"Les violences urbaines n'étaient pas prévues, mais les policiers n'ont pas été abandonnés", affirme le directeur de la police à La Réunion

  • Publié le 21 octobre 2026 à 15:14
  • Actualisé le 21 octobre 2026 à 16:10
Laurent Chavanne

Ce week-end du 17 et 18 octobre 2026, des violences urbaines ont éclaté dans plusieurs quartiers de La Réunion, notamment au Port, à Saint-Denis ou à La Possession. Un McDonald's a été incendié, des galets ont été lancés. Sur place - et Imaz Press y étais aussi - il y avait peu de policiers pour faire face aux manifestants. Par la voix des syndicats, des fonctionnaires de police disent avoir été abandonnés par leur hiérarchie, Laurent Chavanne, commissaire divisionnaire et directeur territorial de la police nationale à La Réunion (DTPN), assure le contraire à Imaz Press : "non, nous n'avons pas abandonné les policiers, les violences urbaines n'étaient pas prévues" dit-il. Entretien… (Photos : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

• Ce samedi, alors qu'une mobilisation était annoncée depuis plusieurs jours, quel était le dispositif que la hiérarchie police a mis en place ? Pour rappel, ce samedi, 120 policiers étaient déployés et 270 le dimanche

- Laurent Chavanne : D'abord il y avait eu un appel au rassemblement et ensuite durant la nuit, il y a eu des violences urbaines qui ont été commises et constatées sur le département. Les violences urbaines n'étaient pas prévues.

Sur une direction comme la nôtre, 120 personnes engagées - sur le terrain comme dans les bureaux - on est pas loin du chiffre habituel. 

Je voudrais souligner qu'en journée, les personnes qui ont défilé dans les rues de Saint-Denis ou Saint-Pierre, ont pu le faire en toute sécurité. Tant qu'il n'y a pas de dégradations commises, on est là pour accompagner. C'est le travail de la police.

Ensuite, on a eu des violences urbaines d'une intensité plus importante que ce nous avons pu rencontrer au cours des dernières années puisqu'il y a eu un pillage en zone police, des tentatives d'incendies, des jets de galets et des barrages mis en place.

Dès le samedi soir nous avons fait près de 20 interpellations d'auteurs de dégradation ou de dissimulation de visage et donc on a répondu à ces violences urbaines qui étaient d'une forte intensité mais on a réussi à les contenir grâce à l'engagement des policiers.

Les policiers qui avaient commencé à travailler en journée, on a pu les maintenir une bonne partie de la nuit pour répondre à l'urgence, à l'insécurité et aux troubles auxquels nous devions faire face. Écoutez.

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• Pourquoi ne pas avoir directement déployé les 270 fonctionnaires de police dès le samedi, lors de l'appel à la mobilisation ?

- Laurent Chavanne : L'appel a manifester en soi n'a pas posé de problèmes. Il n'y pas eu d'appel à des violences urbaines pour le soir.

C'est un évènement qui était inattendu et qui est arrivé sans qu'on ne s'y attende.

L'ampleur a certainement en écho de ce qui a été vu au niveau national et qui a engendré, peut-être, cette montée de violences urbaines.

Je vois le fond de votre question. On me dit pourquoi on n'engage pas plus. Mais on engage lorsque l'on sait à l'avance. Vous ne pouvez pas engager sur l'inattendu.

Regardez

• Il y a un service de renseignement territorial à La Réunion. Il ne vous a pas averti de ces violences potentielles ? Si oui, pourquoi si peu de policiers sur le terrain, de plus le violences urbaines ont éclaté dès le début d'après-midi, pas le soir 

- Laurent Chavanne : Votre question est polémique, je ne vais pas y répondre par la polémique.

Je crois qu'il ne faut pas chercher des problématiques là où il n'y en a pas. Moi ce que je constate, c'est que la police a fait son travail. À 14h30 au Port, il y a eu des rassemblements et de violences urbaines. Vers 16h, il n'y avait plus de rassemblement.

Donc la réactivité de la police a été très importante. Et ça, vous ne pouvez pas dire le contraire.

Après, ce qui se passe à 14h30 au Port, n'est pas forcément une anticipation de ce qui va se passer dans la soirée. Et entre temps, on a rappelé du monde.

Concernant le renseignement territorial, c'est en effet un travail de recherche, une source, d'information. Mais vous pouvez constater qu'à un moment donné, tout ça peut trouver ses limites et cela peut être une partie de l'explication.

