Alain Juppé a rencontré le groupe interreligieux de La Réunion ce mardi 22 décembre 2015, à l'Ashram au Port. Il était entouré des représentants du bouddhisme tibétain, des musulmans sunnites et chiites, de l'église protestante, du culte catholique et celui des tamouls. Le maire de Bordeaux s'est dit "frappé" de voir les croyants des différents cultes "travailler dans un état d'esprit de compréhension et de fraternité" a t-il confié.
Alain Juppé vous avez été particulièrement intéressé par l'entente qui règne entre musulmans chiites et sunites. Pourquoi ?
La société française est aujourd'hui un peu en désarroi et s'interroge sur ses valeurs, son identité et son vivre ensemble. Ce qui m'a frappé ici c'est la façon dont toutes les grandes religions, toutes les spiritualités sont parvenues à créer précisément ce vivre ensemble. Ce n'est pas nouveau, cela peut s'expliquer par des conditions particulières, historiques, géographiques, mais c'est extrêmement frappant de voir ici catholiques, protestants, sunnites, chiites, boudhistes, hindouistes (et pardon d'en oublier) travailler dans un état d'esprit de compréhension et de fraternité. En effet j'ai été particulièrement impressionné de voir chiites et sunnites côte à côte. Nous parlons d'une guerre de religion entre les deux au Proche Orient, ici c'est tout le contraire. C'est un exemple et je vais essayer de m'en inspirer.
Vous avez créé la structure Bordeaux Partages (Conseil interreligieux et citoyen) dans votre ville. Comment comptez-vous exporter l'expérience du vivre-ensemble réunionnais en métropole ?
Par le dialogue et par la compréhension mutuelle. D'abord, je l'ai fait à Bordeaux, mais je ne suis pas le seul, Marseille l'a fait aussi avec de petites structures de ce type. Le rôle du politique n'est pas de faire intrusion dans la religion mais c'est de faciliter le contact des religions. Nous nous réunissons deux fois par an à Bordeaux avec l'ensemble des cultes. Lorsqu'il y a un évènement ou un drame comme celui que nous avons vécu le 13 novembre, immédiatement nous nous exprimons, pour montrer à la population que nous sommes ensemble, et que nous ne nous affrontons pas. Puis nous organisons régulièrement des conférences sur des thèmes choisis par les différents responsables religieux, la prochaine portera sur le thème "les religions et l'autre". Il faut rappeler aujourd'hui que les religions quelles qu'elles soient, en particulier la mienne, la religion catholique, ce n'est pas l'exclusion de l'autre, c'est au contraire le respect de l'autre.
Lors de votre allocution vous disiez que la laïcité n'était pas une machine de guerre contre les religions...
La loi 1905 a été le terme d'un combat au 19 ème siècle, car l'église catholique qui, à l'époque, ne reconnaissait pas la République, voulait la monarchie. Mais cela est terminé, c'est derrière nous et aujourd'hui la laïcité n'a plus cette valeur de confrontation. La laïcité, c'est d'abord la garantie donnée par la République de pouvoir dire à chaque citoyen qu'il peut choisir sa religion et la pratiquer, avec, en sens inverse, le respect par les religions des lois républicaines et la non-interférance de la religion dans la sphère civique. Voilà ce qu'est la laïcité aujourd'hui et je pense qu'ici, elle est bien comprise.
Vous avez mis l'accent sur les jeunes, sur leur rôle dans le vivre-ensemble mais aussi sur leur radicalisation, pourquoi ?
Nos jeunes sont à la fois les plus vulnérables puisque par définition ils commencent leur cursus de formation. C'est peut-être en même temps les plus ouverts et les plus généreux. Il faut s'adresser à eux tout particulièrement parce qu'ils font l'objet, à l'heure actuelle, d'entreprise de radicalisation qui vont à l'encontre de toutes les valeurs que nous venons d'évoquer ici. La radicalisation c'est le rejet, c'est la haine, c'est la mort, la barbarie. L'école doit transmettre un certain nombre de valeurs.
Vous êtes donc pour l'enseignement de l'histoire des religions à l'école...
Le fait religieux et l'histoire des religions font partie de notre histoire. Il ne s'agit pas pour l'école de se substituer aux religions et de faire du catéchisme. En revanche, enseigner les grandes étapes de la religion selon les grands textes, cela fait partie des cours d'histoire depuis déjà longtemps.
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La loi du 9 décembre 1905 relative à la laïcité a abrogé le Concordat de 1801 partout en France métropolitaine, à l'exception de l'Alsace et de la Moselle où le Concordat est toujours en vigueur.
Lequel Concondat de 1801, c'est-à-dire datant de la 1ère République est conforme aux « valeurs de la République », et s'inspirait de l'Edit de Nantes du Roi de France Henri IV, appelé Edit de tolérance religieuse.
Historiquement, l'Edit de Nantes, est ainsi la première ordonnance royale Française établissant le principe de la tolérance religieuse.
Edit de Nantes qui, lui-même reprenait les valeurs bibliques et Chrétiennes dont celles de la liberté de conscience et du libre consentement.
En conséquence, le bilan catastrophique de la laïcité depuis 1905 est facile à faire entre d'une part, la France métropolitaine, sauf l'Alsace et la Moselle, et d'autre part, l'Outre-mer, l'Alsace et la Moselle.
En outre, il est utile de souligner que les Droits fondamentaux de l'Union européenne prévoient le respect de la liberté de religion. Lesquels Droits fondamentaux de l'Union européenne ont une valeur supérieure aux lois des Etats; et sont donc supérieurs en droit sur la loi Française de la laïcité.
Enfin, rappelons que dans l'Union européenne nul citoyen, nul sujet européen ne peut être contraint d'être laïc et séparé de Dieu.