Le mois du Ker est lancé à La Réunion. En septembre 2026, l'accent sera mis sur toute l'île sur les actions de prévention des maladies cardiovasculaires. Cette deuxième édition vient rappeler que les Réunionnais se montrent particulièrement vulnérables à ces troubles qui constituent, avec les cancers, une des principales causes de mortalité localement. (Photo Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)
La Réunion détient un triste record. Celui d'être le territoire français le plus touché par les troubles cardiaques, comme le confirme Jérôme Corré, chef du service de cardiologie au CHU. L'île est "le département le plus touché par les maladies cardiovasculaires. Les accidents vasculaires cérébraux (AVC), l'infarctus du myocarde, les insuffisances cardiaques sont extrêmement fréquents à La Réunion, ce qui contribue grandement à la mortalité."
Les soignants considèrent que l'île compte 30 % de plus de cas d'AVC que l'Hexagone. Les Réunionnais comptent deux fois plus de chances de mourir d'une maladie cardiovasculaire avant 65 ans que les autres Français. "Voire, trois fois plus quand on est une femme", précise Jérôme Corré. En 2023, ce sont ainsi 1.193 décès à La Réunion qui peuvent être imputés à ce type de pathologies selon Santé Publique France.
Autre spécificité locale, celle de décès bien plus précoces que dans l'Hexagone. "Les gens à La Réunion meurent de 5 à 10 ans plus jeunes de maladies cardiovasculaires. Il faut tout faire pour inverser la tendance."
- Une sensibilisation aux maladies cardiaques -
Et, pour que cette inversion réussisse, le CHU et ses partenaires, l'ARS, la CGSS et les communes comme à Saint-Denis, Saint-Paul ou La Possession organisent en septembre la deuxième édition du mois du Ker. Un mois qui a pour vocation de susciter une prise de conscience de la part des Réunionnais.
Cette démarche de sensibilisation va se dérouler via des événements à destination du grand public comme des conférences, des ateliers culinaires ou des ron kozé. Mais des consultations médicales en cardiologie seront aussi proposées à un public qui a peu accès aux soins, notamment dans les écarts et les Hauts de l'île.
Ces consultations gratuites, tout autour de La Réunion, constituent un axe important pour améliorer la situation actuelle. Car il y a une différence assez nette sur ce point avec l'Hexagone. "Les délais de consultation observés chez les médecins de La Réunion sont plus longs qu'en métropole. Cela s'explique en partie par le grand nombre de cas de maladies chroniques sur l'île. Cela sature le nombre de patients suivis au quotidien par les médecins. Et cela retarde d'autant les consultations."
- Une vulnérabilité des Réunionnais dont les causes ne sont pas attestées -
Autre levier à actionner, celui de l'éducation à l'alimentation. Parmi les facteurs explicatifs de ces disparités entre Réunion et Hexagone, on trouve la présence d'une alimentation trop riche et déséquilibrée sur notre île selon Magali Tarnus, diététicienne et présidente de l'association Lekipdiet. "On consomme en moyenne 12 grammes de sel, au quotidien, à La Réunion alors que la recommandation se situe aux alentours de 5 grammes par jour. Ça s'explique en partie par les goûts locaux, où la salaison occupe une place majeure."
Pour faire évoluer ces pratiques, la diététicienne propose aux familles de mieux comprendre les conséquences de la nutrition sur la santé. Un changement de pratique dont les effets ne pourront se voir que sur le long terme, dans les dix prochaines années. "Notre objectif, c'est d'optimiser localement la probabilité d'avoir des maladies cardiovasculaires plus tardivement, à partir de l'âge de 75 ans."
Un objectif qui fait, là encore, écho à la vulnérabilité des Réunionnais sur ce plan. Vulnérabilité dont les causes réelles restent encore à explorer. Même si des pistes existent. "Il n'y a pas de réponse officielle, pose le docteur Corré, mais on estime que le métissage peut jouer ici un rôle défavorable quand des origines indiennes, chinoises ou africaines se seraient mélangées à des origines européennes." Le mécanisme à l'œuvre tiendrait à des habitudes de sobriété alimentaire. Hors d'Europe, les populations auraient été exposées plus tardivement à des nourritures très grasses, sucrées et salées. Des aliments trop riches qui, en retour, les affecteraient davantage.
- Une vigilance sur les pathologies liées au coeur -
À La Réunion, le changement alimentaire opéré en quelques décennies n'aurait alors pas permis aux organismes de s'adapter correctement. Couplés au manque d'exercice physique, ces changements brutaux et rapides de modes de vie auraient favorisé les maladies cardiaques.
L'enjeu est de taille pour ce mois du Ker. Celui de convaincre les Réunionnais de se montrer vigilants sur l'état de leur cœur. Cette édition 2026 se veut encore plus ambitieuse que celle de l'an dernier. Pour rappel, en 2025, 495 consultations en cardiologie avaient été réalisées, donnant lieu à 15 hospitalisations. Des chiffres qui confirment, si besoin en est, que les besoins et la demande existent.
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