Avec un jour d'avance, La Réunion a célébré ce samedi 18 mars 2006 le 60Úme anniversaire de sa départementalisation.Le temps fort de cette célébration ont été les échanges entre Paul VergÚs, président du conseil régional et fondateur du parti communiste réunionnais (PCR) et entre Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale et fils de Michel Debré, farouche adversaire du PCR pendant des décennies. "Il faut savoir dépasser le passé et ensemble construire l'avenir" se sont accordés à dire, en substance, les deux hommes
Se posant en dĂ©fenseur acharnĂ© de la dĂ©partementalisation face Ă Paul VergĂšs, initiateur du mot d'ordre d'autonomie et fils de Raymond VergĂšs l'un des "pĂšres" de la loi de dĂ©partementalisation, Michel DebrĂ© n'avait eu de cesse que "de barrer la route aux communistes" selon sa propre expression. Cette opposition farouche avait alors donnĂ© lieu Ă de nombreux Ă©pisodes de violences, de fraudes Ă©lectorales, d'emprisonnement de militants communistes ou encore de mutations forcĂ©es en mĂ©tropole de fonctionnaires soupçonnĂ©s de sympathie pour le PCR. Poursuivi pour avoir publiĂ© dans "TĂ©moignages", l'organe du parti communiste des articles du quotidien parisien "le Monde" dĂ©nonçant la torture en AlgĂ©rie, Paul VergĂšs Ă©tait mĂȘme entrĂ© dans la clandestinitĂ© "pour dĂ©noncer l'injustice de la justice".Les temps ont changĂ©, les esprits se sont apaisĂ©s. "Il ne s'agit pas de rejeter les fautes sur ses adversaires et se doter de toutes les vertus" notait Paul VergĂšs lors de la cĂ©rĂ©monie de commĂ©moration au conseil rĂ©gional.
Il notait que sous l'Úre de la colonie, La Réunion, comme les trois autres colonies (Martinique, Guadeloupe, Guyane) "vivaient dans une misÚre incroyable". Il rappelait que la revendication de départementalisation était alors le seul moyen pour ces populations d'accéder à une égalité de traitement social avec les Français de Métropole.
But identique, chemins divergents
Il soulignait que la promulgation de la loi du 19 mars 1946 transformant en dĂ©partement les quatre derniĂšres colonies n'avait pas suffi Ă satisfaire cette aspiration. "Cette Ă©galitĂ© est aujourd'hui atteinte et les combats qui ont abouti Ă ces progrĂšs sociaux sont Ă mettre au compte de tous les RĂ©unionnais" remarquait solennellement Paul VergĂšs. "Nous avions tous le mĂȘme but et si nous avons pris des chemins divergents, pour y arriver, si nous nous sommes opposĂ©s et mĂȘme combattu, ce but est dĂ©sormais atteint. C'est le rĂ©sultat de la lutte de tous les RĂ©unionnais" ajoutait-il. C'est avec une Ă©motion non dissimulĂ©e qu'il citait Charles PĂ©guy "MĂšre, voilĂ ceux qui ont tant combattu"
Le message, visiblement adressé Jean-Louis Debré en sa qualité de fils de Michel Debré, sonnait comme l'annonce d'une fin de cycle et le début d'une nouvelle Úre. Paul VergÚs commentait d'ailleurs "il faut savoir vieillir avec son temps. Nous avons à fédérer notre jeunesse face à l'avenir plutÎt que de faire revivre de vieilles querelles".
La rĂ©ponse de Jean-Louis DebrĂ© a Ă©tĂ© de la mĂȘme teneur. "Nous avons toujours partagĂ© les mĂȘmes rĂȘves et les mĂȘmes espoirs, mĂȘme si nous avons empruntĂ© des chemins diffĂ©rents pour y parvenir, le but a Ă©tĂ© atteint". Le prĂ©sident de l'AssemblĂ©e nationale ajoutait: "oublions le passĂ©, regardons l'avenir".
Le ton de ces échanges avait été donné en fin de matinée à la préfecture. Inaugurant une plaque en l'honneur des 23 préfets de La Réunion, Jean-Louis Debré faisait l'accolade à Paul VergÚs en lui glissant à l'oreille "certains parmi eux vous ont bien attaqués". Allusion à l'attitude discutable de certains préfets des années 60.
AprÚs le conseil régional, Jean-Louis Debré et le ministre de l'outremer, François Baroin, ont assisté aux cérémonies de célébration organisées par le conseil général.
En dĂ©but d'aprĂšs-midi, les deux ministres, s'Ă©taient rendus au service des urgences du CHD de Bellepierre oĂč sont hospitalisĂ©s des malades du chikungunya.
Ils ont regagné Paris dans la soirée.











