À La Réunion, quatre ménages sur dix sont pauvres, soit trois fois plus qu'en France métropolitaine, et ces foyers pauvres sont plus pauvres qu'en France métropolitaine. Du coup, ils dépensent en moyenne 210 euros par mois et par unité de consommation (UC) pour leur logement, soit 120 euros de moins que ceux de métropole. La raison : ils ont souvent "des ressources trop limitées pour pouvoir entretenir leur logement, qui est souvent petit, dégradé et en situation de surpeuplement". Imaz Press publie les conclusions de cette étude sur le logement, fruit d'un partenariat entre l'Observatoire des prix, des marges et des revenus de La Réunion (OPMR) et l'Insee.
A La RĂ©union, les mĂ©nages pauvres sont beaucoup plus souvent propriĂ©taires de leur logement, sans remboursement d’emprunt (40 % contre 25 % en mĂ©tropole), ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© une fois sur deux d’un hĂ©ritage. De plus, ces propriĂ©taires pauvres dĂ©pensent deux fois moins pour leur logement que leurs homologues de mĂ©tropole (90 euros contre 180 euros par UC). Ils ont en effet des ressources trop limitĂ©es pour pouvoir entretenir leur logement, qui est souvent petit, dĂ©gradĂ© et en situation de surpeuplement.Â

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Des propriétaires pauvres qui vivent dans des logements dégradés, petits et surpeuplés
Les Réunionnais modestes achètent des logements nettement plus petits, donc moins chers, alors même que les familles sont de plus grande taille. Par exemple, les propriétaires sans prêt immobilier vivent dans 29 m2 par personne contre 52 m2 en métropole. Ils sont 18 % à être en situation de surpeuplement, contre 5 % en métropole. De surcroît, les propriétaires non accédants vivent plus souvent à La Réunion dans des logements dégradés. La moitié d’entre eux occupent des logements comportant des signes d’humidité apparents sur les murs, contre un sur cinq en métropole. Un ménage sur cinq est également confronté à des problèmes d’infiltration d’eau ou d’inondation liés à l’étanchéité des murs extérieurs. Par ailleurs, ils sont plus souvent soumis à un vis-à -vis proche, à moins de 10 mètres (22 % contre 11 % en métropole).

Ils dépensent deux fois moins pour leur logement que leurs homologues de métropole mais disposent d’un reste à vivre plus faible, ayant moins de ressources (540 euros contre 600 euros par UC en métropole).
Les autres propriétaires pauvres, accédants à leur logement et qui doivent rembourser un prêt, représentent seulement 7 % des ménages pauvres. Ils sont souvent aidés pour accéder à la propriété: sept fois sur dix, ils ont acquis un logement très social (LTS) ou un logement évolutif social (LES).
Une fois les aides au logement déduites des dépenses, les propriétaires accédants réunionnais dépensent en moyenne 180 euros par mois par UC, soit 270 euros de moins qu’en métropole. Du fait du recours accru à l’accession sociale, cet écart s’explique avan tout par un montant de remboursement de prêt quasiment deux fois plus faible à La Réunion: 180 euros par mois par UC en moyenne, contre 330 euros en métropole. Par ailleurs, les propriétaires accédants réunionnais ont des ressources financières plus faibles qu’en métropole. Par conséquent, ils perçoivent des aides au logement plus élevées, avec 80 euros par mois par UC contre 30 euros en métropole. Ces aides couvrent ainsi 32 % de leurs dépenses de logement contre seulement 5 % pour les propriétaires accédants modestes de métropole.
