AprĂšs l'accident d'ULM Ă  Tan Rouge

Un crash de trop, un crash qui interpelle

  • PubliĂ© le 3 avril 2015 Ă  04:55
Crash ULM

Sept morts en quatre ans dans des accidents d'ULM. De quoi s'interroger sur les conditions - légales notamment - dans lesquelles sont commercialisés les vols locaux et circuits touristiques proposés aux amateurs de paysages à sensations fortes...

Lundi dernier, dans la matinée, un ultra léger motorisé (ULM), trois axes, de type Coyote Rans S6 - II, immatriculé Golf Québec, s'est écrasé dans les hauts de Saint-Paul, au Guillaume, dans le secteur de Tan Rouge, tuant le pilote, JérÎme Narsapa, par ailleurs gérant de la société ULM 974, et sa passagÚre, une touriste originaire de métropole. Le crash se serait produit vers 9h30, lors de la phase retour d'un circuit touristique au départ de la piste de Cambaie (Saint-Paul), avec survol des trois cirques et final sur le lagon. La météo était bonne, l'atmosphÚre encore stable à cette heure. 

D'aprÚs l'état apparent de l'épave du Coyote II, l'ULM a violemment percuté le sol, au point de plier sa cellule en treillis de tubes d'acier soudés, à l'issue d'une trajectoire accomplie sur une assiette à piquer. Les témoignages recueillis sur place et retranscrits dans les divers supports de presse locale, font état d'un survol interrompu par un fort bruit et une chute dite tourbillonnante. Autant d'éléments qui laissent à penser à un incident mécanique qui aurait privé l'ULM de moteur, sa vitesse tombant en dessous des 65/70km/h, entraßnant un décrochage suivi d'un passage en vrille d'autant plus critiques qu'ils se seraient produits à une altitude relativement basse.

Des mystÚres à éclaircir

Pour le gérant de Félix ULM, qui utilise des appareils similaires à celui qui qui s'est écrasé à Tan Rouge, sur un parcours tel que celui employé par le Golf Québec, "au sortir du Maïdo, on passe en général à 2300, 2400, et donc à 1000 m du sol". Dans l'hypothÚse d'une seule casse moteur, "si le Golf Québec était passé au Maïdo à 2 300 m ou 2 400 m, il aurait pu rentrer direct à la base", en tirant la finesse max. Un Coyote II dispose d'une finesse de 12, il peut donc couvrir 12 km en vol plané en perdant 1000 m d'altitude, dans des conditions de vent faible. A 2 200 ou 2 300 m, il était théoriquement en local de Cambaie. 

Le pilote, communément considéré comme expérimenté, s'il avait disposé d'une réserve d'altitude suffisante aurait pu la transformer en vitesse en poussant sur le manche, retrouver de la portance et engager pour le moins un atterrissage d'urgence sur un terrain certes rugueux, mais permettant d'espérer préserver l'intégrité physique de sa passagÚre et la sienne. Encore eut-il fallu que le pilote parvienne à gagner de 5 à 15 km/h de plus que lors d'une prise de terrain au moteur pour réussir son posé en vol plané. 

De toute Ă©vidence, le pilote n'a pas eu le temps d'engager une telle procĂ©dure de secours, ni mĂȘme de lancer un "Mayday" par radio ; quant Ă  actionner son parachute de secours pyrotechnique, l'appareil Ă©tant Ă©quipĂ© d'un tel dispositif efficace dans un crĂ©neau de 2 Ă  quatre secondes. On ne sait s'il a tentĂ© de le faire, ou si le systĂšme de sauvetage n'a pas fonctionnĂ©. Seule l'enquĂȘte de terrain des spĂ©cialistes de la brigade de gendarmerie des transports aĂ©riens (GTA) de Saint-Denis ou du bureau d'enquĂȘtes et d'analyses (BEA) pour la sĂ©curitĂ© de l'aviation civile permettra de le savoir, entre autres mystĂšres.

