Descendre le maximum de bouteilles d'alcool le plus rapidement possible jusqu'Ă l'ivresse... Depuis quelques annĂ©es, le "binge drinking", ou "alcool dĂ©fonce", "biture express", pour les initiĂ©s, fait des ravages dans les soirĂ©es des 15-25 ans en mĂ©tropole, allant du coma Ă©thylique, aux accidents, voire mĂȘme jusqu'Ă la mort. VĂ©ritable problĂšme dans les pays anglo-saxons, ce phĂ©nomĂšne ne fait pas exception dans l'Ăźle. Selon David MĂ©tĂ©, chef du service addictologie au CHR (Centre hospitalier rĂ©gional) Ă Bellepierre (Saint-Denis), cette "façon de boire Ă l'anglo-saxonne" gagne de plus en plus du terrain Ă La RĂ©union.
"On a tout simplement envie d'ĂȘtre dĂ©foncĂ© en soirĂ©e", lĂąche Lucy. ĂgĂ©e de 25 ans, la jeune femme est une adepte du "binge drinking". Une pratique qu'elle a connu lorsqu'elle a dĂ©marrĂ© ses Ă©tudes Ă l'UniversitĂ©. Comme Lucy, nombreux sont les adolescents ou jeunes adultes Ă s'initier Ă l'hyperalcoolisation sur l'Ăźle. Le but : s'enivrer le plus rapidement possible, bien souvent, avec plusieurs types d'alcool mĂ©langĂ©s. Un phĂ©nomĂšne qui selon, David MĂ©tĂ©, chef du service d'addictologie au CHR Ă Bellepierre, et Christian Daffreville, addictologue Ă l'A.N.P.A.A (Association Nationale de PrĂ©vention en Alcoologie et Addictologie) 974, prend du terrain dans l'Ăźle et qui touche aussi bien les jeunes adultes que les adolescents. Ce que confirme Malika et Camille, 17 ans, scolarisĂ©es en terminale. Elles affirment ne pas participer Ă ces soirĂ©es.Sans dĂ©tours, Lucy avoue qu'en compagnie de son groupe d'amis, ils descendent en soirĂ©e, bouteille sur bouteille. Vodka, tĂ©quila, biĂšre... Tout y passe. "Vomir est tout Ă fait normal", commente la jeune femme. Elle pointe "un cercle vicieux", oĂč pour certains, "sortir sans boire une goutte d'alcool est complĂštement impossible". "Je connais mĂȘme des personnes qui dĂ©testent la boisson mais qui se forcent Ă boire cul sec pour ne pas sentir le goĂ»t. Certaines de mes amis n'hĂ©sitent mĂȘme plus, elles vont jusqu'Ă vider les verres qui traĂźnent sur les tables", confie l'Ă©tudiante. Elle conçoit: "cela devient parfois ridicule".
Si Lucy parle avec autant de facilitĂ©, il n'en ai pas de mĂȘme pour certains "binge
drinker", qui prĂ©fĂšrent nier leur acte. D'oĂč la difficultĂ© de quantifier le phĂ©nomĂšne.
"On assiste parfois Ă des concours de consommation aigĂŒe: Ă celui ou celle qui vomit le plus ou qui a eu la plus grosse cuite", explique Christian Daffreville. Il note que ce genre de pratique, trĂšs prĂ©sent dans le milieu lycĂ©en et Ă©tudiant, est liĂ© Ă un phĂ©nomĂšne d'imitation et devient de plus en plus prĂ©sent en raison du dĂ©veloppement des moyens de tĂ©lĂ©communications. "Je suis convaincu que certaines images que nous retrouvons sur internet y participent", insiste-t-il.
Il explique que "dans la prise de produits, les jeunes vont rechercher à surpasser leur adolescence". "Ces adolescents ont un sentiment d'invulnérabilité. Ils ne sentent pas concernés par les risques. Il y a un besoin de transgresser les interdits des parents et de la loi ou encore de se sentir exister" commente David Mété.
Le chef du service addictologie du CHR Ă Bellepierre, prĂ©cise que le "binge drinking" touche tous les milieux, mĂȘme si toutefois les "produits ne sont pas forcĂ©ment les mĂȘmes".
Mais cette recherche d'"hyperalcoolisation" n'est pas sans danger. Prise de risques sexuels, accidents, comas Ă©thyliques... Telles sont les consĂ©quences auxquelles les adeptes du binge drinking s'exposent, rapporte David MĂ©tĂ©. Certains y laissent mĂȘme leur vie, Ă l'image de cet adolescent de 16 ans dĂ©cĂ©dĂ© lors d'une fĂȘte chez une camarade, prĂšs d'Albertville en Savoie en dĂ©cembre 2011. Il avait 4,5 g d'alcool par litre de sang. Plus rĂ©cemment dans l'Ăźle, c'est un jeune de 14 ans qui a Ă©tĂ© pris en charge par les secours un soir de rĂ©veillon de la Saint-Sylvestre. Il avait sombrĂ© dans un coma Ă©thylique au cours d'une trop arrosĂ©e sur la plage de l'Ermitage.
Pour sa part, Lucy et ses amis se disent "conscients de ne pas mĂȘler alcool et conduite". "Si l'on peut rester sur place, on se dĂ©chire la tĂȘte", confie-t-elle.
Concernant d'Ă©ventuelles solutions pour contrer ce phĂ©nomĂšne, Christian Daffreville affirme que seules les lois peuvent limiter la consommation mais elles peuvent ĂȘtre dĂ©tourner. Il prĂ©conise le traitement par la prĂ©vention, "en faisant en sorte que les adolescents soient rassurĂ©s et aient une meilleure estime d'eux". L'addictologue de l'A.N.P.A.A 974 regrette qu'il y ait "beaucoup de communication sur les cancers liĂ©s Ă l'alcoolisme ou autres complications Ă long terme" et "peu sur les risques aigus". "Ponctuel ne signifie pas anodin", termine-t-il.
Selon l'observatoire régional de santé, à La Réunion, plus de 8 jeunes sur 10 ont expérimenté l'alcool, et plus de la moitié en ont bu récemment.
Ămilie Sorres pour
