Environnement

Greenpeace et les coulisses de la pĂȘche illicite

  • PubliĂ© le 3 mai 2013 Ă  05:00
PĂȘche

Par communiquĂ©, de Paris, Greenpeace vient d'annoncer la prochaine escale de L'Esperanza Ă  La RĂ©union, en provenance de l'Ile Maurice. Le bateau sera Ă  quai au Port Ouest, poste 8, en face du magasin 80, Ă  cotĂ© du club nautique, les 8 et 9 mai. Comme de bien entendu, cette croisiĂšre de Greenpeace n'est en rien vouĂ©e Ă  la plaisance, il s'agit en fait de la campagne nationale "OcĂ©an" consacrĂ©e Ă  la protection du thon tropical dans l'ocĂ©an Indien, contre la surpĂȘche, la pĂȘcherie illĂ©gale, les sur-quotas de pĂȘche, pour reprendre les termes utilisĂ©s par l'ONG Ă©cologique dans la prĂ©sentation de son programme, en mĂ©tropole.

Dans son communiquĂ©, Greenpeace se rĂ©fĂšre Ă  la Commission des thons de l'ocĂ©an Indien (CTOI), pour dĂ©noncer un effort de pĂȘche trop important sur les thons blancs de la zone, et s'aligner sur les recommandations des scientifiques de la dite CTOI qui, recommanderaient de rĂ©duire les prises de 20% au moins, pour permettre au stock de se maintenir.

Dans les faits, la CTOI, se fondant sur les recommandations de la 15e session de son ComitĂ© scientifique qui s'est tenu Ă  MahĂ©, en dĂ©cembre dernier, prĂ©conise que les palangriers qui travaillent au sud des 30°S rĂ©duisent, d'ici janvier 2014, les captures de germon (Thunnus alalunga) d’au moins 25% par rapport au niveau de 2010. Une recommandation qui a valeur contraignante pour les bateaux europĂ©ens, et pour ceux qui pĂȘchent pour le compte d'Etats membres de la CTOI, car le stock de germon dans l’ocĂ©an Indien est actuellement surpĂȘchĂ©. La CTOI prĂ©cise dans sa note du 5 avril dernier, qu'il existe "une incertitude significative sur l’état actuel du stock de germon",  et "un niveau de risque considĂ©rable pour l’état du stock aux niveaux de captures actuels", soit 38 946 tonnes en 2011, et en moyenne 41 609 tonnes par an sur les 5 derniĂšres annĂ©es. Ce niveau de capture outrepasserait de 20% la donnĂ©e moyenne prĂ©vue par les permis de mise en exploitation (33 000 tonnes), pour une fourchette envisagĂ©e de 31 100 tonnes Ă  35 600 tonnes.
 
Sur la base d'un tel constat, la CTOI estime  que le maintien ou l’accroissement de l’effort entraĂźnerait un dĂ©clin plus prononcĂ© de la biomasse
 
 
Il apparaĂźt selon la commission rĂ©gionale des pĂȘches, que depuis 2001 le germon est Ă  98% capturĂ© au moyen de palangres dĂ©rivantes au sud des 10°S, ces prises Ă©tant "presque exclusivement le fait de navires indonĂ©siens et taĂŻwanais" ces derniĂšres annĂ©es.
 
Toujours selon les donnĂ©es CTOI, les prises de germon ont plus que doublĂ© entre 1993 (moins de 20 000 t) et 2001 (44 000 t), avec des prises record en 2008 (44 500 t). En sus des paramĂštres spĂ©cifiques Ă  l'effort de pĂȘche, il convient de noter que la pression sur le thon germon est aggravĂ©e par l'impact de la piraterie dans l’Ouest de l’ocĂ©an Indien, qui a dĂ©placĂ© les flottes de palangriers, en quĂȘte de poisson mais aussi de sĂ©curitĂ©, vers les zones traditionnelles de pĂȘche au germon, dans le Sud et l’Est de l’ocĂ©an Indien. 
 