Il faudra déterminer si la goupille qui sécurise ce dispositif au sol avait bien été retirée lors de la "pré-vol", si le cùble de la manette percuteur coulissait normalement dans sa gaine, la cartouche pyrotechnique qui propulse le parachute à environ 18 mÚtres de l'appareil n'ayant pas été percutée. Raison pour laquelle des militaires spécialisés dans la neutralisation, enlÚvement, destruction des explosifs (NEDEX) sont intervenus sur l'épave pour désamorcer la charge pyrotechnique de la fusée destinée à lancer le parachute. La violence du choc, laisse augurer d'une possible défaillance structurelle du Golf Québec.

Sept morts en quatre ans

Compte-tenu de la gravitĂ© de l'accident, l'intervention d'une Ă©quipe du bureau d'enquĂȘtes et d'analyses s'imposait pour Ă©clairer les causes de ce crash et en tirer des leçons pour le futur. Le BEA s'Ă©tait prĂ©cĂ©demment dĂ©placĂ© Ă  La RĂ©union, suite au crash de l'ULM Echo-QuĂ©bec, le 17 septembre 2013, sur une crĂȘte du piton Mazerin, lors d'un circuit touristique Cambaie-Piton de la Fournaise-Cambaue. Pilote et passager n'avaient pas survĂ©cu Ă  cet accident, dĂ», selon le BEA "Ă  la dĂ©cision du pilote de poursuivre le vol dans des conditions mĂ©tĂ©orologiques dĂ©favorables".

S'agissant du crash de Tan Rouge, le contexte paraĂźt diffĂ©rent. Mais, dans son rapport d'accident intitulĂ© "Collision avec le relief par conditions mĂ©tĂ©orologiques dĂ©favorables, en baptĂȘme de l’air payant", le BEA avait notamment mis en exergue "l’absence de rĂ©glementation spĂ©cifique aux vols locaux Ă  titre onĂ©reux en ULM" au nombre des facteurs "ayant contribuĂ© Ă  l’accident". Le mĂȘme rapport posait le contexte dans lequel ce crash et celui de Tan Rouge sont intervenus, Ă  savoir un grand nombre d'accidents notifiĂ©s au BEA impliquant des ULM : "Depuis 2003, onze accidents ou incidents concernant la sociĂ©tĂ© FĂ©lix ULM ont Ă©tĂ© notifiĂ©s au BEA. Lors de la collision en vol entre deux ULM de cette sociĂ©tĂ© le 25 avril 2013, le BEA avait alertĂ© la DSAC sur l’absence de rĂ©glementation concernant le transport de passagers Ă  titre onĂ©reux en ULM. Depuis janvier 2012, la DSAC (Ndlr : Directions de la SĂ©curitĂ© de l'Aviation civile) conduit une rĂ©flexion sur les vols locaux avec transport de passagers Ă  titre onĂ©reux en avion ou en ULM. Cette rĂ©flexion fait suite Ă  une sĂ©rie de sept accidents survenus en 2011 (trois en avion et quatre en ULM) ayant fait deux morts et quatre blessĂ©s graves
"

À La RĂ©union, on en est certes aujourd'hui Ă  11 morts en 20 ans, dont sept sur les quatre derniĂšres annĂ©es. Mais pour ne point stigmatiser les seuls ULM rĂ©unionnais, ou la sociĂ©tĂ© FĂ©lix, il convient de prĂ©ciser que le site du BEA fait Ă©tat, au plan national, de 258 rapports d'enquĂȘte sur des incidents ou accidents d'ULM, des plus bĂ©nins voire ridicules aux plus dramatiques, entre le 1er dĂ©cembre 1997 et le 27 octobre 2014. Quant aux cogitations de la DSAC
 

 

  • "Un contexte unique au monde"

