l’immunitĂ© cellulaire, mĂȘme aprĂšs 20 ou 40 ans".
Yannick Simonin prĂ©vient toutefois que l'immunitĂ© "diminue au cours du temps et que la persistance d'anticorps neutralisants contre le monkeypox n’a jamais Ă©tĂ© Ă©valuĂ©e".

- Quelle production ? -

Le seul vaccin autorisé pour la variole du singe actuellement est fabriqué par le danois Bavarian Nordic, à partir de la souche virale MVA-BN (modified vaccinia Ankara virus). Il est commercialisé sous le nom de Jynneos en Amérique du Nord, d'Imvanex en Europe.

Plusieurs pays et l'OMS conservent des stocks de vaccin anti-variolique par sécurité, notamment face à un risque bioterroriste. Bavarian Nordic s'est associé avec les autorités américaines en 2003, et leur a déjà livré 30 millions de doses. Depuis la flambée actuelle de la variole du singe, un accord prévoit 7 millions de doses supplémentaires.

Selon l'OMS, il y aurait actuellement 16 millions de doses de MVA-BN dans le monde, majoritairement en vrac, ce qui nécessiterait quelques mois avant une mise en flacon pour les utiliser. Il est difficile de connaßtre l'état des stocks, les pays opposant le secret défense au grand dam d'associations et d'élus.

On ignore aussi le détail des commandes auprÚs du seul fabricant actuel. L'UE a jusqu'alors commandé 100.000 doses.Bavarian Nordic a une capacité annuelle de production de 30 millions de doses. Deux autres vaccins, LC16 et ACAM2000, sont à l'étude dans d'autres laboratoires.

- Quelle répartition ? -

Malgré la présence sur une partie du continent de zones endémiques de la variole du singe, plus de 3.000 cas confirmés et, selon des médecins, plus de 70 décÚs potentiels, l'Afrique ne dispose encore d'aucune dose de vaccin.

L'OMS a demandé aux pays disposant de vaccins de "les partager avec les pays qui n'en ont pas", appelant à ne pas reproduire le scénario du Covid-19, quand les pays riches ont gardé de longs mois la quasi totalité des vaccins disponibles.

"Y a-t-il un risque que les pays qui soumettent (des demandes) d'accÚs soient des pays riches? C'est tout à fait possible", a jugé dimanche Meg Doherty, directrice des programmes OMS sur le VIH, l'hépatite, les infections sexuellement transmissibles, réclamant "l'équité" sur le monkeypox lors d'une Conférence internationale sur le sida.

AFP

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