Face à la menace de la fusariose TR4, la filière banane sous surveillance

  • Publié le 28 août 2026 à 05:06
bananes

Déjà présente à Mayotte et aux Comores, la fusariose du bananier Tropical Race 4 (TR4) n'est, pour l'instant, pas installée à La Réunion. Mais ce champignon particulièrement résistant reste une menace prise au sérieux par les acteurs agricoles, les scientifiques et les services de l'État. Entre contrôles renforcés des voyageurs et recherche de variétés résistantes, l'île se prépare pour éviter l'arrivée de la maladie. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)

Une bouture de bananier glissée dans une valise ou simplement de la terre contaminée sous des chaussures peuvent suffire à transporter la fusariose TR4. À La Réunion, où aucun foyer n’est actuellement confirmé, la proximité de territoires touchés dans l’océan Indien incite à la vigilance.

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"On a eu des soupçons, des alertes, mais pas de cas confirmé", indique Éric Lucas, chargé de mission diversité à la Chambre d’agriculture de La Réunion. "La maladie est très présente à Mayotte, aux Comores et aussi à Madagascar. C’est alarmant dans la mesure où les gens voyagent beaucoup et peuvent ramener la maladie".

La fiche phytosanitaire consacrée au TR4 rappelle également l'importance de la prévention face au risque de propagation de cette maladie : "il n’y a aucun traitement chimique efficace contre cette maladie. Il est, notamment, recommandé de surveiller régulièrement pour détecter de manière précoce la maladie ou encore de désinfecter les outils, chaussures, roues de véhicules pour limiter sa dissémination aux alentours".

- Un champignon capable de rester durablement dans les sols -

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la fusariose TR4 n’est pas un virus. La maladie est provoquée par des souches particulièrement virulentes du champignon Fusarium oxysporum f. sp. cubense. "Le champignon pénètre dans les plants de bananier au niveau du système racinaire, puis envahit progressivement les vaisseaux conducteurs de la plante", explique le Dr Isabelle Robène, chercheuse au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) au sein de l’Unité mixte de recherche - Peuplements végétaux et bioagresseurs en milieu tropical (UMR PVBMT). Les feuilles jaunissent progressivement avant le dépérissement et la mort du plant.

Problème : en plus de tuer les plants, la maladie est persistante. "Une fois installé, il est très difficile, voire impossible, de se débarrasser de ce pathogène", poursuit la chercheuse. Ses spores peuvent survivre très longtemps dans le sol et il n’existe actuellement aucun traitement qui permet de l'éradiquer efficacement. La fusariose TR4 est d’autant plus redoutée qu’elle s’attaque au cultivar Cavendish, une variété de banane qui représente plus de 40 % de la production mondiale de bananes et environ 99 % des exportations.

Dans la région, le champignon a été détecté au Mozambique en 2013, à Mayotte en 2019 puis en Grande Comore en 2023. "La proximité des foyers présents dans l’archipel des Comores augmente le risque d’introduction du TR4 à La Réunion", souligne Isabelle Robène.

- Une cinquantaine de parcelles surveillées à La Réunion -

Une surveillance officielle, pilotée par la Daaf et mise en œuvre sur le terrain par la Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles (FDGDON), repose notamment sur une cinquantaine de parcelles sentinelles".

Le Cirad a également développé un test de détection rapide du TR4. "L’intérêt est que le test peut être réalisé directement sur le terrain, sans avoir besoin de l’équipement lourd d’un laboratoire", explique Isabelle Robène. Un résultat positif devrait ensuite faire l’objet d’une confirmation officielle par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) Réunion, selon la méthode nationale de référence.

- Plants, boutures, terre : le risque peut venir des bagages -

L’une des principales portes d’entrée potentielles reste le transport de végétaux par les voyageurs. "Le danger est trop grand pour risquer de ramener une bouture ou un plant", prévient Éric Lucas. De plus, le risque ne se limite pas aux végétaux. Le champignon peut être transporté par de la terre contaminée présente sur des chaussures, du matériel ou des équipements.

À La Réunion, la réglementation est stricte. Depuis un arrêté préfectoral du 24 avril 2017, l’introduction par voie postale ou dans les bagages des voyageurs de matériel végétal frais est interdite sans respecter les formalités phytosanitaires requises.

Cela concerne notamment les plantes et parties de plantes, fruits et légumes frais, bulbes, rhizomes et semences.