Avec un tel Ă©cart de dĂ©penses en logement et malgrĂ© des ressources financières infĂ©rieures, ils disposent d’un reste Ă vivre plus Ă©levĂ© que les mĂ©nages correspondants de mĂ©tropole (410 euros par mois par UC contre 280 euros par mois) Toutefois, les conditions de logement des propriĂ©taires pauvres accĂ©dants sont moins favorables que ceux de France mĂ©tropolitaine Comme les propriĂ©taires non accĂ©dants, ils disposent d’un espace plus rĂ©duit, avec 24 m2 par personne contre 32 m2 en mĂ©tropole. Ils vivent Ă©galement près de deux fois plus souvent dans un logement surpeuplĂ© (27 % contre 15 % en mĂ©tropole). Les logements sont en outre en moins bon Ă©tat : 34 % d’entre eux sont affectĂ©s par des problèmes d’infiltration ou d’inondation, contre 23 % en mĂ©tropole.Â

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Les locataires du parc social sont souvent Ă l’étroit dans leur logementÂ
MalgrĂ© une situation sociale plus prĂ©caire Ă La RĂ©union qu’en mĂ©tropole, les mĂ©nages rĂ©unionnais pauvres sont moins souvent locataires d’un logement social: 25 % contre 31 % en mĂ©tropole. Au regard de leurs faibles revenus, ces familles modestes sont pourtant toutes Ă©ligibles Ă un logement locatif très social. Cependant, si le parc social est plus prĂ©sent qu’en mĂ©tropole (19 % des logements contre 14 %), il ne suffit pas Ă loger tous les mĂ©nages Ă©ligibles.Â
Les mĂ©nages dans le parc social dĂ©pensent 290 euros par mois en moyenne par UC, soit 40 euros de moins qu’en mĂ©tropole. Cette diffĂ©rence provient uniquement des charges d’énergie, plus faibles Ă La RĂ©union, essentiellement celles de chauffage (encadrĂ©). En effet, le loyer versĂ© est identique (210 euros par mois par UC).Â
Toutefois, ils touchent 160 euros par mois par UC en moyenne d’allocations logement, soit un montant supérieur de 30 euros à la métropole. Ces aides couvrent les trois quarts des dépenses de loyer des locataires du parc social. Par conséquent, après déduction des allocations, leur loyer net moyen est de 50 euros par mois par UC. Il leur reste alors 430 euros par mois en moyenne par UC pour vivre, soit un montant quasi similaire à celui des locataires aux revenus modestes du parc social en métropole.
Toutefois, ils vivent davantage que les autres mĂ©nages pauvres de l’île et que ceux de mĂ©tropole dans des logements Ă l’espace restreint. Ils disposent ainsi de 21 m2 par habitant contre 26 m2 en mĂ©tropole. Quatre mĂ©nages pauvres sur dix locataires du parc social sont en situation de surpeuplement, contre trois sur dix en mĂ©tropole. Par ailleurs, 34 % des locataires pauvres rĂ©unionnais ont eu des problèmes d’infiltration au cours de l’annĂ©e contre 23 % en mĂ©tropole.Â
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Un reste à vivre réduit pour les locataires du secteur libre
Enfin, 20 % des ménages pauvres sont locataires dans le secteur libre, soit 26 000 foyers. Ce sont ceux qui dépensent le plus pour leur logement: en moyenne 220 euros par mois par UC, après déduction des aides au logement. C’est 90 euros de plus que les locataires modestes du parc social. Leur situation financière les rend tous éligibles à un logement social. Ils ont le même niveau de ressources que les locataires du parc social et ils perçoivent un montant quasi équivalent d’allocations logement (150 euros par mois en moyenne par UC). De fait, leur reste à vivre, de 320 euros par mois et par UC, est inférieur de 110 euros à celui des ménages pauvres résidant dans le parc locatif social. En effet, les allocations logement couvrent une part moins élevée de leurs dépenses de logement (41 % contre 56 %).

