[Photos - Vidéos] À La Réunion, les chefs créoles passent à table pour faire rayonner leur cuisine

  • Publié le 23 mai 2026 à 03:00
festival internationational des chefs créoles 2026

Pendant deux jours, les 23 et 24 mai 2026, au Domaine Moca à Saint-Denis, La Réunion accueillera le premier Sommet et Festival International des Chefs Créoles. Un rendez-vous gastronomique et populaire porté par l’Institut International de la Gastronomie Créole (IIGC) qui espère faire de l’île un carrefour de la gastronomie créole, tout en posant les bases d’une véritable formation d’excellence autour de cette cuisine encore trop peu enseignée. (Photos Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Pendant deux jours, marmites, pilons et grands noms de la gastronomie créole vont faire monter la température au Moca de Saint-Denis. Le Sommet et Festival International des Chefs Créoles (SFICC) réunira chefs étoilés, artisans, producteurs, hôteliers, institutionnels et grand public autour d’un même ingrédient : la cuisine créole comme patrimoine vivant, levier économique et vecteur d’identité.

À l’origine de ce rendez-vous inédit, l’Institut International de la Gastronomie Créole (IIGC), qui entend faire de La Réunion un véritable laboratoire de la gastronomie créole à l’échelle internationale. Écoutez Jean-Charles Bertrand, président de l’IIGC et fondateur du Mafate Café.

"Nous sommes fiers de recevoir des chefs de renom. La Réunion devient un carrefour de la gastronomie créole", a résumé Jean-Charles Bertrand, lors de la conférence de presse. 

- Des chefs venus de tout l'Océan Indien... et d'ailleurs -

L’événement réunira notamment Marcel Ravin, chef martiniquais triplement étoilé à Monaco et invité d’honneur. Originaire de la Martinique, Marcel Ravin est aujourd'hui considéré comme l'un des chefs les plus doués de sa génération.

Seront aussi présents Lalaina Ravelomanana (Madagascar), Nizam Peeroo (Maurice), Kevin Minatchy (La Réunion) et une quinzaine de chefs de la zone.

Entre show cooking, marché gourmand, ronkozé, ateliers et gala immersif, le festival veut conjuguer transmission, dégustation et réflexion. Une cuisine qui se savoure… mais qui se pense aussi.

- La cuisine créole, une mémoire à transmettre -

Derrière les assiettes, l’enjeu est plus profond. Pour les chefs et les partenaires du projet, la gastronomie créole ne peut plus rester un simple héritage transmis dans les cuisines familiales, au détour d’un cari ou d’un rougail.

"La gastronomie est transmise à l’oral par nos parents et nos grands-parents, mais elle n’est pas apprise à l’école. Nous voulons transmettre cette culture culinaire réunionnaise", explique Jean-Charles Bertrand. Un constat partagé par de nombreux professionnels.

Le chef Marcel Ravin l'assure : "La cuisine créole c'est un monde. Elle est plurielle et c'est ce mélange de peuples et de cultures qui fait cette signature". Regardez.

"À La Réunion, il y a un vrai problème de recrutement quand il s’agit de cuisine traditionnelle. Les gens sont formés pour partir vers la cuisine gastronomique, semi-gastro ou bistronomique, mais des chefs spécialisés dans la cuisine réunionnaise, c’est difficile d’en trouver", déplore David Banon, du restaurant Reflet des Îles à Saint-Denis.

Pour Kevin Minatchy, le problème commence dès les bases :
"Les jeunes ont perdu la connaissance de la vraie cuisine. Comme disait ma mamie, la vraie cuisine commence dans une marmite". Le chef insiste aussi sur le lien entre cuisine et transmission :
"Pour comprendre la cuisine, il faut connaître l’histoire. La cuisine, c’est aussi le moment de se retrouver en famille autour d’un bon plat. C’est ce qui fait l’identité créole".

- Un futur diplôme pour professionnaliser la gastronomie créole -

L’un des temps forts de ce sommet aura lieu ce samedi après-midi : la signature d’une lettre d’intention entre le Rectorat de La Réunion, la Région, la CCIR et l’IIGC pour créer un titre professionnel dédié à la gastronomie créole.

