Vincent Lambert doit-il ĂȘtre sous la tutelle de son Ă©pouse? Cet homme de 39 ans plongĂ© depuis 2008 dans un Ă©tat vĂ©gĂ©tatif fait l'objet d'une nouvelle dĂ©cision judiciaire, vendredi devant la cour d'appel de Reims, aprĂšs trois ans de dĂ©chirements familiaux sur son maintien en vie.
L'arrĂȘt de la cour survient un mois tout juste aprĂšs l'audience.
Le juge des tutelles rĂ©mois avait dĂ©cidĂ© le 10 mars de confier la tutelle Ă Rachel Lambert, son Ă©pouse favorable Ă un arrĂȘt des soins, pour les dix prochaines annĂ©es, et avait dĂ©signĂ© l'Union dĂ©partementale des associations familiales de la Marne comme "subrogĂ©-tuteur".
Mais les parents de Vincent Lambert, des catholiques traditionalistes partisans d'un maintien en vie, qui dĂ©sirent le transfert vers un autre Ă©tablissement que le CHRU de Reims, oĂč le patient est hospitalisĂ©, ont contestĂ© cette dĂ©cision en appel.
"L'enjeu de la tutelle, c'est le transfert" du patient, selon l'un des avocats des parents, Me JĂ©rĂŽme Triomphe. "Or Rachel ne demanderait jamais le transfert de Vincent, il y a donc un conflit d'intĂ©rĂȘt majeur".
"Notre but n'est pas d'Ă©carter Rachel Lambert de son mari, mais la situation est bloquĂ©e et si elle est dĂ©signĂ©e tuteur, elle restera bloquĂ©e", affirme Me Jean Paillot, l'autre avocat des parents de Vincent Lambert, qui souhaitent ĂȘtre reconnus comme "protecteurs naturels" de leur fils.
Le 9 juin devant la cour d'appel réunie à huis clos, l'avocate générale, Brigitte Montambault, avait recommandé une double tutelle, confiée à une personne physique et une personne morale qui statueraient ensemble.
Selon la magistrate, accorder la tutelle Ă la femme de Vincent conduirait Ă entamer une nouvelle procĂ©dure d'arrĂȘt des soins du patient, avait rapportĂ© l'avocate de Rachel, Me Sara Nourdin. Mais pour celle-ci, il n'y a aucun rapport direct entre la tutelle et l'arrĂȘt des soins, puisque c'est l'Ă©quipe mĂ©dicale qui dĂ©cide in fine.
- 'Acte de la décision de la cour' -
Pour Me GĂ©rard Chemla, dĂ©fenseur de François Lambert (neveu de Vincent et alliĂ© de Rachel), l'argument de l'avocate gĂ©nĂ©rale Ă©quivalait Ă "remettre en cause les dĂ©cisions du Conseil d'Etat et de la Cour europĂ©enne des droits de l'Homme" qui avaient donnĂ© leur feu vert Ă l'arrĂȘt des soins, respectivement en 2014 et 2015.
L'avocate générale avait en revanche satisfait les parents, pour qui, selon Me Paillot, Rachel "est disqualifiée" pour exercer la tutelle de Vincent.
Pour expliquer sa position, Rachel a plusieurs fois affirmĂ© vouloir suivre la volontĂ© de son mari, qui aurait selon elle indiquĂ© avant son accident ĂȘtre contre l'acharnement thĂ©rapeutique - sans laisser aucune consigne Ă©crite sur le sujet.
L'arrĂȘt sera communiquĂ© aux parties vendredi dans la matinĂ©e.
Entretemps, le 16 juin, François Lambert avait obtenu de la cour administrative d'appel de Nancy qu'elle ordonne au CHRU de reprendre les consultations d'experts pouvant mener Ă un arrĂȘt des soins.
Le CHRU de Reims a indiqué depuis qu?il prenait "acte de la décision de la cour" et qu'il se conformerait "à l'injonction qui lui a été faite", sans plus de précision.
Mais les parents de Vincent Lambert vont se pourvoir devant le Conseil d'Etat contre cet arrĂȘt de la cour administrative d'appel, selon leur avocat.
Le CHRU de Reims avait lancĂ© puis stoppĂ© deux procĂ©dures d'arrĂȘt des soins, l'une portĂ©e par le docteur Eric Kariger en 2013, l'autre par son successeur, le docteur DaniĂ©la Simon en 2015. Mais l'Ă©quipe mĂ©dicale avait dĂ©cidĂ© de suspendre ce processus le 23 juillet 2015, estimant que les conditions de "sĂ©rĂ©nitĂ©" requises n?Ă©taient pas suffisantes.
Par Anne-Laure MONDESERT - © 2016 AFP
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