Cinéma

Violence et racisme: la face sombre de l'Europe de l'Est Ă  la Berlinale

  • PubliĂ© le 21 fĂ©vrier 2018 Ă  11:13
  • ActualisĂ© le 21 fĂ©vrier 2018 Ă  11:17
le réalisateur tchÚque Jan Gebert, auteur de "When the war comes" ("Quand la guerre arrive") à la Berlinale, le 17 février 2018, à Berlin

Le festival du film de Berlin ausculte cette année la face sombre de l'Europe de l'Est avec des films jetant une lumiÚre crue sur les anciens pays communistes et leurs mouvements extrémistes et racistes.


"Isolement, refus de partager, rejet des valeurs libérales" et du projet européen, "c'est une vision qui gagne les anciens pays de l'Est", affirme à l'AFP le réalisateur tchÚque Jan Gebert, auteur de "When the war comes" ("Quand la guerre arrive"), documentaire glaçant sur un groupe paramilitaire slovaque, présenté à la Berlinale dans la section Panorama, qui regroupe les productions d'art et essai et les films indépendants.

Pendant trois ans, de 2015 Ă  2018, ce documentariste et journaliste de 37 ans a filmĂ© la montĂ©e en puissance des "recrues slovaques" ("SlovenskĂ­ Branci") l'un des principaux groupuscules d'extrĂȘme droite du pays. Sorte de milice sans statut lĂ©gal, elle a Ă©tĂ© fondĂ©e par Peter ?vrcek, un Ă©tudiant en archĂ©ologie propre sur lui d'une vingtaine d'annĂ©es qui a su fĂ©dĂ©rer jusqu'Ă  200 jeunes hommes, souvent issus de la classe moyenne, pour leur faire suivre, dans les bois et en marge de leur vie "civile", un entraĂźnement militaire, armes dĂ©sactivĂ©es mais bien rĂ©elles au poing.

- 'Sang slave' -

Leur idéologie? Primat du "sang slave", ultranationalisme, haine des réfugiés et des étrangers, rejet de l'Europe et de ses valeurs, désir d'un Etat fort sur le modÚle de la Russie de Vladimir Poutine. Leur but? Freiner "l'invasion" des migrants, et soigner une "société slovaque malade".

"On dirait que l'Europe doit Ă  nouveau prendre des leçons de morale", se lamente ÁrpĂĄd BogdĂĄn, rĂ©alisateur hongrois d'origine Rom de 37 ans, qui prĂ©sente lui son deuxiĂšme long mĂ©trage de fiction, "Genesis" ("GenĂšse"), dans la mĂȘme section.
Le film, trÚs poignant, s'inspire d'une série d'attaques racistes contre des Roms en 2008-2009 en Hongrie durant laquelle six personnes -- des hommes, des femmes et un enfant de 5 ans -- ont été tuées.

"Genesis" montre comment un drame xĂ©nophobe qui paraĂźt circonscrit Ă  une minoritĂ© radicalisĂ©e touche en rĂ©alitĂ© toutes les couches de la sociĂ©tĂ©. Le film est inspirĂ© de faits survenus en Hongrie mais "ce n'est pas un film hongrois", insiste ÁrpĂĄd BogdĂĄn. A ses yeux, la violence et le "mal" montrĂ©s dans "Genesis" existent ailleurs en Europe, y compris Ă  l'Ouest comme l'Allemagne par exemple oĂč les attaques contre les demandeurs d'asile se sont multipliĂ©es aprĂšs l'arrivĂ©e de nombreux demandeurs d'asile.

"Beaucoup de choses inquiétantes se produisent en Europe", juge le réalisateur hongrois dans un entretien avec l'AFP. A commencer par son pays, dirigé par le nationaliste Viktor Orban depuis 2010. Un pays "pas trÚs agréable", ajoute dans un sourire amer ce natif de Nagykanizsa.

- 'Espoir' -

En Europe, "il y a actuellement une atmosphÚre de peur", lui fait écho Jan Gebert, en évoquant la peur des attentats, "les migrations, le Brexit, la crise de l'UE, le conflit ukrainien". Les mouvements comme les "recrues slovaques", qui pullulent en Europe de l'Est, sentent bien que "l'histoire est de leur cÎté, que la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis ou des populistes" en Pologne, Hongrie ou République tchÚque "les encouragent", se désole le trentenaire.

Pour lui, ces groupes sont "la pointe visible de l'iceberg", celle d'un phénomÚne qui travaille l'Europe de l'Est en profondeur et la fait "s'éloigner de l'Union européenne". Árpåd Bogdån résume: "je suis optimiste en tant qu'artiste, pas en tant que Hongrois". Mais le réalisateur croit malgré tout que les films peuvent "transformer la société parce qu'ils sont supposés enseigner l'espoir, c'est en tout cas le sens de Genesis".

AFP

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1 Commentaires
Jacques
Jacques
7 ans

Est-ce que ces peurs de l'étranger ne seraient pas tout simplement alimentées par tout ce qui se passe de négatif dans les pays accueillants ?
Quand on sĂšme le vent, on rĂ©colte la tempĂȘte, non ?