C'est-à-dire que l'écho de ce qui s'est passé dans l'Hexagone est un élément qui a dû venir surenchérir et aggraver la situation. Et c n'est pas forcément anticipable au sens où vous l'entendez. Ecoutez

• Sur le terrain, notamment au Port, les policiers étaient peu nombreux, parfois sans l'équipement adéquat. Certains fonctionnaires, par la voix des syndicats, ont dit s'être sentis abandonnés par leur hiérarchie

- Laurent Chavanne : je suis le directeur de la police de La Réunion et je démens formellement cela. Ici, les policiers n'ont pas été abandonnés. Il peut y avoir un ressenti, moi je vous parle de faits objectifs.

Le fait objectif c'est que (la hierarchie - ndlr) est avec les policiers. Il y a une organisation hiérarchique qui existe. Encore une fois, samedi, je vous le redis, ce qui a dégénéré en violences urbaines, c'est un phénomène qui était inattendu.

Lorganisation du service était telle qu'elle est au quotidien, très rapidement nous avons pris en comptee (les événements - ndlr) et nous l'avons renforcé.

Les policiers, au quotidien, ont des équipements performants. Je veille, en tant que directeur, à ce que ces équipements soient maintenus et qu'ils puissent en bénéficier comme il se doit.

Les policiers qui font du maintien de l'ordre sont dotés de lunettes, de casques avec visières.

Mais vous savez, quand en face, on fait usage de violences graves, forcément vous allez faire des blessés. Et là, les courageux professionnels en font les frais. Regardez 

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• Samedi, des drones ont été déployés seulement sur certains quartiers de Sainte-Marie en secteur gendarmerie. Pourquoi pas sur Saint-Denis et Le Port où l'on savait que la situation serait tendue ?

- Laurent Chavanne : Très rapidement ils ont été déployés sur le Port. Ensuite il y  a eu des arrêtés (de la préfecture - ndlr) pour le faire sur toutes les communes.

Mais l'usage de drone est règlementé. Il faut respecter un certain nombre de règles pour pouvoir les déployer.

• Lors de la mobilisation de ce samedi, vous avez dit voir ces violences comme un phénomène inattendu, quid de ce samedi 24 octobre et du samedi 31 octobre, la soirée d'Halloween, où des appels aux rassemblements ont déjà été lancés ?Avez-vous déjà prévu des dispositifs spécifiques ?

- Laurent Chavanne : Forcément nous a déjà prévu notre dispositif, comme samedi dernier où nous sommes mis en ordre de bataille, sous la direction du préfet qui est responsable de l'ordre public sur le département.

On se prépare pour être pleinement mobilisés, pour permettre que tous les rassemblements, toutes les manifestations, se déroulent normalement, sans commettre de dégradations. On travaille pour faire en sorte que les personnes puissent exprimer une opinion de la meilleure des manières possibles.

S'il devait y avoir des exactions à un moment donné, de la journée ou de la nuit, on sera là pour faire respecter la loi. 

Lorsque vous avez des gens qui commettent des violences humaines, des dégradations en groupe, des pillages… nous, on utilise le droit ,et on est fier d'utiliser le droit, pour les empêcher de commettre ces dégradations, pour les interpeller et pour les mettre à disposition de la justice.

Pour les deux samedis à venir, je ne donne pas de chiffre. Mais nous seront très nombreux sur le terrain, en encadrement, et avec de nouveaux moyens. Regardez

• Ces nouveaux moyens - à l'image de l'escadron de gendarmerie arrivé en renfort ce mercredi matin -, ne sont que provisoires. Il n'y a pas besoin de renforts pérennes au niveau de la police ?

- Laurent Chavanne : À La Réunion, nous sommes mieux dotés que certaines circonscriptions de l'Hexagone.

Les effectifs depuis quelques années ont considérablement augmenté. Les pourcentages sont importants. C'est au bénéfice de la police nationale à La Réunion, au bénéfice des Réunionnais. On a une police qui est très efficace dans tous les domaines. Ecoutez

• Qu'auriez-vous à dire aux jeunes qui perpétuent ces violences, à leurs parents, ou encore aux commerçants qui craignent ces violences ?

- Laurent Chavanne : Pour ceux qui commettent des actes de délinquance, c'est un chemin qui n'est pas bon.

Chez les auteurs de violences urbaines, il a y un certain nombre de jeunes qui peuvent être entraînés par d'autres. Le chemin à suivre est de faire un lien avec la famille, avec les personnes qui assurent l'autorité quand il s'agit de mineurs.

J'en appelle à la responsabilité de chacun pour qu'il n'y ait plus de dégradations.

Concernant les commerçants, de manière globale, on appelle à des recommandations de bon sens, ne pas aller se mettre en danger, laisser travailler les policiers et les gendarmes, appeler le 17 et laisse faire les professionnels.

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ma.m et mb/www.imazpress.com/[email protected]

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