EnquĂȘte de l'Insee et l'OPMR sur le logement des mĂ©nages pauvres

6300 locataires vivent avec moins de 150 euros par mois

  • PubliĂ© le 8 fĂ©vrier 2017 Ă  14:55
logement insalubre madame Miniama

À La RĂ©union, quatre mĂ©nages sur dix sont pauvres, soit trois fois plus qu'en France mĂ©tropolitaine, et ces foyers pauvres sont plus pauvres qu'en France mĂ©tropolitaine. Du coup, ils dĂ©pensent en moyenne 210 euros par mois et par unitĂ© de consommation (UC) pour leur logement, soit 120 euros de moins que ceux de mĂ©tropole. La raison : ils ont souvent "des ressources trop limitĂ©es pour pouvoir entretenir leur logement, qui est souvent petit, dĂ©gradĂ© et en situation de surpeuplement". Imaz Press publie les conclusions de cette Ă©tude sur le logement, fruit d'un partenariat entre l'Observatoire des prix, des marges et des revenus de La RĂ©union (OPMR) et l'Insee.

A La RĂ©union, les mĂ©nages pauvres sont beaucoup plus souvent propriĂ©taires de leur logement, sans remboursement d’emprunt (40 % contre 25 % en mĂ©tropole), ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© une fois sur deux d’un hĂ©ritage. De plus, ces propriĂ©taires pauvres dĂ©pensent deux fois moins pour leur logement que leurs homologues de mĂ©tropole (90 euros contre 180 euros par UC). Ils ont en effet des ressources trop limitĂ©es pour pouvoir entretenir leur logement, qui est souvent petit, dĂ©gradĂ© et en situation de surpeuplement. 

 

Des propriétaires pauvres qui vivent dans des logements dégradés, petits et surpeuplés

Les RĂ©unionnais modestes achĂštent des logements nettement plus petits, donc moins chers, alors mĂȘme que les familles sont de plus grande taille. Par exemple, les propriĂ©taires sans prĂȘt immobilier vivent dans 29 m2 par personne contre 52 m2 en mĂ©tropole. Ils sont 18 % Ă  ĂȘtre en situation de surpeuplement, contre 5 % en mĂ©tropole. De surcroĂźt, les propriĂ©taires non accĂ©dants vivent plus souvent Ă  La RĂ©union dans des logements dĂ©gradĂ©s. La moitiĂ© d’entre eux occupent des logements comportant des signes d’humiditĂ© apparents sur les murs, contre un sur cinq en mĂ©tropole. Un mĂ©nage sur cinq est Ă©galement confrontĂ© Ă  des problĂšmes d’infiltration d’eau ou d’inondation liĂ©s Ă  l’étanchĂ©itĂ© des murs extĂ©rieurs. Par ailleurs, ils sont plus souvent soumis Ă  un vis-Ă -vis proche, Ă  moins de 10 mĂštres (22 % contre 11 % en mĂ©tropole).

Ils dĂ©pensent deux fois moins pour leur logement que leurs homologues de mĂ©tropole mais disposent d’un reste Ă  vivre plus faible, ayant moins de ressources (540 euros contre 600 euros par UC en mĂ©tropole).

Les autres propriĂ©taires pauvres, accĂ©dants Ă  leur logement et qui doivent rembourser un prĂȘt, reprĂ©sentent seulement 7 % des mĂ©nages pauvres. Ils sont souvent aidĂ©s pour accĂ©der Ă  la propriĂ©tĂ©: sept fois sur dix, ils ont acquis un logement trĂšs social (LTS) ou un logement Ă©volutif social (LES).

Une fois les aides au logement dĂ©duites des dĂ©penses, les propriĂ©taires accĂ©dants rĂ©unionnais dĂ©pensent en moyenne 180 euros par mois par UC, soit 270 euros de moins qu’en mĂ©tropole. Du fait du recours accru Ă  l’accession sociale, cet Ă©cart s’explique avan tout par un montant de remboursement de prĂȘt quasiment deux fois plus faible Ă  La RĂ©union: 180 euros par mois par UC en moyenne, contre 330 euros en mĂ©tropole. Par ailleurs, les propriĂ©taires accĂ©dants rĂ©unionnais ont des ressources financiĂšres plus faibles qu’en mĂ©tropole. Par consĂ©quent, ils perçoivent des aides au logement plus Ă©levĂ©es, avec 80 euros par mois par UC contre 30 euros en mĂ©tropole. Ces aides couvrent ainsi 32 % de leurs dĂ©penses de logement contre seulement 5 % pour les propriĂ©taires accĂ©dants modestes de mĂ©tropole.

