Changement climatique

COP21: A quoi ressemblera l'économie mondiale de demain?

  • PubliĂ© le 12 dĂ©cembre 2015 Ă  23:55
Une centrale électrique au charbon à Datong, en Chine, le 19 novembre 2015

L'accord historique sur le climat conclu ce samedi 12 décembre 2015 à Paris va accélérer le changement de visage de l'économie mondiale, en stimulant les investissements dans des énergies, des transports ou des industries moins émetteurs de gaz à effet de serre.

En 2050, "nous aurons une économie plus propre avec une dépendance moins forte aux énergies fossiles, (...) de nouveaux emplois dans de nouveaux secteurs", anticipe Edward Cameron de la coalition We Mean Business. La transition écologique pourrait créer jusqu'à 60 millions d'emplois d'ici 2030, selon l'Organisation internationale du travail.

Une énergie plus verte

L'énergie est responsable des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES), notamment du fait de l'exploitation massive des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon). Pour limiter la hausse des températures à deux degrés par rapport à l'Úre pré-industrielle, ce secteur devra atteindre 50% d'énergies renouvelables d'ici 2050, ce qui représente au moins 36.000 milliards de dollars (32.862 milliards d'euros) supplémentaires d'investissements, a estimé l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Le développement des énergies vertes permettra également d'accélérer l'accÚs à l'électricité dans les pays pauvres et de favoriser leur développement.

Le potentiel d'emplois est important, 24 millions en 2030 selon l'Agence internationale des énergies renouvelables.
Les pays pétroliers devront accélérer la diversification de leurs économies, qui dépendent aujourd'hui quasi exclusivement des hydrocarbures. Mais les énergies fossiles ne sont pas prÚs de disparaßtre. Selon l'AIE, elles représenteront encore 75% du bouquet énergétique mondial en 2040. Pour l'écologiste français Nicolas Hulot, "l'effort est plus structurel que technique, nous ne sommes pas habitués à tourner volontairement le dos à une ressource qui nous tend la main".

Se déplacer autrement

Selon les professionnels, le trafic aérien de passagers devrait doubler, le fret aérien tripler et le trafic maritime de conteneurs quadrupler d'ici 2030. L'accord de Paris continue de protéger le transport aérien et maritime, une aberration selon les ONG.
Il faudrait remplacer, selon l'AIE, au moins 10% (contre 3% aujourd'hui) de l'essence et du gazole issus des énergies fossiles par des biocarburants, (bioéthanol, biogaz, etc.) produits à partir de biomasse, si possible non issue de cultures alimentaires.

Les vĂ©hicules Ă©lectriques devront aussi ĂȘtre largement dĂ©ployĂ©s. Les projections tablent sur le dĂ©veloppement massif des transports publics pour limiter l'expansion des voitures individuelles. Mais il faut prendre des mesures "dĂšs aujourd'hui", insiste Franck Lecocq, ingĂ©nieur au Centre international de recherches sur l'environnement et de dĂ©veloppement (Cired), car c'est un secteur "dans lequel les durĂ©es de vie des Ă©quipements sont trĂšs longues". La transition nĂ©cessiterait 3.000 milliards de dollars d'ici 2035, selon le Climate policy initiative.

Une industrie plus économe

Pour rĂ©duire son impact sur le climat, les experts comptent sur la mise en place d'une tarification du carbone qui pĂ©nalise la pollution. "Une partie des transformations relĂšve du gain en efficacitĂ©, (...) de faire la mĂȘme chose mais avec moins", explique Franck Lecocq.

Déjà de nombreuses entreprises tentent de réduire leur consommation d'énergie et de matiÚres premiÚres, recyclent leurs déchets, se tournent vers l'éco-conception de leurs produits. Mais il faudra faire beaucoup plus. Certaines activités, notamment les plus énergivores (sidérurgie, aluminium, pétrochimie), devront totalement se transformer. "A moyen terme, on peut imaginer que des activités qui existent aujourd'hui se réduisent considérablement", prévient M. Lecocq, comme toute l'industrie miniÚre, trÚs importante dans certains pays.

Protéger l'agriculture

Les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, notamment de l'Ă©levage, devraient s'accroĂźtre considĂ©rablement car la consommation de viande et de produits laitiers va bondir. Pour limiter le rĂ©chauffement climatique, il faudrait protĂ©ger les forĂȘts et restaurer les terres dĂ©gradĂ©es par l'agriculture intensive ou la dĂ©forestation massive. Le rĂ©chauffement, mĂȘme contenu, a dĂ©jĂ  un impact sur la baisse des productions et rendements agricoles et sur les prix. L'enjeu est celui de l'accĂšs Ă  tous Ă  la nourriture.

Des bĂątiments autonomes

Au rythme actuel, les Ă©missions de CO2 du secteur pourraient augmenter de 70% d'ici 2050. Elles pourraient, selon des experts, ĂȘtre considĂ©rablement rĂ©duites, Ă  condition de rĂ©aliser 220 milliards de dollars (200,8 milliards d'euros) d'investissements d'ici 2020, soit 50% de plus qu'en 2014. Nous aurons alors des bĂątiments de nouvelle gĂ©nĂ©ration, mieux isolĂ©s, construits avec de nouveaux matĂ©riaux, qui produiront eux-mĂȘmes leur Ă©nergie par des panneaux solaires et seront chauffĂ©s grĂące Ă  la fermentation des nos dĂ©chets. L'adaptation des bĂątiments existants sera toutefois compliquĂ©e.

AFP

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