Ce mercredi 1 er juillet 2026, les élus des six villes membres de la Cirest se sont réunies afin d'annoncer les grandes orientations en matière de gestion de la ressource en eau sur le territoire. Réparations des réseaux, prospection des forages et un vaste projet de l'autoroute de l'eau. Des dossiers qui auront besoin de financement annonce le président de la Cirest, Joé Bédier, entre 145 et 300 millions d'euros. Des estimations qui varient du simple au double, pour des projets "solides et réfléchis" assure la Cirest mais "qui nécessitent encore du travail pour sortir quelque chose d'ici à 2035 à 2040" (Photo : Emmanuel Grondin/www.imazpress.com)
"Notre territoire accuse un retard historique en matière d'infrastructures hydrauliques" lance Joé Bédier.
Le président de la Cirest ajoute : "Pendant plusieurs décennies, les investissements n'ont pas été réalisés à la hauteur des besoins. Les réseaux ont progressivement vieilli et leur renouvellement n'a pas suivi. Les capacités de production n'ont pas suffisamment été diversifiées. Les ouvrages de stockage demeurent insuffisants pour répondre aux besoins d'un territoire qui continue de se développer. A ce retard structurel vient désormais s'ajouter une réalité climatique. La situation de sécheresse que connaît aujourd'hui la Réunion est grave".
L'eau, c'est un sujet sensible à l'est de lîle. À Saint-André notamment, la commune la plus peuplée de la Cirest. Les 50.000 habitants y connaissent la plus forte tension sur la ressource : coupures nocturnes répétées, et production insuffisante pour absorber la demande, des difficultés qui conduisent la collectivités à investir un premier budget de plus de 90 millions d'euros sur la programmation 2026-2032 sur l'ensemble des villes de la Cirest.
Pour les projets à moyen et long terme les budgets sont bien plus importants.
Joé Bédier, explique : "Il va falloir trouver les financements pour mener à bien ces projets, notamment sur le moyen long terme, parce que ça varie selon les scénarios entre 145 et 300 millions. Vous voyez, mais c'est indispensable et c'est une nécessité, puisque là où on va aller chercher l'argent, il ne faut pas oublier qu'on est quand même en région ultra-périphérique. Et qui plus est, je le répète pour la énième fois, une région pauvre et qui a un besoin de développement économique nécessaire, parce que vous connaissez le taux de chômage et tout ce qui s'ensuit." Écoutez.
Le budget de la CIREST pour les services d'eau potable et d'assainissement est issu des factures d'eau payées par les usagers et "n'est, en ce sens, pas extensible" insite la Cirest.
Dans un territoire où le taux de pauvreté dépasse 35 % et où les coûts de travaux sont sensiblement plus élevés qu'en Hexagone, la collectivité ne pourra pas financer seule l'ensemble du programme identifié et à arbitrer par la gouvernance.
La mobilisation de l'ensemble des partenaires financiers extérieurs fonds européens, fonds de l'Etat, prêts bancaires auprès d'institutions telles que l'AFD ou la Banque des Territoires indispensable de réalisation du programme, pas une option. est une condition La CIREST a engagé les démarches nécessaires pour sécuriser certains financements sur les cadres f inanciers actuels, et poursuivra cette démarche selon les cadres financiers d'accompagnement qui seront définis au-delà du 1er janvier 2028.
Au-delà des chantiers en cours, la CIREST porte une étude de faisabilité concernant un projet d'infrastructure majeure à l'horizon 2050 :
- L'Autoroute de l'Eau -
Les objectifs portés par cette étude sont de créer des interconnexions structurantes entre les communes de l'Est, diversifier les sources de production et sécuriser durablement l'alimentation en eau potable du territoire-en particulier les secteurs aujourd'hui les plus vulnérables, Saint-André et Bras-Panon.
Les chiffres clés du projet :
Sécurisation prioritaire de Saint-André et Bras-Panon dès 2034 selon le phasage des scénarios à I'étude.
