Des dons, un carrom, des sourires (actualisé)

Au coeur de Saint-Denis, un lieu de vie pour les demandeurs d'asile sri-lankais

  • PubliĂ© le 29 avril 2019 Ă  09:37
  • ActualisĂ© le 29 avril 2019 Ă  14:06
L'aide s'organise autour des demandeurs d'asile

En treize mois, six bateaux de migrants sri-lankais sont arrivĂ©s Ă  La RĂ©union. Loin des critiques, des insultes et des piques racistes qui fleurissent sur les rĂ©seaux sociaux, Ă  la radio, et mĂȘme dans la rue, des militants s'organisent. Parmi eux, Fabrice, fondateur d'Ansamb OI. Depuis plusieurs mois, il donne tout son temps et toute son Ă©nergie pour leur venir en aide. Dans un local Ă  Saint-Denis, il accueille les demandeurs d'asile et rĂ©colte vĂȘtement, nourriture, produit de premiĂšre nĂ©cessitĂ©... Imaz Press est allĂ© Ă  sa rencontre. (Photo : RB/Imaz Press RĂ©union)

"Au dĂ©but, en dĂ©cembre, mes amis ne comprenaient pas ce que je faisais. Ils me disaient : "Fabrice, tu es fou, dans quoi t’es-tu lancé ? Tu ne sais pas qui sont ces gens, ce sont peut-ĂȘtre des voleurs, des tueurs." Je leur ai dis tout simplement de venir les rencontrer. Une quinzaine est venue, aujourd’hui ces personnes sont dans l’association. Quand tu vois les familles, les enfants, dans tristesse
 tu ne peux pas les haĂŻr
" raconte Fabrice qui nous accueille les bras ouverts dans ce local, en plein centre de Saint-Denis.

"Tout ce qui n’est pas donnĂ© est perdu," semble ĂȘtre le credo d’Ansamb OI. Ici, Fabrice reçoit tous les dons apportĂ©s par des particuliers pour les demandeurs d’asile Sri-Lankais. "S’il fait chaud, c’est parce que la clim’ est cassĂ©e, il faut qu’on la rĂ©pare," indique le maĂźtre des lieux, dont le tĂ©lĂ©phone n’arrĂȘte pas de sonner. "Nous avons les chaussures, il y en a beaucoup, en diffĂ©rentes tailles. LĂ  ce sont les vĂȘtements homme et enfant, les femmes sont Ă  part dans une autre piĂšce. Nous avons aussi des jouets
" montre Fabrice, enthousiaste.

Les lieux sont encore vides mais Fabrice compte bien continuer de le meubler. Il recherche des tables et des bancs pour le rendre encore plus vivant. Pour le moment, les meubles se résument à cinq ou six chaises, un frigo, un bureau et des carrom
 Les fameux.

Ces ancĂȘtres du billard, "numĂ©ro un au Sri-Lanka" semblent retenir toute l’attention de la dizaine de Sri-Lankais prĂ©sents aujourd’hui. On joue, on rit, on jure, on se concentre
 MĂȘme les enfants sont aspirĂ©s par les pions noir et blanc
 Et entre deux coups de tĂ©lĂ©phone Fabrice les rejoint Ă  la table de jeu. "C’est lui qui gagne, tout le temps, c’est lui le boss ici," s’exclame en riant Diham* qui vient tout juste de perdre.

Un lieu de vie

Ce local n’est donc pas qu’un simple lieu de stockage. C’est un endroit de vie, tout simplement. "Ici c’est un lieu de rencontre, on ne se connaĂźt pas tous puisque nous ne sommes pas hĂ©bergĂ©s au mĂȘme endroit. Cet endroit nous permet d’ĂȘtre ensemble, d’ĂȘtre unis," raconte Diham, toujours aussi souriant.

