Le CHU de La Réunion a profité d’une conférence de presse organisée ce jeudi 25 juin 2026 pour faire le point sur deux dossiers importants : l’organisation de la prise en charge des patients brûlés et les projets en cours dans le domaine de la santé mentale. (Photo d'illustration Richard Bouhet/imazpress.com)
La situation du Centre de traitement des brûlés (CTB) du CHU, après le non-renouvellement de l’autorisation spécifique de "traitement des grands brûlés", a longuement été abordée.
Les responsables hospitaliers ont tenu à clarifier la portée de cette décision. Le CHU avait déposé une demande de renouvellement de cette autorisation, qui correspond à un niveau de recours hautement spécialisé et soumis à des exigences nationales particulièrement strictes en matière d’organisation et de moyens dédiés.
À l’issue de l’instruction du dossier, l’ARS a considéré que l’organisation actuellement en place ne répondait plus à l’ensemble des critères réglementaires requis pour maintenir cette autorisation spécifique.
Pour autant, les équipes médicales insistent sur le fait que cette évolution administrative ne remet pas en cause la qualité des soins ni l’expertise développée depuis plusieurs décennies à La Réunion. "Rien ne change pour les patients", ont rappelé les intervenants. Le CHU demeure la structure de référence du territoire pour la prise en charge des brûlures.
Aujourd’hui, le centre prend en charge plus de 500 patients chaque année, adultes et enfants confondus. Les équipes assurent une activité permanente, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, avec une prise en charge spécialisée qui va de l’évaluation initiale aux traitements chirurgicaux, en passant par les soins de pansement, la rééducation et le suivi à long terme.
"Le CTB n'est jamais fermé", a insisté le Dr David Valenti, chirurgien plasticien et correspondant du Centre de traitement des brûlés. "Il s'est réorganisé, il s'est remobilisé dans de nouveaux locaux et il est entièrement fonctionnel."
L’organisation repose sur deux filières complémentaires, adulte et pédiatrique. Le Dr Jean-Luc Michel, chef du service de chirurgie pédiatrique, a rappelé que "l’enfant n’est pas un petit adulte" et nécessite des équipes spécifiquement formées à ses particularités physiologiques.
Si les équipes médicales sont distinctes, elles s’appuient sur des ressources communes spécialisées dans la brûlure : infirmiers, aides-soignants, psychologues, kinésithérapeutes, ergothérapeutes et professionnels de la rééducation.
Les médecins ont également insisté sur l’importance de la prise en charge précoce afin de limiter les séquelles physiques, fonctionnelles, esthétiques et psychologiques liées aux brûlures. Pour certains patients, l’accompagnement peut s’étendre sur plusieurs années.
- Des transferts exceptionnels vers l'Hexagone -
Le CHU rappelle que l’organisation des soins repose sur un système gradué. Les premiers soins peuvent être réalisés dans les structures de proximité avant une orientation vers le centre spécialisé lorsque la situation l’exige.
Dans la très grande majorité des cas, les patients sont pris en charge à La Réunion. Plus de 95 % des brûlés sont soignés intégralement dans l'île. Seuls quelques patients présentant des brûlures extrêmement sévères nécessitent un transfert vers des centres experts situés dans l'Hexagone.
Les équipes ont rappelé que ces transferts existaient déjà avant la décision de l’ARS et concernent en moyenne cinq patients par an.
Pour les responsables hospitaliers comme pour l’ARS, le maintien d’une prise en charge spécialisée de proximité reste essentiel. Les soins initiaux, le conditionnement des patients, le suivi après retour sur l’île et la majorité des interventions demeurent assurés par les équipes réunionnaises.
"La brûlure reste un enjeu majeur de santé publique", a rappelé le Dr David Valenti. "Les brûlures sont porteuses de nombreuses séquelles, qu'elles soient physiques ou psychologiques. C'est en fait ces séquelles qu'il faut au maximum limiter", a-t-il souligné.
