Renouer avec son histoire

Les "Enfants de la Creuse" accueillis Ă  Saint-Paul

  • PubliĂ© le 23 avril 2023 Ă  10:11
  • ActualisĂ© le 23 avril 2023 Ă  10:17
47 “Enfants de la Creuse” ont Ă©tĂ© accueillis Ă  Saint-Paul

Ce vendredi 21 avril 2023, les "Enfants de la Creuse" se sont rendus Ă  Saint-Paul. La ville les a accueilli au son du maloya. Ils sont 47 a ĂȘtre revenu sur leur terre natale depuis le 7 avril. Ils font partis des 2.000 enfants nĂ©s Ă  La RĂ©union et transfĂ©rĂ©s de force entre 1962 et 1984 vers la mĂ©tropole et principalement dans la Creuse, afin de repeupler des dĂ©partements touchĂ©s par l'exode rural. Nous publions le communiquĂ© de la ville de Saint-Paul ci-dessous.

Saint-Paul a accueilli ce vendredi 21 avril, les “Enfants de la Creuse”. Si l’émotion Ă©tait palpable, ils Ă©taient nombreux Ă  savourer ce moment, sur la terre qui les a vus naĂźtre.

C’est au son du maloya que les 47 “Enfants de la Creuse” ont Ă©tĂ© accueillis Ă  Saint-Paul, Ă  la Grande Fontaine plus exactement, pour dĂ©couvrir leur Ăźle natale, leur racine. Ils font partie des 2 000 enfants rĂ©unionnais “enlevĂ©s” Ă  leurs parents et envoyĂ©s de force dans l’Hexagone entre 1962 et 1984. Sur un site chargĂ© d’histoire, ils ont pu partager un repas crĂ©ole dann’ feuille figue, rĂ©aliser une visite guidĂ©e du vieux Saint-Paul autour du Bassin Vital et du Moulin Ă  Eau.

À la dĂ©couverte des vestiges de l’industrie sucriĂšre, des chemins pavĂ©s, de l’Étang Saint-Paul et des sources anciennes Ă  proximitĂ©. Une animatrice Ville d’Art et d’Histoire et un animateur culturel de la Ville Ă©taient prĂ©sents lors de cet Ă©vĂ©nement. “Vous avez fait un long trajet et vous ĂȘtes ici dans un lieu de mĂ©moire. Vous pensiez partir, et votre famille Ă©galement, pour un avenir meilleur, malheureusement cela n’a pas Ă©tĂ© le cas. Vous avez Ă©tĂ© les victimes d’enlĂšvement, de rapt et d’autres choses inqualifiables. Vous avez Ă©tĂ© coupĂ©s de votre histoire brutalement, aujourd’hui vous construisez la vĂŽtre. C’est avec beaucoup d’émotions et de fiertĂ© que nous vous accueillons ici Ă  Saint-Paul”, commence Suzelle Boucher, premiĂšre adjointe au Maire de Saint-Paul.

AccompagnĂ©e des Ă©lu(e)s Edwige Lebreton et Dominique Virama-Coutaye, elle a accueilli les 47 “Enfants de la Creuse” de retour pour un sĂ©jour dans leur Ăźle natale.

“Ce voyage me rĂ©concilie avec mon histoire”

“C’est la premiĂšre fois que je reviens dans mon Ăźle depuis 1974”, confie Olivia Millan. Elle et son frĂšre ont Ă©tĂ© adoptĂ©s Ă  l’ñge de 4 et 6 ans. Un “adoption plĂ©niĂšre” dit-elle, mais finalement le doute persiste. Surtout lorsqu’il est Ă©crit dans son dossier “qu’elle a Ă©tĂ© arrachĂ©e aux bras de son grand frĂšre de 17 ans”.

“Je n’ai jamais osĂ© revenir Ă  La rĂ©union, par respect pour mes parents adoptifs. Mais aujourd’hui, je suis ici, c’est une thĂ©rapie pour moi. Ce voyage me rĂ©concilie avec mon histoire”, explique la RĂ©unionnaise qui est aujourd’hui Ă  la recherche de ses racines, de son pĂšre qui doit ĂȘtre ĂągĂ© de 80 ans.

“Le seul souvenir dont je me rappelle de La RĂ©union est celui du bruit de l’avion”, se souvient la jeune femme les yeux remplis d’émotion. Cette histoire fait malheureusement Ă©cho Ă  d’autres parcours de vie. Si elle a eu la chance de vivre dans une famille aimante dans l’hexagone, ce ne fut pas le cas de Jean-Luc Ichiza-Imaho et de Jean-RenĂ© Fontaine.

“J’ai Ă©tĂ© enlevĂ© Ă  ma famille Ă  12 ans, je marchais sur un trottoir. On m’a placĂ© dans une famille d’accueil dans la Creuse. On a dit Ă  mes parents que j’allais aller Ă  l’école et faire des Ă©tudes. Finalement, j’ai Ă©tĂ© un esclave chez des agriculteurs. J’ai Ă©tĂ© placĂ© ensuite dans un foyer et j’ai fait l’armĂ©e. Je n’ai pas eu la chance de revoir mon pĂšre qui rĂ©clamait ses enfants avant de mourir”, raconte Jean-RenĂ© Fontaine.

Des histoires douloureuses, des destins brisĂ©s. “Nous Ă©tions heureux, mĂȘme si ma mĂšre Ă©tait aveugle, je l’aidais. L’assistante sociale qui Ă©tait venue Ă  l’époque avait dit Ă  ma mĂšre qu’elle ne pouvait pas faire autrement.” De son domicile Ă  Cap Homard, Jean-luc Ichiza-Imaho est envoyĂ© dans un foyer au 17Ăšme km au Tampon et se voit “transfĂ©rer en mĂ©tropole” chez une famille d’agriculteurs. DĂ©racinĂ©s, souvent maltraitĂ©s, ces “Enfants de La Creuse” grandiront sans repĂšre. Depuis plusieurs annĂ©es, ils sont Ă  la recherche de leur vĂ©ritĂ©, de leur racine


guest
0 Commentaires