"Le travail, c'est la santé", chantait Henri Salvador. Pour autant, si le chÎmage augmente le risque de dépression, une étude britannique publiée récemment par la revue scientifique PLoS One démontre que la surcharge de travail est tout aussi inquiétante. En effet, passer 11 heures à travailler par jour double les risques de dépression sévÚre par rapport à une journée normale de travail, soit 7 à 8 heures. Un phénomÚne qui peut toucher toutes les branches professionnelles, et qui concernerait davantage les femmes que les hommes.
Quel que soit le type de travail effectuĂ©, on sait qu'il peut ĂȘtre fatigant, voire Ă©prouvant. Ce que l'on sait moins, c'est que la surcharge de travail peut devenir dangereuse pour la santĂ© d'un individu, lorsqu'elle conduit Ă un Ă©puisement professionnel, plus communĂ©ment appelĂ© "burn out". Un Ă©puisement qui rĂ©sulte d'un stress chronique dans l'environnement professionnel et se dĂ©veloppe progressivement chez certaines personnes exposĂ©es Ă des conditions de travail frustrantes et dĂ©motivantes.Le Dr GeneviĂšve Libertino, mĂ©decin du travail, explique que les coups de pression qui peuvent ĂȘtre Ă l'origine d'un Ă©puisement professionnel peuvent toucher toutes les branches professionnelles. "Dans le BTP, les employĂ©s sont soumis Ă un stress quand les Ă©chĂ©ances de fin d'annĂ©e arrivent ; dans le commerce, la pĂ©riode des soldes et des fĂȘtes, oĂč la clientĂšle est nombreuse, peut aussi gĂ©nĂ©rer de la pression chez un travailleur. Aucune branche n'est Ă©pargnĂ©e par le stress", explique-t-elle.
"La pression ressentie vient gĂ©nĂ©ralement d'une surcharge de travail qui est difficile Ă dĂ©finir", poursuit le Dr GeneviĂšve Libertino. "Tout dĂ©pend de la perception que la personne a de son travail. Un individu sent qu'il y a surcharge quand il se trouve dans l'incapacitĂ© de terminer les tĂąches qu'on lui demande dans le temps qui lui est imparti ou quand il considĂšre que son travail effectif ne correspond pas Ă celui pour lequel il a signĂ©", indique-t-elle. "Cependant, il est difficile Ă dĂ©finir s'il y a une rĂ©elle surcharge, puisqu'un travailleur peut se sentir sous pression, lĂ oĂč un autre qui fait le mĂȘme travail ne rencontre aucun problĂšme", annonce le Dr Libertino.
"Ce qu'on peut dire, c'est que la surcharge de travail est ressentie quand il y a un problÚme d'organisation. Ce problÚme ne relÚve pas de la personne qui est en souffrance, il s'agit d'un problÚme d'ordre général au sein de l'entreprise", précise GeneviÚve Libertino. Le médecin du travail explique également que "lorsque l'environnement professionnel est favorable à de bonnes conditions de travail, la surcharge de travail est plus facilement vécue".
Au contraire, lorsque l'environnement professionnel est difficile Ă vivre, la surcharge de travail sera d'autant plus ressentie comme une lourde peine. "S'il n'y a pas de dialogue social, pas de bonne ambiance, pas de solidaritĂ©, l'employĂ© va forcĂ©ment commencer Ă se sentir mal. Ce mal-ĂȘtre va jouer sur sa santĂ© mentale, et l'Ă©puisement gĂ©nĂ©ral va se manifester par une fatigue excessive, des Ă©pisodes d'Ă©nervement, et des Ă©tats de dĂ©pression grave", souligne GeneviĂšve Libertino.
Le travailleur se sent ainsi dĂ©motivĂ© par rapport Ă son travail, et se renferme sur lui-mĂȘme, avec le sentiment d'ĂȘtre incompĂ©tent. IrritabilitĂ©, colĂšre, pleurs frĂ©quents, isolement, sentiment d'Ă©chec sont les symptĂŽmes d'un mal-ĂȘtre professionnel, qui peut conduire Ă des tendances suicidaires.
La surcharge de travail peut aussi impliquer des problÚmes de santé physique. "Trop travailler génÚre un stress difficile à gérer. Chez certaines personnes, ce stress peut causer des migraines, des troubles du sommeil comme des insomnies, des problÚmes cutanés, tels que l'eczéma, ou des problÚmes cardiaques", indique le Dr Libertino.
Pour sortir de ce cercle vicieux, l'arrĂȘt de travail est souvent nĂ©cessaire. La durĂ©e du congĂ© peut ĂȘtre variable, mais en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, on n'a pas tendance Ă prescrire de longs arrĂȘts pour Ă©viter une reprise du travail encore plus difficile. Toutefois, le repos est insuffisant pour rĂ©gler le problĂšme de "burn out". Il faut en effet que l'employĂ© puisse retrouver un sentiment de contrĂŽle sur sa vie et pour cela, comprendre les causes qui l'ont menĂ© Ă dĂ©velopper ce syndrome d'Ă©puisement. Pour ce faire, la consultation d'un psychologue ou d'un psychothĂ©rapeute peut ĂȘtre d'une aide prĂ©cieuse.
Samia Omarjee pour
