Océan Indien

Madagascar : le pillage du bois de rose

  • PubliĂ© le 3 dĂ©cembre 2009 Ă  00:30
Chargement de bois de rose au port de Tamatave (Madagascar)

Photo Pierre Yves Babelon

Dominique Baillard, journaliste pour Radio France Internationale (RFI) en charge d'une émission intitulée Chronique des MatiÚres PremiÚres a réalisé un reportage sur le trafic malgache du bois de rose. Au début du mois d'octobre, un bateau bloqué à quai à Tamatave (Madagascar) a cristallisé les tensions autour de ce trafic. Retour sur les évenements.

À Madagascar, l'exportation du bois de rose est toujours une activitĂ© florissante, et cela malgrĂ© les engagements du pouvoir en place. En dĂ©but de semaine, une cargaison devait quitter la Grande Ăźle, mais elle a Ă©tĂ© finalement bloquĂ©e. Mercredi (Ndlr : 7 octobre 2009) encore le bateau Ă©tait arraisonnĂ© Ă  Tamatave. Lundi (Ndlr : 5 octobre), dans des conditions rocambolesques, il avait quittĂ© en douce le port de VohĂ©mar, dans le nord de l'Ăźle, d'oĂč part une bonne partie du bois de rose illĂ©galement coupĂ© Ă  Madagascar. 10 000 tonnes auraient Ă©tĂ© exportĂ©es depuis le dĂ©but de l'annĂ©e selon des sources bien informĂ©es.

Ces chiffres sont officieux, officiellement la prĂ©cĂ©dente Ă©quipe au pouvoir avait donnĂ© en janvier une dĂ©rogation exceptionnelle portant sur un volume maximal de 1 500 tonnes de bois soi-disant " cyclonĂ© ", c'est-Ă -dire d'arbres abattus par la tempĂȘte. Ce commerce illĂ©gal, dĂ©vastateur pour l'environnement devait ensuite enfin prendre fin mais avec le flottement provoquĂ© par l'instabilitĂ© politique, une douzaine d'exportateurs sont passĂ©s Ă  la vitesse supĂ©rieure. Sortir 20 tonnes de bois de rose de la forĂȘt pour le charger dans un conteneur au port coĂ»te 50 000 dollars. Le ticket de sortie qui permet d'exporter, c'est-Ă -dire le bakchich, a Ă©tĂ© nĂ©gociĂ© Ă  30 000 dollars d'une source proche du milieu du nĂ©goce.

Les principaux clients, les Chinois de Hong Kong, sont prĂȘts Ă  payer in fine 220 000 dollars le conteneur.‹Comme les prĂ©cĂ©dents, le gouvernement aujourd'hui sur le dĂ©part a tentĂ© de mettre un terme Ă  cette hĂ©morragie. DerniĂšre dĂ©cision en date : une nouvelle dĂ©rogation exceptionnelle pour 335 conteneurs.

Moyennant le paiement d'un impĂŽt extraordinaire de 72 millions d'ariarys, soit 35 000 dollars par boite. Pour les finances publiques exsangues, cette manne est la bienvenue. Ayant dĂ©jĂ  acquittĂ© de copieux pots-de-vins, des exportateurs ont cru s'affranchir de cet impĂŽt. D'oĂč le voyage rocambolesque du bateau affrĂ©tĂ© par CMA CGM et aujourd'hui arraisonnĂ© Ă  Tamatave.

91 conteneurs de bois de rose ont Ă©tĂ© dĂ©barquĂ©s, une douzaine n'avait mĂȘme pas Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e aux autoritĂ©s portuaires. La course contre le montre pour ramener le bateau vers les cĂŽtes malgaches Ă  coup d'ordre et de contre ordre des autoritĂ©s locales aura durĂ© trois jours. C'est maintenant au nouveau Premier ministre nommĂ© cette semaine de gĂ©rer ce dossier et de mettre si possible un terme Ă  un pillage bien rodĂ©.

Reportage de Dominique Baillard, publié le 9 octobre 2009 pour RFI

http://www.rfi.fr/radiofr/editions/118/edition_157656.asp

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