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Washington et ses alliés asiatiques frappent Pyongyang au portefeuille

  • PubliĂ© le 11 fĂ©vrier 2016 Ă  08:53
Un camion sud-coréen sur le complexe industriel intercoréen de Kaesong, que Séoul a unilatéralement décidé de fermer, le 11 février 2016, dans la zone démilitarisée entre les deux Corées

Washington et ses alliés asiatiques ont riposté aux programmes balistique et nucléaire nord-coréens en visant les finances du régime le plus isolé au monde, sans attendre l'issue des négociations au Conseil de sécurité sur de nouvelles sanctions.


Des centaines de camions sud-coréens ont traversé jeudi matin la frontiÚre avec le Nord pour aller récupérer équipements et biens produits sur le complexe industriel intercoréen de Kaesong, que Séoul a unilatéralement décidé de fermer.
De son cÎté, le Sénat des Etats-Unis a adopté mercredi soir de nouvelles sanctions unilatérales, suivant une mesure similaire du Japon.
Séoul a qualifié d'"inévitable" la fermeture de la zone industrielle de Kaesong. Présentée à son ouverture en 2004 comme le symbole de la "réconciliation", elle était un des ultimes projets communs de coopération entre Nord et Sud.
Le gouvernement sud-coréen a accusé mercredi Pyongyang d'avoir utilisé des centaines de millions de dollars de devises recueillies à Kaesong pour financer ses programmes d'armements.
La fermeture du complexe a été jugée "injuste" par l'association représentant les 124 entreprises manufacturiÚres sud-coréennes qui employaient à Kaesong 53.000 Nord-Coréens. Les chefs d'entreprises du Sud voyant leurs activités sacrifiées sur l'autel de la politique.
- "Sauter d'une falaise" -
"C'est comme si on nous ordonnait de sauter d'une falaise", a dénoncé le président de cette association, Jeong Gi-Seob.
La zone de Kaesong a toujours été présentée comme une source cruciale de devises étrangÚres pour un régime nord-coréen sous perfusion.
Mais elle est aussi depuis son ouverture une aubaine pour les entreprises sud-coréennes qui y disposent d'une main d'oeuvre nord-coréenne bon marché, et profitent de nombreux avantages fiscaux ou autres.
Pour Séoul, il s'agit désormais de rapatrier ses entrepreneurs et cadres opérant à Kaesong, complexe situé à une dizaine de kilomÚtres de sa frontiÚre.
En septembre 2014, Pyongyang avait Ă©dictĂ© un nouveau projet de rĂšglement aux termes duquel le Nord serait autorisĂ© Ă  arrĂȘter et Ă  retenir les hommes d'affaires sud-corĂ©ens en cas de diffĂ©rend commercial. SĂ©oul l'avait rejetĂ©.
"Je mentirais si je disais que je n'étais pas inquiet pour ma sécurité", a confié Yoon Sang-Young, cadre d'une entreprise textile, alors qu'il se préparait à passer au Nord.
"J'ignore quelle est la situation au complexe, je ne sais mĂȘme pas si les ouvriers nord-corĂ©ens y sont."
Kaesong est né dans le sillage de "la diplomatie du rayon de soleil", poursuivie par Séoul de 1998 à 2008 pour encourager les contacts entre les deux frÚres ennemis. Le complexe a longtemps été préservé des péripéties des relations intercoréennes.
Au printemps 2013 toutefois, Pyongyang l'avait fermé pendant cinq mois, au plus fort de la derniÚre vague de fortes tensions sur la péninsule, aprÚs le troisiÚme essai nucléaire du Nord.
Jeudi matin, Pyongyang n'avait toujours pas réagi à la fermeture de Kaesong.
- "Régime dictatorial" -
Le secrétaire d'Etat adjoint américain pour l'Asie, Daniel Russel, a estimé que la décision de Séoul était un "indicateur incontestable de la gravité avec laquelle ils observent les provocations" nord-coréennes.
AprÚs avoir procédé le 6 janvier à son quatriÚme essai nucléaire, la Corée du Nord a tiré dimanche une fusée, en violation de plusieurs résolutions de l'ONU.
"Davantage doit ĂȘtre fait pour convaincre les dirigeants (nord-corĂ©ens) qu'ils ne pourront entrer dans le systĂšme Ă©conomique international, sans mĂȘme parler d'aides Ă©conomiques ou financiĂšres, tant que la CorĂ©e du Nord poursuivra ses programmes nuclĂ©aires et balistiques", a dit M. Russel.
Les sénateurs américains ont à l'unanimité voté mercredi soir un texte qui rend obligatoires des sanctions existantes contre toute personne ou entreprise aidant le régime de Pyongyang, notamment dans l'acquisition de matériaux pour fabriquer des armes de destruction massive.
"Ce régime dictatorial doit apprendre que ses actions auront des conséquences", a déclaré Paul Ryan, président de la Chambre des représentants, qui doit désormais approuver le texte.
Le Japon a également annoncé de nouvelles sanctions, notamment une interdiction d'accÚs aux ports japonais des navires nord-coréens, "y compris ceux à caractÚre humanitaire".
Les négociations entre Washington et Pékin sur une nouvelle résolution de l'ONU piétinent en raison des réticences de la Chine, principal allié de Pyongyang, qui redoute que l'effondrement du régime nord-coréen ne permette l'avÚnement d'une Corée réunifiée alignée sur les Etats-Unis.

Par Jean-Louis SANTINI - © 2016 AFP
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