Certains Sri-Lankais sont Ă  La RĂ©union depuis dĂ©cembre, d’autres sont arrivĂ©s il y a seulement deux semaines, mais si Fabrice ne connaĂźt pas tous les noms, il reconnaĂźt les visages. Chaque nouveau venu dans le local est saluĂ©, et il y a toujours du monde. "Ils viennent pour rĂ©cupĂ©rer des vĂȘtements, des chaussures, des produits d’hygiĂšne
 Des personnes viennent aussi donner des cours aux enfants," explique le militant.

Une organisation bien rodée

AprĂšs le jeu, le travail et l’organisation. Pour organiser l’aide, l’association a dĂ» mettre en place plusieurs outils via les rĂ©seaux sociaux. Devant deux Ă©crans d’ordinateur, Fabrice jongle avec les diffĂ©rents groupes de discussion sur la messagerie What’s App. "Aide pour l’hĂ©bergement," "Don," "repas", tout est listé  Et les messages n’arrĂȘtent pas d’arriver.

"Nous activons ces outils dĂšs que nous en avons besoin. Tout est fluide," indique Fabrice. L’homme est bien rodĂ© Ă  l’exercice, il a 22 ans de militantisme derriĂšre lui


AprĂšs un coup de tĂ©lĂ©phone, il part retrouver Elise, une donatrice venue apporter deux sacs de vĂȘtements. Deux Sri-Lankais l’attendent devant le local, avant d’aller lui prĂȘter main forte. Depuis dĂ©cembre, elle vient de temps en temps apporter des vĂȘtements, des chaussures, de la vaisselle. Elle rĂ©cupĂšre des choses Ă  droite et Ă  gauche, chez les voisins et les copains. Elle remplit des sacs et blinde sa voiture. Une fois, elle a mĂȘme dĂ©posĂ© des dĂ©guisements d’enfants


"Il me semble Ă©vident de partager les affaires, nous ne sommes pas obligĂ©s de tout avoir alors que des gens n’ont rien. Autant filer un coup de main quand on peut et avec les moyens qu’on a," explique-t-elle. Samedi dernier, Elise avait dĂ©jĂ  apportĂ© une trentaine de sacs de vĂȘtements.

"Aider les Sri-Lankais n’empĂȘche pas d’aider les autres"

Fabrice lui fait faire un tour des lieux, ils discutent de choses et d’autres, des personnes qui sont encore confinĂ©es en zone d’attente dans le gymnase de Sainte-Marie, des dĂ©marches de ceux qui sont sortis, et des critiques
 Des mots parfois durs qu’on entend un peu partout depuis les arrivĂ©es successives des bateaux, comme "pourquoi les aider eux et pas nos SDF ?". "Je peux comprendre
 Oui et non
 Ces personnes qui se plaignent, aident-elles les sans abris ? Quand je croise un SDF, je vais lui acheter Ă  manger, c’est normal. Aider les Sri-Lankais n’empĂȘche pas d’aider les autres," souffle Elise. "Les RĂ©unionnais ont peur," conclut simplement Fabrice.

Une cagnotte en ligne

Pour aller plus loin, Ansamb OI a besoin de don et de bĂ©nĂ©voles. De nombreuses initiatives se lancent comme la mise en place d’une cagnotte en ligne sur Leetchi ou d'un doodle pour organiser les permanences au local. L'association invite Ă©galement les familles Ă  venir rencontrer et Ă©changer avec les demandeurs d'asile sri-lankais, "un petit geste qui peut changer le cours des choses," Ă©nonce Fabrice. "Il me reste encore de la vaisselle Ă  t’apporter," lui lance Elise avant de s’en aller.

* Le nom a été modifié

Pour soutenir l'association, vous pouvez faire un don en cliquant sur CE LIEN

nt/www.ipreunion.com

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1 Commentaires
jeff
jeff
7 ans

comment entrer en contact avec cette association, afin de contribuer ?
(Réponse du Webmaster : Bonjour Jeff et merci pour ce commentaire. Vous pouvez notamment vous rendre sur la page Facebook d'Ansamb OI et rentrer en contact avec l'association par message ; ou vous pouvez faire un don sur Leetchi sur ce lien : https://www.leetchi.com/fr/c/lWKKV4Vl )