Environ 90 suicides par an à La Réunion

Dialoguer pour ne pas sombrer

  • PubliĂ© le 17 dĂ©cembre 2011 Ă  07:00
Un Français sur 20 a déjà pensé à se suicider selon une étude de l'institut national de veille sanitaire (photo archives)

Selon une étude publiée par l'institut de veille sanitaire ce mardi 13 décembre, en France, prÚs d'un décÚs sur 50 est dû au suicide, et 5,5% des 15-85 ans déclarent avoir déjà tenté de mettre fin à leurs jours. A La Réunion, difficile d'avoir des données récentes sur le phénomÚne. Les derniers chiffres recensés par l'observatoire régional de santé datent de la période 2005-2007, 91 suicides ont été recensés en moyenne chaque année. Le chiffre est inférieur à la moyenne nationale, mais reste préoccupant, le phénomÚne touchant des adultes et des adolescents livrés à une profonde souffrance et se sentant rejetés par la société. Face à cela, le dialogue reste la meilleure solution pour ne pas sombrer.

"La tentative de suicide est un appel au secours, une façon de tirer la sonnette d'alarme", signale d'entrée de jeu HélÚne Daniel, psychologue à Saint-Pierre. "Bien souvent, il n'y a pas la volonté de se donner la mort, mais juste de mettre un terme à ses souffrances", note-t-elle.

Mal-ĂȘtre insupportable, solitude, sentiment d'ĂȘtre rejetĂ©, les tentatives de suicide peuvent ĂȘtre dues Ă  de nombreuses raisons. Du chef d'entreprise sous tension Ă  l'ouvrier licenciĂ©, en passant par le sans-abri, la mĂšre de famille isolĂ©e, la victime de violences, le pĂšre de famille qui croule sous les dettes, ou l'enfant mal dans sa peau, personne n'est Ă©pargnĂ© par le phĂ©nomĂšne.

Dans les donnĂ©es de 2005 Ă  2007, on remarque tout de mĂȘme que le nombre de dĂ©cĂšs par suicide Ă  La RĂ©union est nettement plus Ă©levĂ© chez les hommes. Ils sont en moyenne 71 Ă  s'ĂȘtre donnĂ© la mort sur un total de 91. Le bilan sur trois ans indique par ailleurs que 25% des morts par suicide sont des morts violentes, et que les suicides reprĂ©sentent 2% de la mortalitĂ© gĂ©nĂ©rale. Au total, on comptabilise 13 suicides pour 100 000 RĂ©unionnais, et le taux de mortalitĂ© par suicide est plus important chez les 15-44 ans Ă  La RĂ©union. Toujours selon cette enquĂȘte, le premier mode de suicide est la pendaison, suivi du saut dans le vide et de l'auto intoxication par produits mĂ©dicamenteux. Ce dernier mode de tentative de suicide est notamment choisi par les femmes.

Chez les adolescents, le suicide reprĂ©sente la 2Ăšme cause de mortalitĂ©. "Les adolescents sont particuliĂšrement exposĂ©s parce qu'ils sont en pleine quĂȘte identitaire. Ils sont Ă  un Ăąge oĂč l'on tente de se dĂ©tourner du cercle familial pour se construire un rĂ©seau social. Or, certains ont du mal Ă  s'insĂ©rer", explique HĂ©lĂšne Daniel. "Ils ont alors tendance Ă  se refermer sur eux-mĂȘmes puisqu'ils ont le sentiment que personne ne peut comprendre leur mal de vivre", indique la psychologue, regrettant au passage que la sociĂ©tĂ© actuelle devienne "de plus en plus individualiste".

Chez l'adulte, les causes du mal-ĂȘtre sont diffĂ©rentes. "C'est le parcours de vie qui va expliquer les tentatives de suicide chez les adultes. Un licenciement, une rupture familiale, la perte d'un proche, sont autant de causes qui peuvent faire tomber une personne dans la dĂ©pression, et la conduire Ă  un manque d'envie de vivre", dĂ©clare HĂ©lĂšne Daniel.

Au niveau des solutions existantes pour éviter à ces personnes de sombrer, les associations comme SOS Solitude et Prévention suicide restent à l'écoute des gens qui se sentent déprimés et isolés. "Le travail des associations est essentiel parce qu'il permet d'apporter une écoute à des gens en détresse", commente HélÚne Daniel.

"Nos bénévoles écoutants, formés par des professionnels de santé, reçoivent en moyenne 350 à 450 appels par mois. Les appelants ont de 25 à 80 ans, et sont de toutes les classes sociales. Ils appellent parce qu'ils ressentent le besoin de confier leur détresse, leurs faiblesses, leur malaise tout simplement", indique Frédérique Jonah, présidente de SOS Solitude à La Réunion.

A l'approche des fĂȘtes de fin d'annĂ©e, pĂ©riode qui peut ĂȘtre synonyme de plaisir pour certains, et de grande dĂ©prime pour d'autres, les associations enregistrent un plus grand nombre d'appels. "La fin d'annĂ©e est toujours un moment plus dĂ©licat, parce que quand on est seul, les idĂ©es noires ont tendance Ă  remonter Ă  la surface. L'an dernier, nous avions reçu Ă  peu prĂšs 650 appels au mois de dĂ©cembre", se souvient FrĂ©dĂ©rique Jonah. Pour elle, "l'Ă©coute et le dialogue restent primordiaux pour aider une personne en crise".

Au bord du suicide, certaines personnes lancent Ă©galement des appels par le biais des mĂ©dias. Sur les ondes d'une cĂ©lĂšbre radio locale, il n'est pas rare d'entendre des appels au secours de la part d'auditeurs dĂ©sespĂ©rĂ©s et esseulĂ©s. Sur les rĂ©seaux sociaux aussi, certains ont tendance Ă  laisser des messages de dĂ©tresse en espĂ©rant ĂȘtre secourus. Comme le signale HĂ©lĂšne Daniel, "toute oreille attentive est bonne Ă  prendre". "L'essentiel est de ne pas se dĂ©shumaniser, de garder des relations humaines pour ne pas se sentir seul", conclut la psychologue.

FrĂ©dĂ©rique Jonah lance de son cĂŽtĂ© un appel aux gens susceptibles d'ĂȘtre en crise : "DĂšs que vous vous sentez seuls, que vous remarquez des signes d'alerte laissant prĂ©sager une tentative de suicide, n'hĂ©sitez pas Ă  joindre les numĂ©ros d'urgence, les associations ou les assistantes sociales. Dialoguer avec autrui, mĂȘme anonymement, permet de se sentir moins seul, et de retrouver le moral".

Pour joindre SOS Solitude, appeler le numĂ©ro vert 0 800 100 925, ou joindre l'association Ă  l'adresse mail suivante : [email protected].

Samia Omarjee pour
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