- Les vols de Mayotte sous surveillance renforcée -

En 2025, les douanes de La Réunion ont effectué 157 constatations concernant l’introduction illégale, de produits végétaux. Environ 30 % provenaient de l’Hexagone, 25 % de Madagascar et près de 20 % de Mayotte, y compris des produits arrivant des Comores via Mayotte.

Si les contrôles concernent surtout les voyageurs, le fret aérien et maritime, les colis postaux et express ou encore les navires arrivant au Port, ne sont pas oubliés. Face à la fusariose TR4, les douanes ont adapté leur dispositif. "Des instructions particulières ont été données aux services sur le risque lié à la fusariose du bananier TR4", précisent-elles. Compte tenu de la situation régionale, les vols en provenance de Mayotte font l’objet d’un suivi renforcé.

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Pour l’heure, les douanes indiquent ne pas avoir saisi de végétaux présentant un risque majeur lié à cette menace : "Si des découvertes de fruits arrivent encore, la découverte de bananes est de plus en plus rare. Les voyageurs sont de plus en sensibilisés au risque d’introduction de maladie à La Réunion".

Les contrevenants s’exposent à des sanctions : "à l’importation ou à l’exportation, la marchandise sera considérée comme prohibée au sens des articles L. 231-1, L. 231-2 et L. 231-3 du code des douanes. Cette infraction est prévue par l’article L. 512-4 CD et réprimée par l’article L. 513-1 CD pour une importation sans déclaration en douane applicable à une marchandise prohibée. Les peines douanières encourues sont 3 ans d’emprisonnement et 2 fois la valeur de l’objet de fraude".

- "90% de mes revenus viennent des bananes" -

Pour anticiper une éventuelle arrivée du TR4, des variétés résistantes sont étudiées. Une nécessité puisque les variétés Grande Naine et Petite Naine cultivées à La Réunion sont, selon Éric Lucas, particulièrement vulnérables.

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À la Ravine des Cabris, Gilbert Bafinal, producteur de bananes, craint l’arrivée de la maladie : "pour moi, ça serait très difficile car 90 % de mes revenus viennent des bananes. Si la maladie arrive dans l’île, c’est l’inquiétude totale. Je ne saurais pas quoi faire d’autre", il raconte.

L’agriculteur cultive essentiellement de la Grande Naine. S’il envisage le recours à des variétés résistantes comme une piste, il s’interroge sur leur qualité : "Pour le client, ce qui compte, c’est le goût. Alors changer de variété, oui, mais je crains que le goût ne soit plus au rendez-vous".

- La banane pourrait-elle devenir un luxe ?  -

Les Réunionnais ont déjà connu des pénuries de bananes, après le passage de cyclones. Et quand la banane se fait rare... les prix s’envolent très vite. Pendant plusieurs mois, le fruit a parfois dépassé les 8 ou 10 euros le kilo sur certains étals, le temps que les plantations se relèvent et recommencent à produire.

Mais avec la fusariose TR4, on ne parlerait plus d'une pénurie de quelques semaines. Si le champignon s’installe dans les sols réunionnais, certaines parcelles pourraient rester durablement inutilisables pour les variétés actuelles. Il faudrait alors arracher, changer de variété, replanter et attendre plusieurs années avant de retrouver une production suffisante. Entre-temps, La Réunion devrait probablement se tourner davantage vers l’importation. Ce qui impliquerait des coûts de transport supplémentaires et une hausse des prix difficile à éviter. Un scénario qu'on préfère ne pas voir se réaliser.

- Limiter les risques d'introduction de la maladie à La Réunion -

À ce stade, aucun foyer de fusariose TR4 n’est donc confirmé à La Réunion. L’objectif est précisément de conserver cette situation en limitant au maximum les risques d’introduction.

Isabelle Robène estime notamment nécessaire de renforcer "la communication et la sensibilisation" auprès des voyageurs provenant des zones touchées. La chercheuse évoque aussi la possibilité d’étudier des mesures de biosécurité, comme la désinfection des semelles après un séjour dans une région contaminée.

Pour Éric Lucas, le public doit comprendre qu'"à La Réunion, nos variétés sont très bonnes. On n’a pas besoin d’aller chercher ailleurs et ramener de la nouveauté". Face au TR4, la stratégie actuelle repose donc avant tout sur la prévention : empêcher l’entrée du champignon reste le meilleur moyen de protéger la filière banane réunionnaise.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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