Depuis le 1er mars 2026, les frais d'hospitalisations ont augmenté de l'ordre de 20 à 23 euros par jour. Si ces forfaits sont généralement pris en charge par les mutuelles, ces dernières devraient le répercuter avec une augmentation de leurs tarifs. Une hausse qui pèsera forcément sur les ménages les plus précaires pour faire économiser près de 400 millions d'euros à la Sécu. En France, 4% de la population ne dispose pas de complémentaire santé, ce qui risque de priver de soin cette partie des habitants (Photo www.imazpress.com)
Pour le ministère de la Santé, cette mesure vise à "corriger" la diminution, ces dernières années, de "la part des complémentaires dans le financement de l'hôpital" et assure que cela est "indolore" pour les assurés.
Pourtant, l'approche budgétaire de ce sujet entraîne forcément des inégalités de traitement.
- Une participation aux frais d’hébergement lors d’une hospitalisation -
Le "forfait journalier hospitalier" - somme laissée à la charge des patients hospitalisés au titre des "frais d'hébergement et d'entretien" – est passé de 20 à 23 euros par jour. En cas d'hospitalisation dans un service de psychiatrie, le forfait qui était fixé jusqu'ici à 15 euros grimpe à 17 euros.
Ce forfait est "dû pour chaque journée d'hospitalisation, y compris le jour de sortie", indique la Caisse générale de sécurité sociale.
La CGSS précise : "le forfait hospitalier correspond à la participation financière du patient aux frais d’hébergement et d’entretien liés à son hospitalisation. Il ne s’agit pas du coût global d’un séjour hospitalier. L'essentiel des dépenses de soins restant pris en charge par l’Assurance Maladie".
Le "forfait patient urgences" (FPU), facturé pour un patient qui passe aux urgences sans être hospitalisé, passe de 19,61 euros à 23 euros.
Certains patients sont exonérés, comme les femmes enceintes en fin de grossesse, les nouveau-nés, les personnes titulaires d'une pension militaire, un enfant en situation de handicap de moins de 20 ans accueilli dans un établissement spécialisé ou encore les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire ou de l'aide médicale d'État. À La Réunion, 39,4 % de la population, soit environ 36.400 personnes, bénéficient de la Complémentaire santé solidaire.
- Une hausse des frais hospitaliers qui pèsera sur les plus pauvres -
Mais le gouvernement pense-t-il à celle qui n'ont pas de complémentaire santé.
Environ 4% des Français, soit 2,5 millions de personnes, ne disposent pas de complémentaire selon la direction statistique des ministères sociaux (Drees), et doivent s'acquitter eux-mêmes des forfaits.
À La Réunion, la CGSS "ne dispose pas de données locales précises sur la part de la population sans complémentaire santé".
Cette part de la population sans mutuelle comporte des foyers qui sont parmi les plus pauvres du pays. Cela rend encore plus difficile pour ces personnes de se faire soigner. "Le modèle favorise ceux qui ont les moyens et malheureusement la solidarité semble se perdre et ne suffit pas à maintenir un système de la sécurité sociale pour tous", lance Expedit Lock-Fat de la CFDT. Pour rappel, le taux de pauvreté à La Réunion est de 36%.
Pour Frédéric Bâche, représentant syndical de la CGTR Santé, ces augmentations sont "scandaleuses". "L'addition sera très salée pour les plus précaires des patients Réunionnais.
"Les personnes les plus précaires, sont en général, celles qui fréquentent le moins le système de santé, surtout libéral et nous les voyons surtout venir à l'hôpital public", ajoute le syndicaliste.
Il craint désormais que ces plus précaires "réfléchissent avant de venir à l'hôpital. Ils préféreront souffrir en silence, quitte à voir leurs pathologies s'aggraver, plutôt que de venir suite à ces hausses de forfaits hospitaliers".
- Et fera augmenter la note des contrats des complémentaires santé -
Pour ceux qui disposent d'une complémentaire santé, ces hausses des frais d'hospitalisation ne seront pas perçues directement, sauf sur leur contrat qui risque d'augmenter.
Une pénalité alors que les tarifs des mutuelles ont déjà augmenté d'au moins 4,5% en 2026 en raison du coût de plus en plus important des dépenses de santé en France. Les dépenses de santé, au global, ont augmenté de 22% en cinq ans.
Mais pour l'Union des Mutuelles de La Réunion (UMR), le problème ne vient pas des mutuelles elles-mêmes. "Ce forfait est un énième transfert de charge de l'État sur les mutuelles et les patients", lance Jean-Daniel Balancourt, représentant de l'UMR.
Forcément, "c'est quelque chose que n'avaient pas prévues les mutuelles dans leur budget annuel."
Il précise, "la mutuelle ne vit que sur les cotisations que payent ses adhérents sur les assurances des personnes et si une mutuelle dépense plus, logiquement il y a un moment donné un appel auprès des adhérents sinon les mutuelles se mettent en danger financièrement. Si la mutuelle dégage quelque chose, c'est pour mieux rembourser les soins et proposer des actions de prévention".
Jean-Daniel Balancourt ajoute : "quand l'État annonce que les mutuelles vont prendre en charge, c'est bien la personne qui paye, vous et moi qui payons tous les mois. Nous nous sommes seulement le bouclier devant l'État".
Le représentant de l'UMR cite comme exemple : "lorsqu'une famille paye 12 mois de cotisations, deux mois sont reversés à l'État, et cela, les familles ne le voient pas".
Selon lui, "depuis des années l'État détricote les avantages de la Sécu, segmente la population et malgré l'insistance pour éviter cela, le gouvernement continue dans ce sens de transfert des charges", peste-t-il.
Pourtant, se soigner c'est un droit et non un luxe.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]