Plus de 6 000 Réunionnais ne disposent que de 150 euros par mois pour vivre
La situation est particulièrement prĂ©occupante pour les 6 300 RĂ©unionnais modestes locataires du secteur libre et vivant seuls. Ils disposent seulement de 150 euros par mois pour vivre, soit 5 euros par jour, une fois qu’ils se sont acquittĂ©s de leurs dĂ©penses de logement.Â
Par rapport aux personnes seules résidant dans le parc social, leurs dépenses de logement sont deux fois plus élevées: elles s’élèvent à 320 euros par mois en moyenne, soit la moitié de leurs revenus. De plus, les personnes seules perçoivent moins d’allocations d’aide au logement que dans le parc social (160 euros par mois contre 210 euros par mois).
Comme pour les locataires du parc social, les conditions de logement des ménages pauvres qui habitent dans le secteur libre sont un peu moins favorables à La Réunion qu’en métropole : en particulier, ils sont plus souvent en situation de surpeuplement (34 % contre 28 %) et sont plus nombreux à avoir été confrontés à des problèmes d’infiltration d’eau dans l’année (32 % contre 23 %).
Les familles monoparentales sont particulièrement concernĂ©es: sept sur dix vivent sous le seuil de pauvretĂ©. L’absence d’emploi constitue la première cause de pauvretĂ©. Pour les familles monoparentales, dans deux cas sur trois, le parent n’a pas d’emploi. Ă€ La RĂ©union, ces mĂ©nages modestes disposent de ressources plus faibles qu’en mĂ©tropole (670 euros par mois et par UC en moyenne, contre 740 euros). Après avoir payĂ© leurs dĂ©penses de logement, les mĂ©nages pauvres disposent d’un reste Ă vivre moyen un peu plus Ă©levĂ© qu’en mĂ©tropole : 460 euros par mois et par UC, contre 410 euros. Cependant, leur premier poste de dĂ©penses est l’alimentation, dont les prix sont supĂ©rieurs de 28 % en moyenne Ă La RĂ©union.Â
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Méthodologie
Un ménage est considéré comme pauvre lorsqu'il vit avec un revenu inférieur au seuil national de pauvreté, soit en 2013, moins de 1 000 euros par mois et par unité de consommation (UC).  Pour l'Insee, l'unité de consommation (UC) est un système de pondération attribuant un coefficient à chaque membre du ménage et permettant de comparer les revenus et les dépenses de ménages de tailles ou de compositions différentes. Les ménages réunionnais sont de plus grande taille qu’en métropole et les familles monoparentales plus fréquentes, notamment parmi les ménages modestes. Avec cette pondération, le nombre de personnes est ramené à un nombre d’unités de consommation. Pour comparer les revenus des ménages, on ne peut s’en tenir au nombre de personnes qui le constituent. En effet, les besoins d’un ménage ne s’accroissent pas en stricte proportion de sa taille. Lorsque plusieurs personnes vivent ensemble, il n’est pas nécessaire de multiplier tous les biens de consommation (en particulier, les biens de consommation durables) par le nombre de personnes. Aussi, pour comparer les revenus de ménages de taille ou de composition différente, on utilise une mesure du revenu corrigé par unité de consommation à l’aide d’une échelle d’équivalence. L’échelle actuellement la plus utilisée (dite de l’OCDE) retient la pondération suivante : 1 UC pour le premier adulte du ménage ; 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans ou plus ; 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans.
Le caractère surpeuplé d’un logement fait intervenir le nombre de pièces, en considérant que sont nécessaires une pièce de séjour pour le ménage ; une pièce pour chaque couple ; une pièce pour les célibataires de 19 ans et plus ; et, pour les célibataires de moins de 19 ans : une pièce pour deux enfants s’ils sont de même sexe ou s’ils ont moins de sept ans ; sinon, une pièce par enfant. De plus, la surface est prise en compte, ce qui constitue un enrichissement par rapport à d’autres indicateurs publiés par l’Insee. Pour ne pas être surpeuplé, un logement doit également offrir au minimum : 25 m2 pour une personne seule vivant dans un logement d’une pièce ; 18 m2 par personne pour les autres ménages.
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ch/www.ipreunion.com
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