Elle a écopé de quatre ans de prison

Zhang Zhan, mémoire de Wuhan seule face au pouvoir

  • PubliĂ© le 29 dĂ©cembre 2020 Ă  15:09
  • ActualisĂ© le 29 dĂ©cembre 2020 Ă  18:34
Lee Cheuk-Yan militant pro-démocratie s'exprime depuis Hong Kong le 28 décembre 2020 pour réclamer la libération de trois activistes et de la journaliste citoyenne Zhang Zhang

Toute frĂȘle dans sa chaise roulante, elle a opposĂ© le silence Ă  ses accusateurs, seule ou presque face Ă  la justice chinoise. Sa façon Ă  elle de dĂ©fendre sa couverture de la mise en quarantaine de Wuhan, face Ă  un rĂ©gime qui impose sa lecture de l'Ă©pidĂ©mie.

La "journaliste citoyenne" Zhang Zhan est devenue lundi la premiÚre personne condamnée par Pékin pour avoir diffusé une information indépendante sur la ville qui a été à l'épicentre du nouveau coronavirus. Elle a écopé de quatre ans de prison.

Ses vidĂ©os, qu'elle diffusait sur les rĂ©seaux sociaux, rĂ©vĂ©laient le chaos dans les hĂŽpitaux de la mĂ©tropole de 11 millions d'habitants, coupĂ©e du monde Ă  partir du 23 janvier 2020 et ce pour 76 jours. Manque de tests de dĂ©pistage, manque de lits, habitants livrĂ©s Ă  eux-mĂȘmes: ses reportages sont loin de la propagande dĂ©versĂ©e par les mĂ©dias du rĂ©gime, toute Ă  la gloire des mesures radicales adoptĂ©es par le pouvoir.

Alors que la Chine a pratiquement Ă©radiquĂ© l'Ă©pidĂ©mie, qui s'est rĂ©pandue depuis Ă  travers le monde, pas question de laisser impuni un rĂ©cit diffĂ©rent. En mai, l'ancienne avocate inscrite au barreau de Shanghai Ă©tait arrĂȘtĂ©e puis poursuivie pour "provocation aux troubles", l'accusation qui lui vaut ses annĂ©es de prison.

Cette femme de 37 ans observe depuis juin une grĂšve de la faim et est nourrie de force par une sonde nasale, selon ses avocats. Sans craindre le nouveau coronavirus, elle s'Ă©tait rendue en fĂ©vrier dans la citĂ© alors coupĂ©e du monde. "Zhang Zhan voulait venir en aide aux habitants de Wuhan", raconte l'un de ses avocats, Zhang Keke, lui-mĂȘme sous pression des autoritĂ©s pour abandonner sa cliente.

- "La volonté de Dieu" -

"Je lui ai dit de ne pas aller à Wuhan", raconte un collÚgue avocat, Li Dawei. "Mais c'est une fervente chrétienne. Elle a répondu que c'était la volonté de Dieu qu'elle y aille, afin que le monde entier sache la vérité".

Outre Mme Zhang, trois autres "journalistes citoyens" ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s pour leur couverture des Ă©vĂ©nements Ă  Wuhan. Deux d'entre eux, Chen Qiushi et Li Zehua, seraient dĂ©sormais rentrĂ©s chez eux tandis qu'on est sans nouvelles du quatriĂšme, Fang Bin.

Lors de son procĂšs, Zhang Zhan s'est Ă  peine exprimĂ©e -- un acte de protestation, selon ses avocats, contre la procĂ©dure elle-mĂȘme, perçue comme une atteinte Ă  la libertĂ© d'expression.

Mme Zhang a mĂȘme refusĂ© de rĂ©pondre au juge qui lui demandait de confirmer son identitĂ©, a rapportĂ© Zhang Keke. "Quand il lui a demandĂ© pourquoi, elle a rĂ©pondu: 'vous m'accusez d'avoir rĂ©pandu des mensonges. Si je rĂ©ponds, ce sera aussi un mensonge, non?'", a dĂ©clarĂ© son avocat Ă  l'AFP.

- Jusqu'au bout? -

Diplomates et journalistes étrangers n'ont pas été autorisés à assister à l'audience qui s'est déroulée en moins de trois heures dans un tribunal de Shanghai. L'UE a demandé mardi la libération "immédiate" de la "journaliste citoyenne". Mme Zhang devrait faire appel de la sentence -- si on lui en laisse la possibilité.

Sa grĂšve de la faim l'a gravement affaiblie. Elle a eu les mains et les pieds entravĂ©s pendant de longues pĂ©riodes pour l'empĂȘcher d'arracher sa sonde nasale, selon ses avocats. "Son silence et sa dĂ©termination tiendront peut-ĂȘtre jusqu'Ă  la derniĂšre extrĂ©mitĂ©", prĂ©dit Zhang Keke.

A Wuhan, ses vidéos diffusées sur Twitter et YouTube, autant de plateformes interdites par Pékin, n'ont été vues en Chine que par quelques milliers de personnes pourvues d'un logiciel VPN permettant de contourner la grande muraille informatique.

Sa condamnation, en pleine fĂȘtes de fin d'annĂ©e quand l'attention internationale est limitĂ©e, n'a pas Ă©tĂ© rendue publique par le tribunal et les mĂ©dias chinois n'en ont pas fait Ă©tat. L'information a circulĂ© sur les rĂ©seaux sociaux avant d'ĂȘtre promptement censurĂ©e.

Outre la situation sanitaire, Zhang Zhan ne mùchait pas ses critiques contre la nature autoritaire du régime. "La principale méthode de gestion de la ville, c'est la menace et l'intimidation", déclarait-elle dans une vidéo. "C'est la tragédie de la Chine et de Wuhan".

AFP

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