Une première formation, reconnue par l’État, pourrait voir le jour dès la prochaine rentrée, notamment avec le lycée hôtelier Christian Antou et le Centhor. L’ambition est de former des professionnels capables de maîtriser les techniques culinaires, mais aussi l’histoire, les produits et la philosophie de cette cuisine.

"Ce ne sera pas des cours avec une simple fiche recette. La cuisine, c’est l’art de préparer un plat avec une émotion, une âme", résume Jean-Charles Bertrand.

Pour Marcel Ravin, cette structuration est essentielle :
"La cuisine créole est riche, mais elle ne peut pas être juste un langage. C’est un monde. C’est nous, à travers notre histoire, notre mélange de cultures. C’est notre ADN". Le chef martiniquais, formé à la cuisine française avant de revenir à ses racines, lance aussi un appel à la jeunesse :
"J’insiste pour que les jeunes aillent vers les gramounes. C’est là qu’il y a la mémoire".

- Faire rayonner la cuisine créole au-delà des frontières - 

Pour les partenaires économiques, le sujet dépasse largement la gastronomie. "La gastronomie est un patrimoine vivant qui mérite d’être préservé. Derrière les recettes, il y a aussi des entreprises, des savoir-faire, une économie", rappelle Frédéric Auré, représentant de la CCIR.

Même constat du côté des professionnels du tourisme. "Quand on interroge les visiteurs sur ce qu’ils retiennent de La Réunion, il y a le paysage, mais aussi le sens de l’hospitalité… et la cuisine”, souligne Jean-Claude Boyer, hôtelier fondateur du groupe Morgabine Hospitality.

Pour les chefs, il est temps de sortir la cuisine créole du simple folklore. "Il existe un snobisme culinaire", pointe Nizam Peeroo, qui rappelle que cette cuisine est née d’une histoire complexe, marquée par les métissages, l’esclavage et les résistances."Nous devons être fiers de notre culture. C’est à nous de nous réapproprier notre histoire".

Une idée résumée en une formule par Marcel Ravin :
"Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas m’ignorer. C’est important de savoir d’où l'on vient".

- Un festival populaire… et gourmand -

Au-delà des grands débats, le Sommet et Festival International des Chefs Créoles entend aussi parler aux papilles.

Pour 3 euros l’entrée, le public pourra découvrir un village gourmand, des démonstrations culinaires en continu, des producteurs locaux, des ateliers autour des plantes, de la santé ou de la biodiversité… avec un clin d’œil à la tradition : un riz chauffé offert aux 500 premiers visiteurs chaque jour.

Un sommet où l’on parlera de mémoire, d’identité, d’économie… mais surtout de cuisine, celle qui rassemble autour d’une table. Car ici, comme le rappelle Kevin Minatchy :
"Cuisiner, c’est rendre heureux. C’est transmettre une émotion".

- Le programme -

Samedi 23 mai

• Dès 9h00 : Accueil café créole et grand "riz chauffé dan van" offert aux 500 premiers visiteurs.
• 10h00 : Ouverture officielle et interventions des partenaires.
• 10h00 - 18h00 : Marché des producteurs, show cooking continu et ateliers Mafate Café.
• 11h30 - 12h30 (Ronkozé) : "De la mémoire à l’étoile" avec Marcel Ravin.
• 13h00 - 15h00 : Show painting "Le Pilon créole - mémoire vivante".
• 14h30 : Signature officielle (Rectorat / CCIR / IIGC).
• 19h00 : Soirée de gala immersive créole (sur réservation).

Dimanche 24 mai

• Dès 9h00 : Accueil café créole et grand "riz chauffé dan van" offert aux 500 premiers visiteurs.
• 10h00 - 18h00 : Festival public, marché local et show cooking avec rotation des chefs.
• 10h00 - 10h50 (Ronkozé) : "Manzé la nature" : pharmacopée et tisanes.
• 11h00 - 12h00 (Ronkozé) : "Bien manzé" : nutrition et santé populaire.
• 14h30 - 15h20 (Ronkozé) : "La canne" : mémoire, douleur et renaissance créole.
• 17h00 : Clôture et perspectives de rayonnement international.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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