Des dizaines de milliers de manifestants

Violences contre les femmes : manifestations dans le monde, Paris annonce un plan

  • PubliĂ© le 26 novembre 2019 Ă  05:55
  • ActualisĂ© le 26 novembre 2019 Ă  06:01
Manifestation à la mémoire des victimes de féminicides à Panama, le 25 novembre 2019

Lundi était la 4e journée internationale pour l'élimination de la violence à l'encontre des femmes, une cause qui a jeté dans la rue des dizaines de milliers de manifestants depuis samedi, notamment en France, en Italie, en Belgique et en Espagne, et encore lundi en Russie et en Turquie. Appelant à un "électrochoc" pour "briser la chaßne du silence", le Premier ministre français Edouard Philippe a annoncé des initiatives pour mettre fin à des "dysfonctionnements dont nous n'avons pas jusqu'à aujourd'hui voulu prendre conscience".

La colÚre est montée d'un cran ces derniÚres semaines dans de nombreux pays face aux féminicides - 87.000 femmes tuées dans le monde en 2017, dont la moitié par des proches, selon l'ONU -, un phénomÚne longtemps ignoré ou minoré. Et les appels au changement se multiplient.

Lundi, la mission des Nations unies en Afghanistan a demandé un effort au gouvernement de Kaboul contre les violences faites aux femmes, massives dans le pays et en hausse, selon un récent rapport de la Commission afghane des droits de l'Homme. "Les femmes et filles afghanes continuent de subir des violations étendues de leurs droits humains et une violence persistante", a regretté Aleta Miller, représentante d'ONU-Femmes pour l'Afghanistan.

- La fin du "crime passionnel" -

En France, oĂč ce type de meurtre a longtemps Ă©tĂ© qualifiĂ© de "crime passionnel", au moins 117 femmes ont Ă©tĂ© tuĂ©es en 2019 par leur conjoint ou ex-conjoint, selon un dĂ©compte de l'AFP.

Pour y parer, le gouvernement a prĂ©vu plusieurs mesures juridiques: crĂ©ation d'une "nouvelle circonstance aggravante pour les auteurs de violences dans le cas de harcĂšlement ayant conduit au suicide", inscription dans la loi de la notion d'"emprise" psychologique, qui "prĂ©pare souvent la violence physique", secret mĂ©dical rĂ©amĂ©nagĂ© pour les situations "oĂč il existe un risque sĂ©rieux de renouvellement de violence", ligne d'Ă©coute pour les victimes de violences conjugales fonctionnant 24 heures sur 24.

Aux associations qui réclament davantage de moyens, il a promis 360 millions d'euros dédiés l'an prochain à la lutte contre les violences faites aux femmes.
TrÚs attendues, ces mesures ont souvent été jugées insuffisantes par les militantes féministes, qui ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants dans toute la France samedi.

"Le gouvernement rate le coche", a réagi Caroline De Haas, du collectif #NousToutes, ajoutant que "la déception est à la hauteur de l'immense mouvement".
Saluant "des avancées trÚs concrÚtes", la présidente de la Fondation des femmes Anne-Cécile Mailfert a néanmoins regretté que "le gouvernement ne prenne pas conscience que ces campagnes de sensibilisation aux violences conduisent de nombreuses femmes à solliciter les associations, et qu'elles n'ont pas plus de moyens pour les aider".

"Pourquoi l'Espagne réussit contre les violences conjugales ? Ce pays ne se contente pas d'opérations de communication", a tweeté le député Les Républicains (droite) Aurélien Pradié, demandant plus de moyens au gouvernement.

- L'Espagne, pays pionnier -

Plusieurs autres pays ont saisi l'occasion de cette journée internationale pour afficher ou renouveler leur détermination à lutter contre les violences faites aux Femmes.

En Afrique du sud, oĂč une femme est assassinĂ©e toutes les trois heures, le prĂ©sident Cyril Ramaphosa a exhortĂ© les hommes Ă  renoncer aux "attitudes sexistes et patriarcales", en lançant un plan d'urgence dotĂ© de plus d'un milliard et demi de rands (100 millions d'euros).

Face à une violence domestique qui "a pris des dimensions inquiétantes ces derniÚres années", avec une hausse de 34,5% entre 2014 et 2018, la police grecque a quant à elle annoncé la mise en place d'un nouveau service dédié, comprenant juristes, sociologues et psychologues.

En Espagne, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à travers le pays, à Madrid, Barcelone, Valence, Saragosse et Bilbao. L'Espagne est un pays pionnier dans la lutte contre les crimes spécifiques contre les femmes. En 2004, une loi contre les "violences de genre" y avait été adoptée, à l'initiative du gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, suivie d'un Pacte national en 2017 quand le conservateur Mariano Rajoy était au pouvoir.

En Argentine, pays de 44 millions d'habitants oĂč les fĂ©minicides ont fait 229 mors de janvier Ă  octobre, plusieurs centaines de femmes ont manifestĂ© Ă  Buenos Aires. Elles en ont profitĂ© pour dĂ©noncer les discriminations contre les femmes dans la Bolivie voisine.

En Russie, oĂč les violences domestiques ont Ă©tĂ© dĂ©criminalisĂ©es en 2017, un millier de personnes ont manifestĂ© lundi soir Ă  Moscou. L'Ă©tĂ© dernier, la Cour europĂ©enne des droits de l'homme avait Ă©pinglĂ© fermement le droit russe, qui "ne reconnaĂźt pas" ces violences, et les autoritĂ©s "rĂ©ticentes Ă  reconnaĂźtre la gravitĂ© du problĂšme".

Et en Turquie, la police a dispersé par la force, à coups de gaz lacrymogÚne et balles en plastique, plusieurs milliers de manifestants, des femmes pour la plupart, qui défilaient à Istanbul pour demander la "fin de l'impunité" pour les auteurs de violences contre les femmes, un mal endémique dans le pays.

AFP

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