Rouler au bioéthanol à La Réunion, c'est techniquement possible mais pas rentable, la filière n'est donc pas développée

  • Publié le 2 juillet 2026 à 04:54
Station service

Alors que les prix des carburants ont connu une augmentation sur fond de tensions au Moyen-Orient, la question revient sur la table : pourquoi La Réunion ne développe-t-elle pas le bioéthanol, un carburant produit à partir de matières végétales comme la canne à sucre ? C'est techniquement possible mais pas suffisamment rentable, la filière n'est donc pas développée pour le moment (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)

À première vue, l'idée semble évidente. La Réunion produit de la canne à sucre et possède des distilleries capables de transformer ses sous-produits, tels que la mélasse. Pourtant, aucun bioéthanol n'est distribué dans les stations-services de l'île.

Si La Réunion dispose de la matière première, bien qu'en diminution ces dernières années, et du savoir-faire pour fabriquer du bioéthanol, les freins économiques ou techniques empêchent, aujourd'hui, son utilisation à grande échelle dans les véhicules.

- Du bioéthanol, techniquement réalisable, un investissement nécessaire - 

"Techniquement, c'est possible", assure Teddy Boyer, directeur général de la Distillerie Rivière du Mât et président de La Réunion des Rhums. La distillerie a d'ailleurs déjà produit du bioéthanol destiné à alimenter la turbine à combustion d'Albioma, sur leur site de Saint-Pierre.

Mais cet alcool ne répond pas aux normes exigées pour une utilisation automobile. "Il faudrait rajouter une étape de déshydratation de l'alcool et réaliser des investissements complémentaires pour obtenir un produit compatible avec les moteurs", explique-t-il.

- Une production insuffisante de mélasse -

Au-delà des investissements nécessaires, la filière se heurte à un autre obstacle : le manque de matière première. Depuis plusieurs années, les récoltes de canne à sucre sont en baisse. "Aujourd'hui, la valorisation de la mélasse est prioritairement destinée à la fabrication de rhum", rappelle le distillateur.

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Conséquence : depuis 2020, la production de bioéthanol réunionnais pour Albioma a quasiment disparu faute de volumes suffisants. "Nous sommes contraints d'importer depuis Maurice pour répondre à nos besoins", confie Geoffroy Mercier, directeur de la zone océan Indien chez Albioma. "Avec 500.000 tonnes de cannes, on ne fait pas de bioéthanol à La Réunion", résume Terry Boyer.

- Un modèle économique difficile à établir -

Pour Gérard Lebon, président du Syndicat réunionnais des exploitants de stations-services (Sress), la question est avant tout économique. "Il faudrait atteindre des volumes importants pour concurrencer le carburant traditionnel tout en proposant un tarif plus intéressant", il souligne. Or, selon lui, produire localement du bioéthanol à un coût compétitif apparaît aujourd'hui difficile. 

L'importation n'apparaît pas davantage comme une solution miracle. "Si le bioéthanol est importé, il sera soumis aux mêmes contraintes de fret, de stockage et de taxation que les carburants classiques", estime Gérard Lebon. À cela s'ajouteraient les coûts d'adaptation des infrastructures et la nécessité pour les automobilistes d'équiper leurs véhicules de boîtiers homologués. Notez qu'en Hexagone, le prix d'un boîtier bioéthanol installé et réglé par un professionnel agréé est compris entre 700 et 1.200 euros.

- Une piste qui mérite d'être étudiée -

Pour autant, l'idée n'est pas totalement écartée. "L'exercice mérite d'être fait", reconnaît Teddy Boyer. Selon lui, une étude économique approfondie serait nécessaire pour déterminer si une production locale, accompagnée d'une fiscalité adaptée, pourrait devenir viable. Mais à ce stade, les professionnels du secteur restent prudents.

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"On n'a pas vu d'industriel se dire qu'il allait se lancer là-dedans. C'est que financièrement, ce n'est pas intéressant", résume Gérard Lebon. Malgré les atouts agricoles de l'île, le bioéthanol réunionnais destiné aux véhicules reste donc, pour l'heure, davantage une possibilité technique qu'une réalité économique.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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