Une dimension que Greenpeace semble ne pas prendre en compte dans son apprĂ©ciation gĂ©nĂ©rale de la situation. Par ailleurs, quand la CTOI cible principalement les pĂȘcheries indonĂ©siennes et taĂŻwanaises, Greenpeace stigmatise "ces thoniers, qui battent en partie pavillons français (
) notamment ceux de la Sapmer (
) parmi les bateaux les plus prĂ©dateurs de la flotte française. Outre leur puissance et leur sophistication, cette flotte utilise des dispositifs de concentration des poissons : des Ă©paves flottantes mises Ă  l’eau par les thoniers. Les plus petits poissons s’y abritent, les plus gros arrivent pour s’y nourrir, et en haut de la chaĂźne alimentaire, thons et requins s’y rassemblent. Un coup de filet, la senne, peut permettre d’attraper des centaines de tonnes de poisson, dont, notamment les prises "accessoires" : des juvĂ©niles n’ayant pas atteint leur Ăąge de reproduction, des espĂšces non initialement visĂ©es, mais capturĂ©es, ou encore des espĂšces pĂȘchĂ©es par ailleurs par les artisans des zones cĂŽtiĂšres
"
 
En la matiĂšre, la CTOI et les armements qui pĂȘchent dans les eaux placĂ©es sous sa compĂ©tence, procĂšdent depuis des annĂ©es Ă  un travail d'amĂ©lioration des techniques de captures dans le sens d'une meilleure sĂ©lectivitĂ©; car l'Union europĂ©enne applique Ă  toutes les flottilles concernĂ©es par la pĂȘche des grands pĂ©lagiques un dispositif rĂ©glementaire contraignant qui prĂ©voit entre autres de communiquer un schĂ©ma d’échantillonnage et de correction des livres de bord, des rĂ©seaux de collecte et de traitement des donnĂ©es de captures et des efforts de pĂȘche. Livres de bord, dĂ©clarations de dĂ©barquement et croisement des donnĂ©es, autorisent un suivi crĂ©dible des captures.
Ainsi, afin de rĂ©duire l'impact des pĂȘcheries sur les espĂšces sensibles, le programme europĂ©en MADE a permis aprĂšs Ă©tude, de mettre au point un guide des bonnes pratiques de remise Ă  l’eau rapide de malheureuses prises dites accessoires que sont certains requins, les tortues, les mammifĂšres marins

 
La modification des apparaux de pĂȘche est elle aussi Ă©tudiĂ©e, Ă  l'instar de la campagne expĂ©rimentale rĂ©alisĂ©e en avril 2012 qui a permis de tester une fenĂȘtre d’échappement sur les filets de senne afin de libĂ©rer requins et autres prises accessoires toues de cette technique. Une autre approche, fondĂ©e sur les donnĂ©es d’observateurs a montrĂ© qu’en Ă©vitant Ă©viter de pĂȘcher les petits bancs de thons, on rĂ©duisait significativement les prises accessoires des thoniers senneurs,tout particuliĂšrement les requins soyeux. Selon la CTOI, "Ă©viter de pĂȘcher les bancs de thons de moins de 10 tonnes permettrait de rĂ©duire de 26% les prises accessoires (en poids) et de 21% les prises de requins soyeux (en nombre), diminuant les captures de thons de 6% seulement". Enfin, l'analyse des donnĂ©es produites par les marquages Ă©lectroniques de requins soyeux, croisĂ©e avec  des observations sous-marines des DCP, a montrĂ©, par "l’étendue de la mortalitĂ© des requins due au maillage dans les filets des DCP (
)l’urgence de l’utilisation unique de DCP non maillants".
 
Que Greenpeace  demande "aux organismes rĂ©gionaux de gestion des pĂȘches, comme la CTOI, de mettre en place un systĂšme de contrĂŽle incluant des sanctions et de limiter la taille et la puissance de la flotte, pour la mettre en adĂ©quation avec la ressource en poissons", est honorable, mais sans doute faudrait-il s'attaquer aux Etats voyous et Ă  ceux qui leur offrent une complicitĂ© passive en fermant les yeux sur des dĂ©barquements douteux.
 
www.ipreunion.com
 
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2 Commentaires
la fournaise
la fournaise
12 ans

N.B. les asiatiques ne pas les seuls en cause de cette surpĂȘche, les pĂȘcheurs français (sapmer et autres navires de la RĂ©union) dont de mĂȘme ; greenpeace devrait combattre aussi la pĂȘche du thon et des requins et autres pissons en voie de disparition sous couvert de recherche scientifique, les asiatiques continueront de piller les ocĂ©ans, que restera-il pour les autres peuples de cette planĂšte ?

stef
stef
12 ans

TrĂšs bon article qui recadre bien. Cependant la surpĂȘche reste une sinistre rĂ©alitĂ© : on vide la mer Ă  l'Ă©chelle mondiale et industrielle, avec plus ou moins de mesurettes Ă©cologiques pour faire passer les quotas exhorbitants de prĂ©lĂšvements en zone dĂ©jĂ  affaiblies.