Avec un tel Ă©cart de dĂ©penses en logement et malgrĂ© des ressources financiĂšres infĂ©rieures, ils disposent d’un reste Ă  vivre plus Ă©levĂ© que les mĂ©nages correspondants de mĂ©tropole (410 euros par mois par UC contre 280 euros par mois) Toutefois, les conditions de logement des propriĂ©taires pauvres accĂ©dants sont moins favorables que ceux de France mĂ©tropolitaine Comme les propriĂ©taires non accĂ©dants, ils disposent d’un espace plus rĂ©duit, avec 24 m2 par personne contre 32 m2 en mĂ©tropole. Ils vivent Ă©galement prĂšs de deux fois plus souvent dans un logement surpeuplĂ© (27 % contre 15 % en mĂ©tropole). Les logements sont en outre en moins bon Ă©tat : 34 % d’entre eux sont affectĂ©s par des problĂšmes d’infiltration ou d’inondation, contre 23 % en mĂ©tropole. 

 

Les locataires du parc social sont souvent Ă  l’étroit dans leur logement 

MalgrĂ© une situation sociale plus prĂ©caire Ă  La RĂ©union qu’en mĂ©tropole, les mĂ©nages rĂ©unionnais pauvres sont moins souvent locataires d’un logement social: 25 % contre 31 % en mĂ©tropole. Au regard de leurs faibles revenus, ces familles modestes sont pourtant toutes Ă©ligibles Ă  un logement locatif trĂšs social. Cependant, si le parc social est plus prĂ©sent qu’en mĂ©tropole (19 % des logements contre 14 %), il ne suffit pas Ă  loger tous les mĂ©nages Ă©ligibles. 

Les mĂ©nages dans le parc social dĂ©pensent 290 euros par mois en moyenne par UC, soit 40 euros de moins qu’en mĂ©tropole. Cette diffĂ©rence provient uniquement des charges d’énergie, plus faibles Ă  La RĂ©union, essentiellement celles de chauffage (encadrĂ©). En effet, le loyer versĂ© est identique (210 euros par mois par UC). 

Toutefois, ils touchent 160 euros par mois par UC en moyenne d’allocations logement, soit un montant supĂ©rieur de 30 euros Ă  la mĂ©tropole. Ces aides couvrent les trois quarts des dĂ©penses de loyer des locataires du parc social. Par consĂ©quent, aprĂšs dĂ©duction des allocations, leur loyer net moyen est de 50 euros par mois par UC. Il leur reste alors 430 euros par mois en moyenne par UC pour vivre, soit un montant quasi similaire Ă  celui des locataires aux revenus modestes du parc social en mĂ©tropole.

Toutefois, ils vivent davantage que les autres mĂ©nages pauvres de l’üle et que ceux de mĂ©tropole dans des logements Ă  l’espace restreint. Ils disposent ainsi de 21 m2 par habitant contre 26 m2 en mĂ©tropole. Quatre mĂ©nages pauvres sur dix locataires du parc social sont en situation de surpeuplement, contre trois sur dix en mĂ©tropole. Par ailleurs, 34 % des locataires pauvres rĂ©unionnais ont eu des problĂšmes d’infiltration au cours de l’annĂ©e contre 23 % en mĂ©tropole. 

 

Un reste à vivre réduit pour les locataires du secteur libre

Enfin, 20 % des mĂ©nages pauvres sont locataires dans le secteur libre, soit 26 000 foyers. Ce sont ceux qui dĂ©pensent le plus pour leur logement: en moyenne 220 euros par mois par UC, aprĂšs dĂ©duction des aides au logement. C’est 90 euros de plus que les locataires modestes du parc social. Leur situation financiĂšre les rend tous Ă©ligibles Ă  un logement social. Ils ont le mĂȘme niveau de ressources que les locataires du parc social et ils perçoivent un montant quasi Ă©quivalent d’allocations logement (150 euros par mois en moyenne par UC). De fait, leur reste Ă  vivre, de 320 euros par mois et par UC, est infĂ©rieur de 110 euros Ă  celui des mĂ©nages pauvres rĂ©sidant dans le parc locatif social. En effet, les allocations logement couvrent une part moins Ă©levĂ©e de leurs dĂ©penses de logement (41 % contre 56 %).

Plus de 6 000 Réunionnais ne disposent que de 150 euros par mois pour vivre

La situation est particuliĂšrement prĂ©occupante pour les 6 300 RĂ©unionnais modestes locataires du secteur libre et vivant seuls. Ils disposent seulement de 150 euros par mois pour vivre, soit 5 euros par jour, une fois qu’ils se sont acquittĂ©s de leurs dĂ©penses de logement. 