- La santé mentale, une priorité majeure -
L’autre grand thème de la conférence concernait la santé mentale, présentée comme l’un des principaux enjeux de santé publique à La Réunion.
Les responsables médicaux observent depuis plusieurs années une hausse continue des besoins, aussi bien en psychiatrie adulte qu’en pédopsychiatrie. Cette progression concerne les troubles psychiatriques sévères, mais également les situations de souffrance psychique liées aux fragilités sociales et économiques.
Chez les adultes, les équipes prennent principalement en charge des troubles dépressifs, des troubles anxieux sévères et des pathologies psychiatriques chroniques. Chez les enfants et les adolescents, les demandes concernent notamment les troubles du neurodéveloppement, comme les troubles du spectre de l’autisme ou le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), auxquels s’ajoutent souvent des troubles anxieux, dépressifs ou comportementaux.
Les professionnels constatent également une augmentation importante des situations de crise chez les adolescents, nécessitant parfois des interventions en urgence.
Cette évolution se traduit notamment par une hausse significative des consultations psychiatriques au sein des urgences du CHU Sud. "Ce que nous constatons depuis plusieurs mois, c'est une augmentation de nos consultations au sein de nos urgences", a expliqué le Dr Emmanuel Rung.
"Nous sommes à peu près à 300 consultations par mois . Ce sont des chiffres que nous ne connaissions pas auparavant."
Face à cette progression constante des besoins, le CHU affirme vouloir dépasser "la seule logique de rattrapage capacitaire pour transformer durablement son modèle de prise en charge".
L’établissement défend une approche "fondée sur la prévention précoce, le développement d’expertises spécialisées et l’amélioration de l’accès aux soins".
Parmi les projets à venir figure l’ouverture prochaine de l’unité régionale HOPE, dédiée à la périnatalité et aux mille premiers jours de l’enfant. Cette structure accompagnera les femmes présentant des fragilités psychiques pendant la grossesse ou après l’accouchement et proposera une prise en charge spécialisée des troubles du post-partum.
L’objectif est d’intervenir précocement, de soutenir les parents et de prévenir l’apparition de difficultés plus sévères pour les enfants et leurs familles.
Le CHU s'est aussi félicité de sa désignation comme centre ressource régional pour le TDAH (trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité).
Cette reconnaissance doit permettre de "structurer une expertise territoriale, de renforcer les capacités diagnostiques et thérapeutiques et de soutenir l’ensemble des professionnels confrontés à ces situations complexes".
Le CHU poursuit également le développement d’équipes mobiles spécialisées, de dispositifs d’accompagnement intensif ambulatoire et de nouveaux parcours de soins destinés à limiter les hospitalisations lorsque celles-ci peuvent être évitées.
- Renforcer les capacités d’accueil -
Malgré ces évolutions, les responsables reconnaissent que les tensions restent fortes sur les capacités disponibles.
Le Sud de l'île demeure historiquement sous-doté en lits de psychiatrie. Pour répondre à cette situation, plusieurs projets d’extension sont engagés. Ils prévoient notamment la création de 25 lits supplémentaires pour les adultes ainsi que de 12 lits dédiés aux adolescents et jeunes adultes.
Ces investissements doivent permettre d’améliorer les conditions d’accueil, de réduire les délais de prise en charge et de limiter les ruptures de parcours.
Parallèlement, le CHU met en avant une dynamique de recrutement qui contribue à maintenir l’attractivité des équipes médicales et soignantes.
Cette dynamique s’inscrit dans les travaux de la Communauté territoriale de santé mentale et du Projet territorial de santé mentale, pilotés à l’échelle de La Réunion afin de construire une offre plus coordonnée, plus lisible et mieux adaptée aux réalités du territoire.
"L'ambition est de construire une offre de santé mentale plus lisible, plus accessible et mieux adaptée aux réalités du territoire réunionnais", résume le CHU.
as/www.imazpress.com / [email protected]
