Venezuela

Vastes manifestations de femmes pour et contre Maduro

  • PubliĂ© le 7 mai 2017 Ă  06:07
Manifestation de femmes opposées au président du Venezuela Nicolas Maduro le 6 mai 2017 à Caracas

Des dizaines de milliers de Vénézuéliennes ont manifesté samedi à Caracas contre le président Nicolas Maduro, qui a répliqué par la mobilisation de milliers de ses partisanes contre la "violence terroriste" de l'opposition. Et la tension ne devrait pas baisser dimanche, avec un nouveau rassemblement prévu dans la capitale: des musiciens et des artistes doivent défiler dans l'est de Caracas pour rendre hommage aux victimes.

EmmenĂ©es par des dĂ©putĂ©es, les manifestantes hostiles au prĂ©sident socialiste ont tentĂ© de dĂ©filer samedi jusqu'au siĂšge du ministĂšre de l'IntĂ©rieur et de la Justice mais ont Ă©tĂ© stoppĂ©es par un cordon de militaires appuyĂ©s par des policiers, a constatĂ© un journaliste de l'AFP. VĂȘtues de blanc, elles tenaient Ă  la main des fleurs ou des pancartes condamnant la rĂ©pression contre les opposants au Venezuela, oĂč les violences ont fait 36 morts depuis le 1er avril. En signe de protestation, plusieurs femmes ont dĂ©nudĂ© leur poitrine devant les militaires. "Nous n'avons pas d'armes, nos armes sont nos seins", criaient-elles.

- 'Dictature' -

"La dictature vit ses derniers jours et Maduro le sait, c'est pourquoi il y a ce niveau inédit de répression", a déclaré à l'AFP Maria Corina Machado, une responsable de l'opposition. La vice-ministre de l'Intérieur et de la Justice, Rosaura Navas, s'est rendue prÚs du barrage établi par les forces de sécurité et a écouté les revendications des parlementaires.

Ces derniĂšres ont rĂ©itĂ©rĂ© l'exigence d'Ă©lections gĂ©nĂ©rales et de l'arrĂȘt de la rĂ©pression contre les rassemblements de l'opposition. La vice-ministre a Ă©coutĂ© les opposantes pendant plusieurs minutes avant de se retirer. Les manifestantes se sont ensuite dispersĂ©es sans incident. Plusieurs stations de mĂ©tro de la capitale avaient Ă©tĂ© fermĂ©es, et la prĂ©sence des forces de l'ordre Ă©tait importante sur les artĂšres stratĂ©giques.

Des rassemblements similaires ont eu lieu dans d'autres villes, comme Ă  San Cristobal, dans l'ouest, et Ă  Aragua, dans le nord, oĂč la police a dispersĂ© le dĂ©filĂ© avec des gaz lacrymogĂšnes.

- 'Nous défendons la révolution' -

ParallĂšlement, des milliers de femmes favorables au pouvoir, vĂȘtues de rouge, ont marchĂ© jusqu'au siĂšge de la DĂ©fense populaire, dans le centre de Caracas. "Nous dĂ©fendons Nicolas (Maduro) et la rĂ©volution", a lancĂ© l'une d'elles, Zulei Romero. "Nous sommes venues demander que justice soit faite contre ceux qui encouragent la haine et la rage (...) et qui veulent crĂ©er les conditions d'une guerre civile", a dĂ©clarĂ© aux journalistes Blanca Eekhout, la ministre de la Femme.

Cette mobilisation des femmes des deux camps s'est déroulée sur fond de tensions toujours trÚs fortes au Venezuela. Dans ce pays en profonde crise politique et économique, les opposants défilent presque chaque jour depuis le 1er avril pour exiger le départ de M. Maduro avant la fin de son mandat en décembre 2018.

Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent qu'il quitte immédiatement ses fonctions, d'aprÚs un sondage Venebarometro. Le bilan de cette vague de manifestations, qui survient dans un contexte de chute des cours de pétrole dont le Venezuela est un gros producteur, est le plus lourd depuis les marches de 2014 (43 morts officiellement).

Ruiné, ce pays souffre d'une grave pénurie d'aliments et de médicaments ainsi que d'une inflation galopante, attendue à 720% fin 2017 par le FMI. L'opposition a pour principal objectif d'obtenir des élections anticipées. M. Maduro s'y refuse. Sa derniÚre initiative a été de présenter mercredi un décret convoquant une assemblée constituante chargée de réviser la Constitution de 1999. Le président dit vouloir ainsi "réconcilier" le pays. Ses adversaires y voient plutÎt une manoeuvre pour repousser les élections et s'accrocher coûte que coûte au pouvoir.

- 'Violence excessive' -

L'Eglise catholique vénézuélienne s'est elle aussi prononcée samedi contre cette initiative de M. Maduro, qu'elle juge "dangereuse pour la démocratie". La convocation d'une assemblée constituante "a été perçue par l'immense majorité de la population comme une initiative éloignée des besoins urgents du pays et comme un pas supplémentaire dans le processus pour saper l'état de droit", a déclaré dans un communiqué la conférence épiscopale vénézuélienne.

Dans le mĂȘme document, elle a critiquĂ© "l'Ă©touffement de la lĂ©gitime protestation" de l'opposition "avec une violence excessive et inhumaine gĂ©nĂ©rĂ©e par les organes de sĂ©curitĂ© de l'Etat et par les groupes armĂ©s appelĂ©s 'colectivos'". Ces groupes armĂ©s qui interviennent contre des manifestations sont organisĂ©s par le pouvoir, selon l'opposition.

La confĂ©rence Ă©piscopale a Ă©galement dĂ©clarĂ© avoir reçu une lettre du pape François dans laquelle il se dĂ©clare inquiet devant "les morts, les blessĂ©s et les personnes arrĂȘtĂ©es" lors des manifestations. Le pape a lancĂ© un appel "pour que l'on Ă©vite toute nouvelle violence, pour que les droits de l'Homme soient respectĂ©s et pour que l'on recherche des solutions nĂ©gociĂ©es Ă  la grave crise" que vit le pays, selon la mĂȘme source.

AFP

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