Après l'annonce de la suppression de 4.000 postes dans l'Éducation nationale, le ministère a revu à la baisse les suppressions pour la rentrée 2026, dans un nouveau document transmis aux syndicats. Une diminution particulièrement dérisoire pour La Réunion. À la prochaine rentrée, ce ne seront plus 90 postes qui seront supprimés mais 86... Un souci de "clarification" pour le ministère, "une déconsidération pour les personnels selon les syndicats". Dans l'île, 15.456 enseignants font partie de l'Académie (Photo : rb/www.imazpress.com)
Selon les chiffres fournis à Imaz Press par les syndicats, La Réunion passe de moins 22 postes pour le premier degré (contre les 25 annoncés auparavant) et 64 postes temps plein supprimés pour le second degré (contre 65 annoncés).
"Ça ne change pas la donne. On passe de 90 à 86 suppressions de postes alors que les besoins sont criants dans notre académie au vu des résultats aux évaluations nationales", s'indigne Ben Hamouda Béchir, co-secrétaire FSU-SNUipp 974.
"Cela montre bien la déconsidération du ministère pour les personnels", ajoute Guillaume Lefèvre, représentant syndical du Snalc.
À La Réunion, le premier degré emploie 7.023 professeurs.es. Le second degré compte 8.433 enseignants.es.
- Une "crise dans l'Éducation à traiter d'urgence" -
"On parle de crise de recrutement à traiter en urgence mais ces suppressions prouvent le contraire. Une réforme de la formation initiale mal pensée, une volonté de ne pas améliorer les conditions de travail des enseignants, des classes qui restent surchargées, des volumes horaires insuffisants qui entraînent une crise de confiance pour le métier", déclare Guillaume Lefèvre.
"Placer toute l’académie en REP/REP+ ne serait pas du luxe", ajoute Ben Hamouda Béchir.
"Ce sont des choix budgétaires qui marquent bien où est la priorité, construire une société avec des citoyens éclairés, ou des consommateurs prêts à défendre les intérêts de certains", dit-il.
- Un souci de "clarification" pour le ministère -
L’Éducation nationale a décidé de corriger la répartition des moyens présentée lundi, qui affichait une diminution de postes plus importante qu’attendu. Une différence née de 776 postes d’enseignants que la Rue de Grenelle voulait "garder en réserve" pour pallier les incertitudes de la réforme des concours.
Le ministère a "précisé" dans "un souci de clarification" que "les 776 postes de différence identifiés" étaient "bien des postes qui seront, quoi qu’il en soit, affectés + devant élèves + à la rentrée scolaire 2026", a-t-il indiqué à l’AFP.
Pour justifier la suppression des postes, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a évoqué la "chute démographique vertigineuse".
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Alors que les classes de collèges 🇫🇷 sont les + chargées d'Europe, Edouard Geffray confirme la suppression de 4000 postes d'enseignants mais nie des “suppressions cachées” supplémentaire plaidant le quiproquo avec une “mise en réserve” de 438 postes pour “attendre de voir”. pic.twitter.com/waFgvr493P
Selon les dernières prévisions du ministère de l'Éducation nationale, les effectifs du primaire et du secondaire sont en chute libre : plus de 150.000 élèves manqueront à l'appel en 2026 par rapport aux chiffres de 2025.
Ces éléments "ont été soumis à ce comité à titre prévisionnel" et "sous réserve de l’adoption définitive de la loi" de finances, a indiqué le ministère dans un communiqué.
- Les élus de La Réunion exigent le maintien des postes menacés -
Pour le PLR, "cette annonce est inacceptable. Elle intervient alors que notre territoire est marqué par de fortes inégalités sociales, un taux de pauvreté élevé, des classes surchargées et des besoins éducatifs spécifiques. Supprimer des postes ici, c’est aggraver les fractures existantes et condamner des milliers d’élèves à des conditions d’apprentissage dégradées".
Le PLR exige le maintien intégral des postes d’enseignants menacés, "une dotation éducative adaptée aux réalités démographiques et sociales de La Réunion et un plan ambitieux de renforcement du service public d’éducation dans l’île".
De son côté, Ericka Bareigts le dit, "les décisions prises aujourd’hui le sont à distance, sans tenir compte des réalités sociales et éducatives que nous affrontons ici : un taux de chômage élevé, une part importante de la population vivant sous le seuil de pauvreté et des inégalités scolaires très fortes. Appliquer mécaniquement des critères nationaux à notre territoire est une profonde erreur".
"Supprimer des postes, c’est faire le choix d’une dégradation assumée du service public d’éducation. L’école doit pouvoir accueillir correctement tous les enfants, sans exception. Une école inclusive ne peut pas reposer sur des discours. Elle exige des enseignants en nombre suffisant, des classes aux effectifs maîtrisés, des AESH présents lorsque les droits sont reconnus et une capacité réelle à assurer les remplacements. Sans ces moyens, ce sont les élèves qui décrochent et les équipes qui s’épuisent", peste-t-elle.
Le député Philippe Naillet dénonce lui une "décision gouvernementale, prise dans un contexte marqué par un taux de décrochage scolaire deux fois plus élevé que dans l’hexagone et des difficultés d’insertion professionnelle croissantes pour les jeunes, aggrave une situation déjà critique".
Il appelle le gouvernement et le ministre de l’Éducation" à reconsidérer cette décision et à maintenir les effectifs enseignants à La Réunion. Il faut préserver un nombre conséquent d’enseignants et donner aux équipes pédagogiques les moyens nécessaires pour le maintien d’une école républicaine ambitieuse et inclusive garantissant à chaque jeune les conditions de sa réussite".
ma.m/www.imazpress.com avec AFP/[email protected]

