Volkswagen a commencé à lever le voile sur les raisons de la manipulation de ses moteurs diesel et à répondre à la question "qui savait quoi et quand?": l'ex-patron, Martin Winterkorn, disposait d'éléments dÚs mi-2014.
Dans un communiqué détaillé, le géant allemand de l'automobile a reconnu mercredi soir que le point de départ de ce qu'il appelle pudiquement "la thématique du diesel" remontait à 2005 et "la décision stratégique de Volkswagen de lancer une grosse offensive dans le diesel aux Etats-Unis".
Mais "les normes américaines d'émissions de gaz polluants sont sévÚres", explique Volkswagen, ce qui a placé les ingénieurs et techniciens chargés du développement d'un nouveau moteur diesel devant "des défis". Le respect des normes sur les oxydes d'azote (NOx) était difficilement compatible avec l'abaissement recherché des niveaux d'émission de dioxyde de carbone (CO2).
"Un groupe de personnes dans l'activitĂ© dĂ©veloppement, dont l'identitĂ© est encore en train d'ĂȘtre Ă©tablie, a alors dĂ©cidĂ© de modifier le logiciel de pilotage du moteur", poursuit Volkswagen.
C'est de cette décision fatale que découle l'affaire Volkswagen, ou "dieselgate": démasqué par les autorités américaines, le colosse aux 12 marques a avoué en septembre avoir équipé 11 millions de voitures dans le monde de moteurs diesel truqués, capables de détecter les phases de test pour, pendant celles-ci, respecter les normes d'émission de NOx, qu'ils dépassent allÚgrement le reste du temps.
- Un "mémo" dÚs mai 2014 -
Volkswagen doit désormais remettre aux normes tous les véhicules concernés - une opération déjà lancée en Europe. La direction du groupe a été profondément remaniée, son image est sévÚrement endommagée, les plaintes et poursuites pleuvent et le dommage financier est encore difficile à cerner.
La question "qui savait quoi et quand?" est un des aspects centraux du scandale, particuliĂšrement le rĂŽle de M. Winterkorn, qui a rendu son tablier tout de suite aprĂšs l'aveu, et celui des autres membres de la direction.
Volkswagen a confirmé ce que certains organes de presse ont déjà rapporté: dÚs mai 2014, le patron avait été mis au courant, par "un mémo", d'irrégularités sur les émissions du moteur EA189, relevées par l'autorité californienne de l'environnement Carb.
"Il n'est pas Ă©tabli si et dans quelle mesure M. Winterkorn a pris connaissance de ce mĂ©mo", prĂ©cise Volkswagen. Un second "mĂ©mo" lui a Ă©tĂ© adressĂ© en novembre de la mĂȘme annĂ©e.
"De ce que l'on sait Ă l'heure actuelle, le sujet, qui n'Ă©tait qu'un sujet parmi d'autres concernant les produits, n'a pas retenu outre mesure l'attention du directoire", explique le groupe, qui mĂšne une enquĂȘte interne approfondie avec l'aide d'un cabinet d'avocats amĂ©ricain.
Ce n'est qu'à l'été 2015, aprÚs plusieurs étapes intermédiaires de tests et négociations avec le Carb, que M. Winterkorn a demandé des éclaircissements, et seulement fin août que le directoire en est arrivé à la conclusion qu'un logiciel truqueur était à l'oeuvre.
- "Surréaliste" -
Volkswagen livre ce récit pour se laver du soupçon d'avoir communiqué trop tard sur le sujet, notamment à l'intention des marchés financiers, expliquant que la direction "a rempli ses obligations" à cet égard.
Outre les clients floués et les pouvoirs publics trompés dans plusieurs pays, le groupe est aussi confronté à la colÚre des actionnaires, qui ont vu le titre s'écrouler de 40% en quelques jours en septembre.
"On peut se dire que ce qui nous est arrivĂ© est relativement surrĂ©aliste et inutile", commentait dans un entretien au quotidien Le Monde mercredi le nouveau patron de Volkswagen, Matthias MĂŒller. Il fait la tournĂ©e des mĂ©dias pour afficher la contrition du groupe, mais aussi rassurer sur sa soliditĂ©, un message adressĂ© aussi au Salon automobile de GenĂšve.
Les salariés de la marque Volkswagen en tout cas ont eu une bonne nouvelle jeudi: contrairement aux attentes, ils percevront un bonus pour 2015, a annoncé dans le journal interne le président du comité d'entreprise. Et ce alors qu'une perte salée s'annonce pour la maison mÚre. Volkswagen n'a toujours pas communiqué de date de publication de ses résultats 2015.
La filiale haut de gamme Audi en revanche a dévoilé ses chiffres jeudi: entre autres à cause du "dieselgate", son bénéfice net a reculé de 3% l'an dernier.
Par Jean-François GUYOT - © 2016 AFP
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