Êvaluation d'un coût global d'investissement après subventions : entre 18 ME et 29 ME selon le scénario retenu. Arbitrage attendu en 2026-2027. Un potentiel considérable encore inexploité : l'Est mobilise aujourd'hui moins de 1% de sa ressource en eau souterraine, contre un seuil d'alerte fixé à 5 % par les hydrogéologues.
Les infiltrations les plus fortes se concentrent sur le secteur allant des hauts de Sainte-Rose à Saint-André, avec plus de 200 millions de mlan. Ce territoire constitue une réserve stratégique pour I'ensemble de La Réunion. Impact maitrisé sur la facture: de0,08€/m² à 0,31€/m selon lescénario-un critère de choix explicite dans les arbitrages en cours.
Cinq scénarios sont aujourd'hui à l'étude: deux s'appuient sur la Rivière de l'Est, trois sur la mobilisation de nouvelles ressources souterraines (secteurs de Saint-Benoît, Plaine des Palmistes). Le choix définitif sera arbitré selon la stratégie de mobilisation de ressources retenue et en fonction des différentes contraintes analysées-environnementales, f inancières,foncières.
- Passer d'une logique de gestion de crise à une "véritable stratégie territoriale" -
Joé Bédier l'assure : "Nous faisons aujourd'hui le choix de passer d'une logique de gestion de crise à une logique d'anticipation, d'une succession d'interventions ponctuelles à une véritable stratégie territoriale. Notre responsabilité est de garantir à chaque habitant un accès durable à une eau de qualité. Mais notre responsabilité est également de donner à l'Est les infrastructures qui lui permettront de poursuivre son développement et de prendre pleinement sa place dans l'équilibre de notre île".
La Cirest souhaite aujourd'hui structurer sa réponse autour de trois leviers :
Diversifier et sécuriser la production en eau : réalisation des forages de prospection sur les secteurs les plus tendus (Saint-André en priorité) Renforcement de l'autonomie énergétique des sites de production stratégiques Étude des volumes prélevables sur le bassin versant de la Rivière du Mât, pour fixer un cadre durable entre les usages eau potable, agricoles et environnementaux
Réduire les pertes en réseau avec le programme de renouvellement canalisations vieilissantes (> 19 ME) des Déploiement de la télérelève intelligente, qui permet de détecter une fuite en quelques jours au lieu de plusieurs mois
Mobiliser les usagers : avec la distribution de 1.500 récupérateurs d'eaux pluviales aux particuliers (0,5 M€, horizon 2027)Et des appels réguliers à un usage raisonné de la ressource en période de tension mais aussi la mise en place de citernes d'eau non potable et de distribution de bouteilles d'eau sur les secteurs impactés en cas de crise aiguë
- Ce qui change dès maintenant -
2026 : Mise en service du forage de Ravine Creuse à Saint-André de production augmentation immédiate de la capacité
2027 : Déploiement de la télérelève (phase 1) sur Saint-André, Salazie, Sainte-Rose et Plaine des Palmistes
2027-2028 : Lancement des forages de prospection et premiers travaux de renouvellement de réseau
2028: Mise en service du réservoir R5 de Dioré et de la télérelève (phase 2) sur Saint-Benoît et Bras-Panon
2030 : Mise en service des grands projets de production (UPEP Olympe, forages Saint-Benoit) et mise en conformité des deux stations d'épuration sous mise en demeure-
2032 : InterconnexionentreBras-Panon et Saint-Benoît
La Cirest souhaite attirer l'attention du Département et de l'État : "un territoire pourvoyeur de ressources en eau pour toute l'île ne peut contribuer seul à l'amélioration de la situation sur le territoire notamment dans le cadres d'équipements structurants et de forages d'exploration. L'accompganement réalisé pour d'autres microrégions de l'île par le Département doit pouvoir être reproduit à l'échelle de la région Est afin d'apporter un rééquilibrage territorial."
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