Un fléau qui se poursuit

Violences familiales: une soirée avec police secours

  • PubliĂ© le 9 mai 2020 Ă  12:42
  • ActualisĂ© le 9 mai 2020 Ă  13:17
Des policiers interviennent aprÚs des actes de violence reportés sur un jeune homme par sa mÚre à Paris, le 7 mai 2020

Ce soir-là, l'équipe de police secours, prévenue par un appel des voisins vers 21h15, intervient dans une affaire de maltraitance présumée contre un garçon de 14 ans. L'adolescent s'est réfugié dans la cour de l'immeuble: "Elle me tape, menace de me fouetter, me demande de me mettre à quatre pattes".

De l'index, il indique une fenĂȘtre du 4Ăšme Ă©tage. Habituellement en foyer, c'est ici qu'il vit exceptionnellement avec sa mĂšre depuis le dĂ©but du confinement. Ce n'est pas la premiĂšre fois que les voisins entendent des cris. Sur le palier, deux policiers interrogent la mĂšre. Ses propos sont incohĂ©rents. Le garçon ne prĂ©sente pas de traces visibles de coups mais l'Ă©quipe dĂ©cide de l'emmener quand mĂȘme au poste, pour pouvoir ensuite lui trouver une place pour la nuit dans un foyer.

L'adolescent a juste de le temps de prendre un sac avec ses affaires, sous le regard foudroyant de sa mÚre. "C'est ce que tu voulais, tu es content hein!", lance-t-elle. "Mais c'est toi qui fais ça!". "Va-t'en!"

De retour au poste, l'équipe souffle. "Ce que l'on redoute, c'est une explosion des dépÎts de plaintes lors du déconfinement progressif: certaines victimes sont en ce moment bloquées avec leur agresseur et s'interdisent de nous appeler, de peur de représailles", explique à l'AFP l'un des agents de la brigade de police secours et de protection du 17Úme arrondissement (nord-ouest de Paris).

Période particuliÚrement à risque pour les femmes et enfants victimes de violences, le confinement a entraßné une hausse de 40% des interventions policiÚres à domicile, selon le ministÚre de l'Intérieur.

L'équipe police secours reste marquée par un homicide à l'arme blanche deux semaines aprÚs la mise en place du confinement. Aujourd'hui, les appels sont plus rares mais restent quotidiens.

A 23h15, l'unité est de nouveau appelée, cette fois pour assister deux collÚgues intervenus sur une affaire de violence conjugale, en dehors de leur service. Les deux policiers, passant par-là, ont été alertés par une dispute, avant de voir l'homme gifler violemment sa compagne.

En quelques minutes, l'équipe police secours est sur place. En bas de l'immeuble, le suspect, la quarantaine, fume tranquillement une cigarette appuyé contre une voiture. Il nie les faits. Questionné sur sa consommation d'alcool, il affirme, en dépit d'une haleine chargée, n'avoir bu qu'un petit verre, "comme tout le monde".

L'Ă©thylotest rĂ©vĂšlera un taux d'alcool dans le sang d'un gramme. "Mais demandez lui, elle vous dira qu'il ne s'est rien passĂ©!", se dĂ©fend-t-il. Au mĂȘme moment, Ă  l'Ă©tage, une agente interroge sa compagne. Pendant dix minutes elle nie, avant de reconnaĂźtre ĂȘtre victime de coups "de temps en temps". Elle accepte de noter sur son tĂ©lĂ©phone un numĂ©ro.

Son conjoint est emmenĂ© au commissariat pour ĂȘtre fouillĂ©. Il va passer la nuit en garde Ă  vue, avant un interrogatoire matinal.

AFP

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