Dans le cadre de la FĂȘte de la Science, les Terres Australes et Antarctiques Françaises (Taaf) et l'Institut Poliare français Paul-Emile Victor ont organisĂ© le 22 octobre dernier une confĂ©rence sur "les Ăźles subantarctiques : un laboratoire naturel Ă ciel ouvert sur la biodiversitĂ©". L'occasion pour les Taaf de proposer un focus sur la protection des albatros dans les Ăźles subantarctiques et que nous publions intĂ©gralement.
Les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf) forment le territoire d'Outre-mer le plus isolĂ©. Aux abords des 40Ăšme rugissants et des 50Ăšme hurlants, les Ăźles de Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul constituent de vĂ©ritables sanctuaires pour la biodiversitĂ©. Pendant des millions d'annĂ©es, dans l'isolement le plus total, la vie s'y est dĂ©veloppĂ©e avec vigueur malgrĂ© les conditions climatiques extrĂȘmes. Cet Ă©loignement a permis aux espĂšces d'Ă©voluer Ă l'abri des sources de pollution et de pressions humaines. Les Ă©cosystĂšmes nous sont donc parvenus dans un Ă©tat de conservation remarquable. Ainsi, Crozet et Kerguelen abritent les populations d'oiseaux marins les plus riches et plus diversifiĂ©es au monde. Crozet accueille par exemple plus de 25 millions d'oiseaux en pĂ©riode de reproduction !Un certain nombre de menaces pĂšsent nĂ©anmoins sur la faune et la flore de ces Ăźles subantarctiques. Afin de les protĂ©ger plus efficacement, elles sont dĂ©sormais classĂ©es en rĂ©serve naturelle nationale. Cette rĂ©serve, qui est de loin la plus grande rĂ©serve naturelle de France et le plus grand site classĂ© d'Europe au titre de la convention internationale RAMSAR (protection des zones humides), est un site de reproduction majeur pour de nombreuses espĂšces d'oiseaux marins, notamment les albatros. Sept espĂšces d'albatros mondialement menacĂ©es s'y reproduisent.
En raison de leur rÎle indispensable dans le fonctionnement des écosystÚmes de ces régions, et de leur valeur patrimoniale unique, il est indispensable de conserver ces espÚces menacées. Un certain nombre de mesures sont d'ores et déjà mises en place pour protéger ces oiseaux à terre, lorsqu'ils viennent se reproduire. En effet, ils sont trÚs vulnérables pendant cette période. N'ayant jamais connu de prédateurs, ils n'ont jamais développé de mécanismes de défense et sont trÚs fragiles face à certains mammifÚres introduits - volontairement ou accidentellement - par l'homme comme les chats ou les rats.
Si la rĂ©serve permet de protĂ©ger les oiseaux Ă terre, il n'en est pas de mĂȘme en haute mer, sur leurs zones d'alimentation. Ils y sont victimes d'une mortalitĂ© Ă©levĂ©e liĂ©e Ă certaines activitĂ©s de pĂȘche. AttirĂ©s par les appĂąts accrochĂ©s aux milliers d'hameçons disposĂ©s le long de lignes de plusieurs dizaines de kilomĂštres appelĂ©es palangres, de nombreux albatros s'accrochent et pĂ©rissent noyĂ©s.
Les efforts dĂ©veloppĂ©s par les Taaf et les armateurs ont permis de stopper cette mortalitĂ© dans les eaux sous juridiction française. Malheureusement, ces oiseaux qui parcourent des milliers de kilomĂštres pour s'alimenter, prospectent des secteurs oĂč les mesures de protection sont inexistantes. De nombreux efforts, au sein des organismes rĂ©gionaux de gestion des pĂȘches est donc nĂ©cessaire pour protĂ©ger dĂ©finitivement ces oiseaux.
Par ailleurs, les Taaf ont remis début 2010 au MinistÚre en charge de l'Ecologie, un plan d'action Biodiversité pour mieux protéger ces écosystÚmes fragiles. Parmi ces actions et dans le cadre du Grenelle de l'environnement, les Taaf mettent en place un plan national d'action pour la conservation de l'albatros d'Amsterdam.
Cette espÚce, " en danger critique d'extinction ", constitue donc une priorité absolue en matiÚre de conservation. On estime qu'il ne reste que 25 à 30 couples reproducteurs de cet oiseau endémique de l'ßle Amsterdam.
Les Taaf ont associĂ© Ă cette dĂ©marche la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) pour la rĂ©daction du plan. Un comitĂ© de suivi regroupant les scientifiques du CNRS de ChizĂ© qui travaille sur cette espĂšce depuis de nombreuses annĂ©es, l'Institut polaire français Paul-Emile Victor (Ipev), le MusĂ©um national d'histoire naturelle, les organismes de pĂȘche et les diffĂ©rentes administrations concernĂ©es a Ă©tĂ© mis en place en janvier 2010 par le prĂ©fet, administrateur supĂ©rieur des Taaf pour suivre les travaux et valider les mesures de conservation proposĂ©es.
