Féminicide d'Erminah : "je n'aurais pas pu priver mon enfant de sa mère", affirme l'accusé devant la cour d'assises

  • Publié le 26 février 2026 à 02:58
salle de la cour assises , tribunal

Presque 5 ans jour pour jour après les faits, s'est ouvert ce mercredi 25 février 2026 le procès, devant la Cour d'assises de la Réunion, de Jean Roland Gonthier, un agriculteur du sud de l'île. Le sexagénaire est accusé d'avoir étranglé sa compagne avec laquelle il venait d'avoir une petite fille. Des accusations qu'il nie formellement depuis le début de la procédure. "Non, je ne reconnais pas les faits. Je n'ai jamais rien fait à Erminah. De toute façon, je n'aurais pas pu priver mon enfant de sa mère" a-t-il redit ce mercredi (Photo sly/www.imazpress.com)

Le 12 février 2021, vers 6 heures 50, des promeneurs découvrent, dans le secteur de l'Étang du Gol à Saint-Louis, le corps à moitié immergé et sans vie d'une jeune femme. Elle est à moitié dévêtue, seulement habillée d'une courte robe (sur laquelle on va découvrir plus d'une vingtaine de traces de sang) et ne semble pas porter pas de sous-vêtements.

Les gendarmes sont immédiatement prévenus. Sur place, à quelques dizaines de mètres du corps, ils découvrent un sac à main. A l'intérieur, ils retrouvent des papiers, une carte bancaire, une autre d'abonnement et un téléphone mobile, au nom de Tafita Bodihaly dite Erminah, ainsi que le string de la jeune femme.

En attendant le légiste, les militaires effectuent une perquisition à l'adresse indiquée sur les papiers. "Cette perquisition ne donnera rien de vraiment concret" constate de directeur d'enquête.

Durant le même temps, la médecin légiste effectue les premières constatations. "Le corps est resté un certain temps dans l'eau", relate la praticienne. "On remarque quelques légères lésions au niveau du visage et de petites abrasions sur les membres supérieurs. J'effectue aussi des prélèvements afin d'analyses génétiques".

"Lors de l'autopsie, on découvre plusieurs infiltrations hémorragiques importantes au niveau du cou et du larynx", décrit la légiste. "On remarque aussi que les poumons sont gorgés d'eau et de sang. Le foie est aussi plein de sang et l'estomac est dilatée par une forte ingestion d'eau".

- Erminah est décédée des suites d'une strangulation -

Dans un premier temps, les spécialistes penchent pour une strangulation suivie par une noyade. Mais d'autres analyses viennent contredire cette première hypothèse. Au final, l'ensemble des éléments recueillis par les légistes révèle que la jeune femme est décédée par strangulation et qu'elle était déjà morte lorsqu'elle a été déposée dans l'eau.

Cependant, l'experte explique encore. "Même si elle était déjà morte lorsqu'elle a été immergée, elle a survécu entre 20 et 20 minutes après le traumatisme du larynx. La strangulation manuelle est compatible avec nos constatations. On ne peut expliquer ce décès que par l'intervention d'un tiers", conclut la légiste en remarquant aussi que la jeune femme a eu une relation sexuelle peu de temps avant son décès.

D'autres éléments montrent qu'au moment de sa mort, la jeune femme présentait un taux d'alcoolémie de 3,23 grammes d'alcool par litre de sang, mais sans stupéfiants. De plus, les traces de sang découvertes sur la robe étaient analysées. Si les experts découvraient bien des traces ADN aucune d'elles ne pouvaient être exploitées.

- Le frère d'Erminah se suicide pa pendaison -

Les enquêteurs se tournent alors vers la vie privée de la jeune femme. Une jeune femme qui a toujours eu des relations très tendues avec ses compagnons officiels, mais qui avait des relations tarifées et qui utilisait, à l'occasion, l'intervention d'un rabatteur.

Les gendarmes de la section de recherche de Saint-Pierre l'interpellent ainsi que certains de ses compagnons. Ils seront rapidement mis hors de cause. Un autre élément troublant vient pirater une enquête qui s'avère déjà délicate. Moins d'une semaine après la découverte du corps d'Erminah, c'est celui de son frère qui est retrouvé, pendu. L'enquête conclura à un suicide.

"Tout le désigne" - 

Un autre homme est rapidement identifié. Roland Gonthier s'est même présenté de lui-même aux enquêteurs. Il explique qu'il a une relation en pointillé avec la victime et qu'il est très certainement le père du dernier enfant d'Erminah.

La famille de la victime est d'ailleurs proche de Roland Gonthier et le décrit comme un bon homme. Mais ce n'est pas ce que pensent les militaires. Pour eux, Roland Gonthier est impliqué d'une façon ou d'une autre dans la mort de la jeune femme.

De plus, entre ses déclarations en tant que témoin et celles faites lors de sa garde à vue, il ment à plusieurs reprises. La téléphonie et la géolocalisation de son téléphone mobile l'incrimine.

Une localisation et des exploitations téléphoniques qui seront non seulement expliquées par le directeur d'enquête mais aussi totalement contestées par les deux avocats de la défense. De plus, les limiers de la brigade de recherche ont recueilli des images, mauvaises, très mauvaises des caméras de vidéosurveillances, d'un Berlingo blanc à proximité des lieux de la découverte du corps.

Or, Roland Gonthier possède ce type de véhicule, mais omet d'en parler. Des oublis et des contractions, qui le souligne, le directeur d'enquête, l'incrimine fortement. Très longuement interrogé hier par la Cour et l'ensemble des parties, le militaire qui a dirigé les investigations n'en démord pas. "Tout le désigne".

- Remis en liberté - 

En juillet 2021, il est placé en garde à vue. On apprend aussi à l'audience par la bouche même du militaire que "les gardes à vue n'ont pas été filmées et que les questions et surtout les réponses n'ont pas été fidèlement retranscrites".

Quoi qu'il en soit le parquet et un magistrat instructeur estimeront qu'il y a suffisamment de charges pour le mettre en examen pour homicide volontaire par personne ayant été conjoint et placé en détention provisoire. Après un an de détention, il est remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire.

C'est donc libre qu'il se retrouve devant ses juges. C'est seulement, en milieu d'après-midi, après le passage du gendarme sous les fourches caudines des questions précises et incisives des avocats de la défense, que d'autres témoins ont pu être entendus. Cependant, l'audition du gendarme nous permettra aussi d'apprendre que Roland Gonthier n'en a pas fini avec la justice.

- Une autre procédure devant la Cour criminelle pour viols  - 

Dernièrement, un juge d'instruction a rendu à son encontre une ordonnance de mis en accusation devant la Cour criminelle de la Réunion pour des faits de viols commis sur l'une de ses ex compagnes. Entendus, les témoins ont tous confirmé leurs précédentes déclarations.

Ce mercredi, la Cour continuera l'examen des faits avant d'entendre l'accusé. Enfin, elle se penchera sur sa personnalité et sur son profil psychiatrique et psychologique. Le verdict devrait être connu vendredi en milieu de journée.

Lire aussi - Cour d'assises : jugé pour le meurtre de sa compagne, l'accusé nie les faits

www.imazpress.com / [email protected]

 

guest
0 Commentaires