Le gouvernement tente de calmer la colère lycéenne avec une plateforme d'écoute, élèves et syndicats n'y croient pas vraiment

  • Publié le 7 octobre 2026 à 06:32
  • Actualisé le 7 octobre 2026 à 06:44
plateforme de la consultation lycéenne

"Agora"… tel est le nom de la plateforme de recueil de doléances des élèves lancée ce lundi 5 octobre 2026 par le ministre de l'Éducation. Une vaste tentative pour calmer le mouvement de colère lycéenne lancé dans l'Hexagone et qui, depuis vendredi 2 octobre, prend de l'ampleur à La Réunion. 15 jours donnés pour déposer ses revendications et les changements souhaités. Alors… véritable écoute de la part du gouvernement ou énième plateforme pour s'entendre dire "on vous a entendu" ? Élèves et syndicats n'y croient pas vraiment (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Dans un mail envoyé aux parents d'élèves, il est notifié que cette plateforme est accessible jusqu'au 23 octobre via leur ENT (espace numérique de travail).

Aucune information personnelle n'est demandée. En revanche, chacun peut indiquer le nom de son établissement et sa commune.

Sur la plateforme, après avoir renseigné sa commune et son établissement, deux questions s'affichent :

- Quelles sont aujourd'hui les principales difficultés que vous rencontrez dans votre lycée ?
- Qu'est-ce qui devrait, selon vous, changer ou être amélioré pour mieux apprendre et mieux vivre votre scolarité ?

En se connectant nous-mêmes, nous avons pu accéder aux questions. Après avoir rempli toutes les cases, nos réponses n'ont pas pu être envoyées. 

Contacté afin de savoir si cela est normal ou s'il s'agit d'un problème technique, le ministère de l'Éducation n'a pas encore été répondu.

Questionné également sur le fait de savoir si cette plateforme à laquelle nous avons pu accéder est réservée exclusivement aux lycéens et comment le gouvernement compte s'y retrouver si tout le monde peut y répondre. Là non plus, nous n'avons encore obtenu de réponse.

- Les lycéens très mitigés quant à la réussite de la plateforme -

"Ils seront lus et ils seront crus", a promis Édouard Geffray. "Lu", c'est bien, mais après encore faut-il agir pour l'Éducation nationale. Sur ce point, les élèves, comme les syndicats ne sont pas dupes.

Interrogée, une élève du lycée Georges Brassens confie : "ça ne changera pas grand-chose. On ne se fait déjà pas écouter quand on en parle, même si on fait remonter nos revendications donc je suis sûr qu'ils ne vont pas vraiment les prendre en compte".

Une autre lycéenne pense que "cela peut être une bonne idée mais ça ne servira à rien si elle n'est pas prise au sérieux par les gouvernements et régions".

Même avis du côté des syndicats. "Les revendications datent de 20 ans, voire plus et elles ont été demandées pacifiquement durant toutes ces années par le corps enseignant", dit Pierre Fourny du Snes-FSU.

Le gouvernement entendra-t-il ? "Pas sûr... mais il joue au "poker", lance-t-il.

Selon Éric Dijoux de l'Unsa, "le moment n'est plus à la collecte mais aux premiers groupes de travail pour trouver des solutions".

Parmi les revendications, des emplois du temps trop chargés, tout comme leurs classes, des conditions de travail difficiles et des établissements insalubres et l'absence de professeurs. Pour rappel, à La Réunion, 86 postes ont été supprimés dans l'Académie à la rentrée d'août.

- Le gouvernement tente de désamorcer la colère lycéenne avec des propositions -

En attendant, et tentant de refréner la colère des lycéens, le gouvernement annoncé le lancement d’un "grand plan d’actions sur le remplacement des professeurs". Le premier bilan devant être établi le 16 octobre.

Le ministre de l’Éducation nationale reconnaît qu’il "ne peut pas garantir que des personnes » remplaçantes « seront trouvées à chaque fois, à 100 %". Malgré tout, cela permettra "de faire en sorte que toutes les situations soient identifiées, qu’on ne les laisse pas s’enkyster et qu’on apporte une réponse la plus rapide possible", a-t-il expliqué.

Le ministre a par ailleurs annoncé la (énième) réouverture d’une réflexion sur "les rythmes scolaires". Mais aucune décision ne sera prise à court terme, vu la proximité des échéances électorales.

De leur côté, l’UNEF et Solidaires étudiants, la plateforme commune de revendications a été initiée par l’Union étudiante, en lien avec l’Union syndicale lycéenne (USL) ont lancé une plateforme intitulée "Les revendications de la jeunesse, dix mesures d’urgence", pensée comme "une base de travail avec le gouvernement".

- Une restitution prévue fin octobre -

Cette initiative d’Édouard Geffray n'est pas sans rappeler les "cahiers de doléances" des Gilets jaunes qui, n'a pas été entendus puisqu'en encore en 2026, 36% de la population réunionnaise vit sous le seuil de pauvreté, le prix de l'alimentation est plus élevé que dans l'Hexagone et, pour couronner le tout, le prix des carburants à atteint les 2 euros à La Réunion.

Confronté à la journaliste Apolline de Malherbe et à cette phrase "On ne sait pas ce que sont devenus les “cahiers de doléances”, on ne sait même pas s’ils ont été lus", Édouard Geffrey a assuré que "là, en l’occurrence, tout sera publié […] et soumis à l’IA, ce qui fait que les gens pourront aussi interroger par eux-mêmes la base".

Au niveau national, Édouard Geffray assure qu’il organisera "un évènement de restitution" pour l’ensemble du pays. Il aura lieu "courant novembre" avec l’objectif d’"apporter des réponses structurées, et là encore dans un cadre démocratique, à la fois transparent sur les demandes, sur leur nombre, sur leur localisation".

Si la réussite de cette initiative ministérielle n’est pas acquise, la poursuite du mouvement de protestation, elle, est certaine.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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1 Commentaires
Elise
Elise
2 heures

Pour répondre à la crise des Gilets jaunes, le gouvernement a notamment mis en place le Grand débat national (2019) : réunions locales, cahiers de doléances...pour quel résultat ?