Rec : un outil unique pour mieux comprendre et améliorer la prise en charge cardiovasculaire à La Réunion

  • Publié le 16 avril 2026 à 02:56
dépistage hypertension

À La Réunion, les maladies cardiovasculaires représentent un enjeu majeur de santé publique. Les patients y présentent souvent des profils plus complexes qu’en Hexagone, avec une forte prévalence du diabète, davantage de complications et des parcours de soins parfois longs et fragmentés. Pendant longtemps, cette réalité n’a pu être appréhendée que de manière partielle. C’est pour répondre à ce manque qu’est né REC, avec une triple ambition : comprendre, améliorer nos pratiques, et faire avancer la recherche. Nous publions ci-dessous le communiqué du CHU de La Réunion (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

À son arrivée en 2019, le Dr Louis‐Marie Desroche constate que le logiciel CardioReport, pourtant central dans l’activité cardiologique, n’est plus adapté aux besoins actuels.

Un chantier de fond est alors engagé avec la Direction et la Direction des Systèmes d’Information, impliquant l’ensemble des services de cardiologie des sites Nord et Sud, en activité invasive comme non invasive. Cette concertation multisite et multidisciplinaire aboutit à un projet mutualisé et structurant : le déploiement de la nouvelle version de CardioReport dans tous les services concernés, permettant une centralisation des données, et une automatisation du recueil.

Depuis 2023, le CHU de La Réunion déploie le programme REC (Réunion Épidémiologie Cardiologie), initié par le Dr Louis Marie Desroche au départ du service de cardiologie du Nord. Né d’un constat de terrain, ce projet est à la fois une démarche de recherche et un outil concret, utilisé chaque jour pour améliorer les pratiques, en offrant une vision fiable, continue et territoriale de l’activité cardiovasculaire.

- Un observatoire au cœur du soin, porté par les ARC -

REC est un observatoire régional de conception nouvelle, pleinement intégré aux outils utilisés quotidiennement par les équipes. Il permet de collecter et d’analyser en continu des données issues de la pratique clinique, sans alourdir la charge de travail, et de restituer rapidement des indicateurs robustes, utiles à la prise de décision.

L’observatoire couvre aujourd’hui six domaines majeurs : les infarctus et actes coronaires, l’insuffisance cardiaque, les maladies valvulaires, les troubles du rythme, les embolies pulmonaires et les cardiopathies congénitales.

Au cœur de ce dispositif, les Attachés de Recherche Clinique (ARC) jouent un rôle essentiel et structurant.

Ils assurent la qualité, la cohérence et l’exhaustivité des données, coordonnent les inclusions, vérifient la concordance entre les pratiques cliniques et les informations recueillies, accompagnent les équipes dans l’appropriation de l’outil et assurent le suivi des patients.

Grâce à leur expertise, la donnée brute devient une donnée fiable, interprétable et réellement utile, capable d’éclairer les pratiques professionnelles, d’alimenter les projets de recherche et de soutenir les décisions organisationnelles.

- Un levier stratégique pour la santé publique -

Dès sa première année complète de fonctionnement, en 2024, REC affiche des résultats significatifs : plus de 2.500 examens coronaires analysés, près de 70% des patients éligibles inclus dans certains registres, une amélioration majeure de la qualité et de l’exhaustivité des données, des ajustements concrets des pratiques de prise en charge.

Fort de ces résultats, REC fournit aux équipes médicales et aux décideurs des informations essentielles pour optimiser les parcours de soins, réduire les pertes de chance et mieux coordonner l’activité entre hôpitaux et cliniques.

Il favorise également les questionnements autour des pratiques, la structuration de projets régionaux – notamment pour la prise en charge des embolies pulmonaires graves – et l’amélioration de la coordination des parcours de soins. À titre d’exemple, un travail de plusieurs années et publié en 2026 a évalué l’impact pour les patients avec une insuffisance cardiaque évoluée d’être intégré à un parcours structuré (USETIC) : une diminution drastique des réhospitalisations a pu être constatée, et de nombreuses pistes ont pu être dégagées pour améliorer encore le parcours.

REC a par ailleurs été distingué par un Prix de l’innovation numérique en santé. Il est désormais reconnu comme un outil à fort potentiel, dont les données alimentent des travaux de recherche nationaux et internationaux.

À l’horizon 2026, il évoluera vers un véritable outil d’aide à la décision en santé publique, en croisant plusieurs sources de données afin de produire des indicateurs fiables et directement actionnables.

L’enjeu est clair : permettre aux soignants, aux établissements et aux autorités de santé de mieux adapter leurs stratégies aux réalités du territoire, de réduire les inégalités d’accès aux soins et, à terme, de diminuer durablement les maladies et décès liés aux maladies cardiovasculaires à La Réunion.

guest
0 Commentaires