Ebola : Mayotte sous surveillance renforcée pour empêcher l'arrivée du virus

  • Publié le 20 mai 2026 à 05:50
  • Actualisé le 20 mai 2026 à 06:57
Vérification de la température pour dépister Ebola à l'entrée en République démocratique du Congo à Goma le 16 juillet 2019

L’apparition d’une nouvelle flambée d’Ebola en Afrique centrale ravive les inquiétudes dans l’océan Indien, notamment à Mayotte, un territoire confronté à une forte pression migratoire et à un système hospitalier déjà fragile. Les autorités sanitaires assurent suivre de près l’évolution de la situation. Si certains craignent une possible importation du virus vers l'île, le gouvernement assure maintenir une surveillance renforcée et un lien permanent avec les experts sanitaires (Photo AFP)

L'OMS a déclenché dimanche une alerte sanitaire internationale pour faire face à la nouvelle flambée d'Ebola en RDC, vaste pays d'Afrique centrale de plus de 100 millions d'habitants.

En France, le ministère de la Santé a indiqué être "en lien constant avec les experts afin d’évaluer le niveau de risque", rapporte Franceinfo. À La Réunion également, les autorités sanitaires ont engagé des concertations spécifiques avec Mayotte afin d’anticiper toute éventuelle propagation régionale du virus.

Mayotte est situé à proximité de zones de circulation migratoire importantes dans l’océan Indien et connaît depuis plusieurs années une saturation chronique de ses infrastructures publiques, notamment hospitalières. Ces fragilités nourrissent les inquiétudes autour de la capacité de réaction locale en cas d’apparition d’un cas importé.

Sur le plateau de BFMTV et de franceinfo, la députée de Mayotte Estelle Youssouffa a appelé à un renforcement du contrôle des frontières, déclarant , qu'"on ne peut pas avoir une passoire". "Mayotte ne peut pas être en première ligne, on est incapable de faire face", a-t-elle assuré auprès de franceinfo.

L’ancienne ministre de la Santé Frédéric Valletoux appelle cependant à éviter les scénarios alarmistes. Dans une interview accordée à RFI, elle souligne que les "mouvements de populations entre la région des Grands Lacs et Mayotte" justifient une surveillance renforcée, mais rappelle que "Mayotte a toujours été épargné jusqu’à présent par les épidémies d’Ebola en Afrique". 

- Un risque "faible" -

Plusieurs infectiologues rappellent de leur côté qu’il convient de distinguer le risque d’importation d’un cas isolé et celui d’une véritable épidémie locale. Auprès de TF1 Info, le Dr Sylvain Baize estime le risque actuel comme "théorique mais faible". Il rappelle qu’Ebola ne se transmet pas par voie aérienne comme le Covid-19, mais essentiellement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne symptomatique.

Même constat pour le virologue Patrick Mavingui, qui estime aussi que le risque reste limité. Interrogé par Réunion la 1ère ce mardi 19 mai 2026, il estime que "le risque est très très faible".  "Le système de risques serait important à partir du moment où il y a introduction de la pathologie sur le territoire. Ça peut rapidement se propager dans la population parce que les mesures de contrôle et d'isolement ne seraient pas à la hauteur", prévient cependant le directeur de recherche au CNRS.

Contrairement aux virus respiratoires hautement contagieux, Ebola nécessite des contacts étroits et prolongés pour se propager.  L’inquiétude internationale reste alimentée par la circulation d’une souche du virus pour laquelle il n’existe pas encore de vaccin homologué spécifique. 

À ce stade, aucun élément ne permet d’affirmer qu’une épidémie est imminente à Mayotte ou à La Réunion. Les autorités parlent avant tout d’un scénario nécessitant anticipation et préparation. 

- "Trafic intense" -

L'Agence sanitaire de l'Union africaine (Africa CDC) a déclaré lundi soir une "urgence de santé publique" continentale. Peu d'échantillons ont pu être testés en laboratoire à ce jour et les bilans en RDC s'appuient principalement sur des cas de suspicion.

"Nous avons comptabilisé à peu près 131 cas de décès" au total et "nous avons à peu près 513 cas suspects", a déclaré mardi Samuel Roger Kamba, ministre de la Santé de la RDC à la télévision nationale.

L'épicentre de l'épidémie se situe en Ituri, province du nord-est congolais, frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud. Dans cette région aurifère en proie aux violences des groupes armés, d'intenses mouvements de population liés à l'activité minière ont lieu quotidiennement.

Le virus s'est déjà propagé au-delà des frontières de l'Ituri et de la RDC.

"L'alerte malheureusement a trainé dans la communauté, parce qu'il y a eu une pensée que c'était une maladie mystique, et donc à cause de ça, les malades n'avaient pas été amenés à l'hôpital", a indiqué Samuel Roger Kamba.

Des cas suspects ont été signalés à Butembo, carrefour commercial situé dans la province du Nord-Kivu voisine de l'Ituri, à environ 200 km du foyer de l’épidémie, a-t-il ajouté.

Un cas a également été recensé à Goma, grande ville de l'est congolais contrôlée par le groupe armé antigouvernemental M23 et capitale du Nord-Kivu.

"Vus l'intensité des mouvements et des échanges facilités de trafic intense entre les zones touchées et la province du Nord-Kivu, la population se trouve extrêmement exposée au risque de cette maladie mortelle", a déclaré lundi le gouverneur militaire du Nord-Kivu dans une allocution.

Un cas et un décès ont aussi été enregistrés en Ouganda, selon le gouvernement. Il s'agit de deux Congolais qui avaient voyagé depuis la RDC, aucun foyer d'épidémie local n'a été signalé.

Washington a annoncé lundi la mise en place de contrôles sanitaires pour les voyageurs aériens en provenance des pays touchés en Afrique et restreindre temporairement l'attribution de visas pour les étrangers ayant voyagé dans ces zones.

L'Allemagne a annoncé mardi qu'elle allait "accueillir et soigner" un patient américain ayant contracté Ebola en RDC.

Ebola provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse. Le redoutable virus a fait plus de 15.000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années.

www.imazpress.com avec l'AFP

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