Les majors du BTP travaillent sur ces innovations

Les routes seront "intelligentes" et fourniront de l'énergie

  • PubliĂ© le 12 juin 2016 Ă  12:30
Le directeur du centre de recherche Eurovia, Ivan Drouadaine, montre différents prototypes de route du futur à Mérignac, le 6 juin 2016

Des routes "intelligentes", plus rĂ©sistantes, capables de s'Ă©clairer et se dĂ©givrer elles-mĂȘmes, de guider les futurs vĂ©hicules autonomes et de fournir de l'Ă©nergie: bien que confrontĂ©s Ă  un marchĂ© dĂ©primĂ© en France, les majors du BTP travaillent d'arrache-pied pour donner vie Ă  ces innovations.

MalgrĂ© un contexte morose oĂč les collectivitĂ©s locales, soumises Ă  de fortes contraintes budgĂ©taires, peinent Ă  assurer les travaux de maintenance indispensables, les gĂ©ants Eurovia (Vinci), Colas (Bouygues) et Eiffage misent sur l'innovation pour convertir la route aux transitions numĂ©rique, environnementale et Ă©nergĂ©tique.

"Nous entrons dans une nouvelle Ăšre : nous changeons de modĂšle aprĂšs une pĂ©riode trĂšs dure, des annĂ©es oĂč l'on s'est demandĂ© comment maintenir notre activitĂ©", explique HervĂ© Dumont, directeur technique du pĂŽle route d'Eiffage.
Un virage compliqué pour des travaux publics "habitués à évoluer dans un milieu fermé", rapporte Pascal Tebibel, directeur prospective chez Colas. "Il nous faut nouer des alliances, dialoguer avec des start-ups, des collectivités, des groupes de télécoms."
L'élan est venu de l'Union européenne et son programme "Forever Open Road", décliné en France avec la "route de 5Ú génération (R5G)" promue par l'Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l'aménagement et des réseaux).
Il prÎne des solutions pour assurer un "état de surface optimal" dans toutes les situations climatiques, et la communication et l'échange d'énergie entre infrastructure, véhicule et gestionnaire du réseau.
Il encourage aussi la conception de matériaux recyclables, capables de "s'auto-diagnostiquer" et "s'auto-réparer". Des innovations dont l'intégration à l'échelle industrielle à des coûts mesurés demeure un vrai défi, admet l'Ifsttar.


"Tout ça est en phase de recherche", dit M. Tebibel. "Il est nécessaire de tester les prototypes sur des chantiers expérimentaux, dans des conditions hivernales, avec du trafic", précise Ivan Drouadaine, qui dirige le Centre de recherche Eurovia.


- Nouveaux emplois générés -


Des prototypes de routes "communicantes" voient le jour : "Smartvia" mise au point par Eurovia, est truffée de capteurs évaluant l'endommagement de la chaussée en mesurant température, pression, humidité et déformation.
Et ce, afin de "prévenir des dégradations avancées, tout en évitant des opérations lourdes d'auscultation".
Equiper en capteurs et station de transmission des données une portion de route "représentative de l'équipement", coûte 50 à 100.000 euros. Aujourd'hui Eurovia gÚre Smartvia dans le cadre de contrats de recherche, en attendant de pouvoir facturer ces services aux collectivités, précise M. Drouadaine.


Colas, lui, teste les capteurs développés par sa filiale Aximum sur l'autoroute A63 qu'il construit dans les Landes.
Demain ces donnĂ©es, croisĂ©es avec d'autres (mĂ©tĂ©o, trafic etc), guideront les voitures sans conducteur. Elles devront toutefois ĂȘtre traitĂ©es et sĂ©curisĂ©es.
"Toutes ces innovations vont générer de nouveaux emplois", dit M Tebibel. "Mais il faudra former davantage de gens à la gestion de l'open data".
Lancé en octobre à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le consortium "So mobility" (Cisco, CDC, Bouygues Immobilier, Engie, Transdev, Colas) développe des applications sur smartphone donnant accÚs aux places inoccupées de parkings d'hÎtels ou de centres commerciaux.
"Dans une dizaine d'années, lorsqu'on construira un parking, il sera fait pour recharger les voitures électriques. La recharge par induction, sans contact, c'est le Graal, mais on n'a pas encore la solution technique", rapporte M Tebibel.


De son cĂŽtĂ© Eiffage met au point un revĂȘtement plus sĂ»r en conditions extrĂȘmes, rafraĂźchi en Ă©tĂ© et rĂ©chauffĂ© en hiver par la gĂ©othermie.
Soutenue par le ministÚre de l'Environnement, qui a fixé l'objectif de 1.000 kilomÚtres d'ici 5 ans, la route solaire développée par Colas - avec des dalles "Wattway" collées sur la chaussée, résistant au trafic automobile et produisant de l'énergie - suscite admiration et circonspection dans le secteur.
Développée depuis 5 ans avec l'Institut national de l'énergie solaire (Ines), elle sera testée sur "plusieurs dizaines de chantiers en France, en fonction des conditions climatiques, pour différents usages tels que l'alimentation d'un foyer isolé, d'un équipement routier, en 2016 et 2017", précise M Tebibel.
Le premier site pilote de Mouilleron-le-Captif (VendĂ©e), oĂč 50 m2 doivent produire 6.300 kWh/an, a Ă©tĂ© inaugurĂ© le 2 juin, et Colas espĂšre lancer des offres commerciales en 2018.


Aux sceptiques qui pointent la fragilité des cellules photovoltaïques, M Tebibel répond que ces dalles résistent au passage d'"un million de poids lourds" et dureront "15 ans, comme une route classique". Leur recyclage, lui, est "en cours d'amélioration".
Aussi en phase de recherche : une chaussée auto-réparatrice, recyclable, en bitume composé de micro-algues...
"Les technologies économiquement viables, sociétalement acceptables qui rendront un service s'imposeront. Les autres seront abandonnées", prédit M. Dumont.

Par Rebecca FRASQUET - © 2016 AFP

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