Par rapport aux personnes seules rĂ©sidant dans le parc social, leurs dĂ©penses de logement sont deux fois plus Ă©levĂ©es: elles s’élĂšvent Ă  320 euros par mois en moyenne, soit la moitiĂ© de leurs revenus. De plus, les personnes seules perçoivent moins d’allocations d’aide au logement que dans le parc social (160 euros par mois contre 210 euros par mois).

Comme pour les locataires du parc social, les conditions de logement des mĂ©nages pauvres qui habitent dans le secteur libre sont un peu moins favorables Ă  La RĂ©union qu’en mĂ©tropole : en particulier, ils sont plus souvent en situation de surpeuplement (34 % contre 28 %) et sont plus nombreux Ă  avoir Ă©tĂ© confrontĂ©s Ă  des problĂšmes d’infiltration d’eau dans l’annĂ©e (32 % contre 23 %).

Les familles monoparentales sont particuliĂšrement concernĂ©es: sept sur dix vivent sous le seuil de pauvretĂ©. L’absence d’emploi constitue la premiĂšre cause de pauvretĂ©. Pour les familles monoparentales, dans deux cas sur trois, le parent n’a pas d’emploi. À La RĂ©union, ces mĂ©nages modestes disposent de ressources plus faibles qu’en mĂ©tropole (670 euros par mois et par UC en moyenne, contre 740 euros). AprĂšs avoir payĂ© leurs dĂ©penses de logement, les mĂ©nages pauvres disposent d’un reste Ă  vivre moyen un peu plus Ă©levĂ© qu’en mĂ©tropole : 460 euros par mois et par UC, contre 410 euros. Cependant, leur premier poste de dĂ©penses est l’alimentation, dont les prix sont supĂ©rieurs de 28 % en moyenne Ă  La RĂ©union. 

 

Méthodologie

Un mĂ©nage est considĂ©rĂ© comme pauvre lorsqu'il vit avec un revenu infĂ©rieur au seuil national de pauvretĂ©, soit en 2013, moins de 1 000 euros par mois et par unitĂ© de consommation (UC).  Pour l'Insee, l'unitĂ© de consommation (UC) est un systĂšme de pondĂ©ration attribuant un coefficient Ă  chaque membre du mĂ©nage et permettant de comparer les revenus et les dĂ©penses de mĂ©nages de tailles ou de compositions diffĂ©rentes. Les mĂ©nages rĂ©unionnais sont de plus grande taille qu’en mĂ©tropole et les familles monoparentales plus frĂ©quentes, notamment parmi les mĂ©nages modestes. Avec cette pondĂ©ration, le nombre de personnes est ramenĂ© Ă  un nombre d’unitĂ©s de consommation. Pour comparer les revenus des mĂ©nages, on ne peut s’en tenir au nombre de personnes qui le constituent. En effet, les besoins d’un mĂ©nage ne s’accroissent pas en stricte proportion de sa taille. Lorsque plusieurs personnes vivent ensemble, il n’est pas nĂ©cessaire de multiplier tous les biens de consommation (en particulier, les biens de consommation durables) par le nombre de personnes. Aussi, pour comparer les revenus de mĂ©nages de taille ou de composition diffĂ©rente, on utilise une mesure du revenu corrigĂ© par unitĂ© de consommation Ă  l’aide d’une Ă©chelle d’équivalence. L’échelle actuellement la plus utilisĂ©e (dite de l’OCDE) retient la pondĂ©ration suivante : 1 UC pour le premier adulte du mĂ©nage ; 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus ; 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.

Le caractĂšre surpeuplĂ© d’un logement fait intervenir le nombre de piĂšces, en considĂ©rant que sont nĂ©cessaires une piĂšce de sĂ©jour pour le mĂ©nage ; une piĂšce pour chaque couple ; une piĂšce pour les cĂ©libataires de 19 ans et plus ; et, pour les cĂ©libataires de moins de 19 ans : une piĂšce pour deux enfants s’ils sont de mĂȘme sexe ou s’ils ont moins de sept ans ; sinon, une piĂšce par enfant. De plus, la surface est prise en compte, ce qui constitue un enrichissement par rapport Ă  d’autres indicateurs publiĂ©s par l’Insee. Pour ne pas ĂȘtre surpeuplĂ©, un logement doit Ă©galement offrir au minimum : 25 m2 pour une personne seule vivant dans un logement d’une piĂšce ; 18 m2 par personne pour les autres mĂ©nages.

 

ch/www.ipreunion.com

 

 

 

 

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