Ils sont en colère et le font savoir. Ce mardi 7 avril 2026, ce n'est pas seulement pour le prix des carburants que les ambulanciers se mobilisent. Les professionnels du transport sanitaire lancent à La Réunion, comme dans l'Hexagone, une journée blanche "face à l'asphyxie des ambulanciers et au danger pour les patients". Dans le département, seules les missions d'urgence seront assurées. Des opérations de tractages auront lieu devant les différents établissements hospitaliers de l'île. Dans la matinée, une motion sera déposée auprès de l'Agence régionale de santé (Photo : Stephan Laï Yu/www.imazpress.com)
Toute la journée, tout ou partie des missions des ambulanciers sont interrompues (sorties d'hospitalisation programmées, retours d'urgence...). Les patients concernés ont été informés en amont, et la prise en soin des urgences vitales sera maintenue.
La matinée, des tracts seront distribués aux abords du CHU Nord, Sud, du GHER et du CHOR "concernant nos difficultés", explique Éric Dijoux, ambulancier au Tampon.
Par la suite, un convoi se rendra en direction de l'Agence régionale de santé à Saint-Denis pour y déposer une motion.
"Notre mobilisation a pour but de sensibiliser à la fois les usagers qui ont besoin d'un transport sanitaire sur la réorganisation que veut mettre en place l'État et la façon dont le système fonctionne", explique Emmanuel Bénard, ambulancier à Saint-Louis.
"Cette démarche s’inscrit dans un contexte de fortes préoccupations de la profession. Elle vise à alerter les pouvoirs publics sur les conséquences opérationnelles de ces évolutions, tout en maintenant une approche responsable et encadrée", indique l'UrGest 974.
- La décentralisation des secours d'urgence inquiète les ambulanciers -
Ce texte, présenté comme le projet de loi sur la réforme de l'État et la décentralisation, prévoit notamment de transformer les agences régionales de santé (ARS) en "directions régionales et départementales de la santé et de l'autonomie" et de donner autorité aux préfets de département pour superviser l'élaboration de contrats territoriaux encadrant l'organisation du secours d'urgence.
Ces contrats territoriaux, qui établissent l'organisation des secours d'urgence applicable à chaque département, doivent être arrêtés par les préfets après avis du conseil d'administration des services d'incendie et de secours (Sdis), de l'ARS et du comité de l'aide médicale urgente.
Ce dernier point est au cœur des crispations et des inquiétudes des acteurs sanitaires de l'urgence préhospitalière. "Cela a été décidé sans que nos fédérations ne soient mises autour de la table", déplore Emmanuel Bénard. Selon lui, "c'est tout le système des urgences qui est remis en cause".
- Les délais de paiement pas respectés -
À La Réunion, les professionnels du transport sanitaire déplorent également "les pratiques des Centre hospitaliers publics avec des délais de paiement qui dépassent parfois les un an", indique à Imaz Press, l'ambulancier de Saint-Louis.
Emmanuel Bénard explique : "l'hôpital a une plateforme qui pilote les transports. Pour emmener les patients d'un établissement à un autre, l'hôpital doit nous payer. Sauf que dans les faits, lorsque l'on fait la facture, on peut attendre plus de neuf mois pour être payé", peste-t-il.
"Forcément, aujourd'hui, beaucoup de transporteurs ne veulent plus de faire, d'autant que l'Assurance maladie de son côté, paye en cinq jours pour le transport de malades", dit-il.
À cela s'ajoutent "des délais d'attente". Normalement, "lorsque l'on dépose un patient nous avons un délai de 15 minutes, le temps pour l'hôpital de prendre le relais. Pourtant depuis 20 ans, les ambulanciers font les entrées, l'administratif, le brancardage, ce n'est plus tenable et face à cela nous sommes obligés de refuser des prises en charge des patients".
Partout en France, les entreprises d'ambulances opèrent à perte, les défaillances se multiplient. Le constat est sans équivoque : la continuité de la prise en soin des patients est désormais fragilisée. "Nos tarifs restent les mêmes, de jour comme de nuit et même jour férié – 64 euros le transport et 150 euros la sortie – on n'a pas de défiscalisation de véhicule, du matériel qui reste cher et aucune aide", alerte Emmanuel Bénard.
Ce que demandent les ambulanciers, "c'est de trouver un consensus" avec les cadres des centres hospitaliers. "Il faut que les CHU mettent en place des moyens nécessaires."
- 300 millions d'euros manquent à l'appel pour transporter les patients -
Le secteur des ambulances est "sous perfusions et condamné à disparaitre", alerte la Chambre Nationale des Services d'Ambulances (CNSA).
En 2025, le nombre de défaillances d'entreprises de transport sanitaire a triplé par rapport à l'année précédente. Il manque 300 millions d'euros au secteur pour transporter les patients dans des conditions décentes.
"Il s'agit des coûts non compensés par l'Assurance maladie, dont plus de la moitié liée à l'urgence préhospitalière (UPH). S'y ajoutent 130 millions d'euros de charges supplémentaires (personnel, temps d'attente non rémunérés, inflation), ainsi qu'un surcoût de 40 millions d'euros (à date) lié au carburant", indique la CNSA.
Une mobilisation dont la date n'a pas été choisie au hasard. Ce 8 avril 2026, est la journée des ambulanciers. Sauf que cette année, le moment est moins à la célébration mais plus à l'interpellation des autorités.
En France, les ambulanciers assurent chaque année plus de 32 millions de missions de transports sanitaires programmés.
À La Réunion, il existe plus de 121 entreprises installées pour prendre en charge les patients.
ma.m/www.imazpress.com/[email protected]