FĂ©lix ULM s'est adaptĂ© Ă  la rĂ©glementation de 2003 et a supprimĂ© de ses programmes les circuits qui dĂ©passent le rayon rĂ©glementaire des 40 km, une contrainte lourde de sens pour les vols organisĂ©s Ă  partir de Cambaie ou de Gillot. "Une rĂ©glementation qui n'est ou n'Ă©tait pas franchement appliquĂ©e, parce que l'aviation civile a bien conscience que nous nous situons dans un contexte un peu unique au monde, comme le Grand canyon, avec trois cirques, un volcan et le survol du lagon. Nous avons essayĂ© de toutes les maniĂšres d'obtenir une dĂ©rogation pour atteindre les 55 km, voire en passant par les 40 nautiques, mais ça n'a pas marchĂ©. Alors nous nous sommes alignĂ©s sur la rĂ©glementation et nous ne faisons plus le volcan, c'est une question d'assurance, car si nous ne respectons pas ce rayon des 40 kilomĂštres les assurances ne nous couvrent plus. En revanche, un privĂ©, peut trĂšs bien embarquer un passager et voler au-delĂ  des 40 km, pour peu que ce soit gratuit. Il ne faut pas trop se plaindre, pour les avions c'est encore pire, leur vol est limitĂ© Ă  30 minutes en sus du rayon des 40 km
"

Philippe Le Claire pour www.ipreunion.com

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6 Commentaires
crash
crash
4 ans

"les aéronefs sont pilotés des personnes qui ont été formées dans une école de pilotage par des instructeurs."Pourtant leur excÚs de confiance et leur arrogance pour épater la clientÚle amÚne aux catastrophes..Un bon pilote est un vieux pilote .. vivant.Alors fox et consorts, un peu de respect pour vos morts.

FOX
FOX
10 ans

Vite du goudron et des plumes pour cet ane de Frigidaire !....pauvre ane !....vas braire ailleurs....

Pet gaz
Pet gaz
10 ans

Cher Frigidaire, apprenez que, bien que les ULM ne soient pas contrÎlés par un organisme certifié extérieur, ils ont cependant obligation d'entretien suivi, ceci afin, justement, de pouvoir continuer à exploiter le potentiel des appareils. AprÚs, c'est comme pour les voitures, chacun choisit son garagiste. Et pour pouvoir effectuer des survols professionnels, un pilote doit effectivement suivre une formation, obtenir son brevet et cumuler des heures d'expérience en VOLS NON PROFESSIONNELS. Croyez-vous qu'une structure professionnelle, propriétaire d'appareils à 150 000 euros en moyenne, aient envie de les confier à DES NOVICES?? Vous devriez réfléchir avant de publier de telles ùneries.

FOX
FOX
10 ans

Frigidaire, quand on ne maitrise pas un domaine....on se garde de faire des commentaires....les aéronefs sont pilotés des personnes qui ont été formées dans une école de pilotage par des instructeurs. Un conseil, apprenez de vous taire....

ALPI
ALPI
10 ans

JE PENSE QUE CE CORRESPONDANT EST PARTICULARISENT AU FAIT DE CETTE QUESTION POUR EXPLIQUER LE NOMBRE D'ACCIDENT PAR L'ABSENCE DE CONTRÔLE PAR UN ORGANISME CERTIFIE.! LES STATISTIQUES PROUVENT LE CONTRAIRE. POUR ETRE AUTORISE A FAIRE DES BAPTÊMES, LE " NOVICE" DOIT ETRE EXPÉRIMENTÉ ET NOMMÉMENT DÉSIGNÉ DE PLUS,EN ULM, NUL N'EST BESOIN DE FAIRE DES HEURES DE VOL. COMMENTAIRE INJUSTIFIÉ

Frigidaire
Frigidaire
10 ans

Le soucis de ces engins qui entrent dans le systĂšme "touriste" ils ne sont pas contrĂŽlĂ©s par un organisme certifiĂ© extĂ©rieur. Il existe Ă©galement un "circuit parallĂšle" dans lequel il est fait mention de "baptĂȘme de l'air" (c'est la mĂȘme chose pour les aĂ©roclubs qui ont pignon sur rue) pour lequel les aĂ©ronefs sont pilotĂ©s par des "novices" pour accumuler des heures de vols et cela avec la bĂ©nĂ©diction de l'Aviation Civile.
Cette derniÚre comme le fait du hasard est aussi membre de ces clubs et établit les constats aprÚs accident. chercher l'erreur.