8 000 personnes atteintes à La Réunion

Accompagnement de l'autisme : peut mieux faire

  • PubliĂ© le 2 avril 2019 Ă  02:59
  • ActualisĂ© le 2 avril 2019 Ă  07:52
enfants

On comptabiliserait environ 8 000 personnes autistes à La Réunion, si l'on s'en tient aux estimations des scientifiques du monde entier affirmant que 1% de la population mondiale ferait parti du spectre autistique. Un chiffre considérable, qui est toutefois probablement bien inférieur à la réalité.

Si les troubles du spectre de l’autisme (TSA) font l’objet de plus en plus d’études aujourd’hui, cela a Ă©tĂ© un processus long avant que les mĂ©decins n’en reconnaissent l’existence. Pouvant se manifester de diverses façons, avec des formes lĂ©gĂšres ou trĂšs sĂ©vĂšres, l’autisme reste encore aujourd’hui assez mal compris.

Et si le diagnostic chez les enfants se fait de plus en plus tĂŽt, il existe une rĂ©elle sous-Ă©valuation du nombre d’adultes faisant partie du spectre. "Nous recevons rĂ©guliĂšrement des personnes de 40, 50 ans qui ont Ă  peine Ă©tĂ© diagnostiquĂ©es" explique ValĂ©rie Robiliard, directrice adjointe du Centre de Ressources InterrĂ©gional pour l'Autisme RĂ©union/Mayotte (CRIA). "Les places en centre mĂ©dico-sociaux pour les adultes sont extrĂȘmement limitĂ©es" constate-t-elle.

Tellement limitĂ©es que certains adultes sont hospitalisĂ©s dans des structures pour enfants et adolescents, en respect de l’amendement "Creton" qui s’assure que personne ne soit expulsĂ© d’un centre pour enfant s’il ne devait pas trouver de place dans un centre pour adultes. "C’est un amendement noble, mais qui embolise le systĂšme" continue ValĂ©rie Robiliard. "Certains enfants sont d’ailleurs dĂ©scolarisĂ©s, par manque de place en centre mĂ©dico-social et par manque d’accompagnateurs" prĂ©cise par ailleurs Nathalie Faucher, prĂ©sidente de l’association Autisme RĂ©union.

Des efforts, mais pas assez

"On peut tout de mĂȘme saluer les efforts du gouvernement français Ă  endiguer l’isolement dont ont Ă©tĂ© victimes les personnes autistes" souligne Nathalie Faucher. Entre 2013 et 2017, ce sont 10 millions d’euros qui avaient Ă©tĂ© investis Ă  La RĂ©union et Ă  Mayotte pour amĂ©liorer l’accompagnement de personnes porteuses de TSA. Une quarantaine de places devraient d’ailleurs ĂȘtre créées en centre mĂ©dico-social grĂące Ă  ce plan sous peu. Une troisiĂšme unitĂ© maternelle devrait aussi voir le jour.

"400 millions d’euros ont Ă©tĂ© dĂ©bloquĂ©s pour le quatriĂšme plan autisme 2018-2022, mais nous ignorons les sommes exactes qui seront allouĂ©es Ă  notre Ăźle pour l’instant" continue-t-elle. Une centaine de mesures sont listĂ©es dans ce plan, qui se base sur cinq grands principes : "remettre la science au cƓur de la politique publique de l’autisme en dotant la France d’une recherche d’excellence, intervenir prĂ©cocement auprĂšs des enfants, rattraper le retard en matiĂšre de scolarisation, soutenir la pleine citoyennetĂ© des adultes et soutenir les familles et reconnaĂźtre leur expertise".

"Ce sont de belles promesses, mais nous savons qu’elles ne pourront pas toutes ĂȘtre tenues" regrette la prĂ©sidente de Autisme RĂ©union. "La France s’est penchĂ©e sur la question de l’autisme bien plus tard que ses voisins" explique ValĂ©rie Robiliard. "Cela fait seulement une quinzaine d’annĂ©es que le gouvernement fait de rĂ©els efforts pour rattraper son retard ". Un retard qu’il rattrape tout de mĂȘme petit Ă  petit, mais qui a donc encore de nombreuses failles" dit-elle encore.

Un manque de formation

Enfin, si les mĂ©decins sont de mieux en mieux sensibilisĂ©s Ă  la question, et que les temps de diagnostic sont aujourd’hui moins longs, ils restent de nombreuses lacunes Ă  combler. "C’est toute la sociĂ©tĂ© qui doit ĂȘtre sensibilisĂ©e, en prioritĂ© l’Éducation nationale, pas seulement les spĂ©cialistes" s’accordent les deux femmes. Aujourd’hui, seulement un tiers des enfants autistes sont scolarisĂ©s en maternelle deux jours ou moins. A l’entrĂ©e au collĂšge, on comptabilise une baisse de 13% de la scolarisation des enfants autistes.

"Et puis ce sont aussi les dentistes, les coiffeurs, toutes ces personnes que nous devons tous consulter qui ne sont pas adaptĂ©es aux diffĂ©rences sensorielles que l’on retrouve chez les personnes autistes" conclut ValĂ©rie FauchĂ©. Le chantier est donc encore long avant que les personnes porteuses de TSA ne puissent trouver une sociĂ©tĂ© qui s’est adaptĂ©e Ă  leurs difficultĂ©s, mais on peut tout de mĂȘme dire que nous sommes sur le bon chemin.

as/www.ipreunion.com

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