En treize mois, six bateaux de migrants sri-lankais sont arrivĂ©s Ă La RĂ©union. Loin des critiques, des insultes et des piques racistes qui fleurissent sur les rĂ©seaux sociaux, Ă la radio, et mĂȘme dans la rue, des militants s'organisent. Parmi eux, Fabrice, fondateur d'Ansamb OI. Depuis plusieurs mois, il donne tout son temps et toute son Ă©nergie pour leur venir en aide. Dans un local Ă Saint-Denis, il accueille les demandeurs d'asile et rĂ©colte vĂȘtement, nourriture, produit de premiĂšre nĂ©cessitĂ©... Imaz Press est allĂ© Ă sa rencontre. (Photo : RB/Imaz Press RĂ©union)
"Au dĂ©but, en dĂ©cembre, mes amis ne comprenaient pas ce que je faisais. Ils me disaient : "Fabrice, tu es fou, dans quoi tâes-tu lancé ? Tu ne sais pas qui sont ces gens, ce sont peut-ĂȘtre des voleurs, des tueurs." Je leur ai dis tout simplement de venir les rencontrer. Une quinzaine est venue, aujourdâhui ces personnes sont dans lâassociation. Quand tu vois les familles, les enfants, dans tristesse⊠tu ne peux pas les haĂŻrâŠ" raconte Fabrice qui nous accueille les bras ouverts dans ce local, en plein centre de Saint-Denis.
Un lieu de vie pour les demandeurs dâasile #srilankais au cĆur de Saint-Denis #LaReunion #migrants pic.twitter.com/cp0WdsLZQU
â Imaz Press RĂ©union (@ipreunion) 25 avril 2019
"Tout ce qui nâest pas donnĂ© est perdu," semble ĂȘtre le credo dâAnsamb OI. Ici, Fabrice reçoit tous les dons apportĂ©s par des particuliers pour les demandeurs dâasile Sri-Lankais. "Sâil fait chaud, câest parce que la climâ est cassĂ©e, il faut quâon la rĂ©pare," indique le maĂźtre des lieux, dont le tĂ©lĂ©phone nâarrĂȘte pas de sonner. "Nous avons les chaussures, il y en a beaucoup, en diffĂ©rentes tailles. LĂ ce sont les vĂȘtements homme et enfant, les femmes sont Ă part dans une autre piĂšce. Nous avons aussi des jouetsâŠ" montre Fabrice, enthousiaste.
Les lieux sont encore vides mais Fabrice compte bien continuer de le meubler. Il recherche des tables et des bancs pour le rendre encore plus vivant. Pour le moment, les meubles se résument à cinq ou six chaises, un frigo, un bureau et des carrom⊠Les fameux.
Ces ancĂȘtres du billard, "numĂ©ro un au Sri-Lanka" semblent retenir toute lâattention de la dizaine de Sri-Lankais prĂ©sents aujourdâhui. On joue, on rit, on jure, on se concentre⊠MĂȘme les enfants sont aspirĂ©s par les pions noir et blanc⊠Et entre deux coups de tĂ©lĂ©phone Fabrice les rejoint Ă la table de jeu. "Câest lui qui gagne, tout le temps, câest lui le boss ici," sâexclame en riant Diham* qui vient tout juste de perdre.
Un lieu de vie
Ce local nâest donc pas quâun simple lieu de stockage. Câest un endroit de vie, tout simplement. "Ici câest un lieu de rencontre, on ne se connaĂźt pas tous puisque nous ne sommes pas hĂ©bergĂ©s au mĂȘme endroit. Cet endroit nous permet dâĂȘtre ensemble, dâĂȘtre unis," raconte Diham, toujours aussi souriant.
Certains Sri-Lankais sont Ă La RĂ©union depuis dĂ©cembre, dâautres sont arrivĂ©s il y a seulement deux semaines, mais si Fabrice ne connaĂźt pas tous les noms, il reconnaĂźt les visages. Chaque nouveau venu dans le local est saluĂ©, et il y a toujours du monde. "Ils viennent pour rĂ©cupĂ©rer des vĂȘtements, des chaussures, des produits dâhygiĂšne⊠Des personnes viennent aussi donner des cours aux enfants," explique le militant.
Une organisation bien rodée
AprĂšs le jeu, le travail et lâorganisation. Pour organiser lâaide, lâassociation a dĂ» mettre en place plusieurs outils via les rĂ©seaux sociaux. Devant deux Ă©crans dâordinateur, Fabrice jongle avec les diffĂ©rents groupes de discussion sur la messagerie Whatâs App. "Aide pour lâhĂ©bergement," "Don," "repas", tout est listé⊠Et les messages nâarrĂȘtent pas dâarriver.
"Nous activons ces outils dĂšs que nous en avons besoin. Tout est fluide," indique Fabrice. Lâhomme est bien rodĂ© Ă lâexercice, il a 22 ans de militantisme derriĂšre luiâŠ
AprĂšs un coup de tĂ©lĂ©phone, il part retrouver Elise, une donatrice venue apporter deux sacs de vĂȘtements. Deux Sri-Lankais lâattendent devant le local, avant dâaller lui prĂȘter main forte. Depuis dĂ©cembre, elle vient de temps en temps apporter des vĂȘtements, des chaussures, de la vaisselle. Elle rĂ©cupĂšre des choses Ă droite et Ă gauche, chez les voisins et les copains. Elle remplit des sacs et blinde sa voiture. Une fois, elle a mĂȘme dĂ©posĂ© des dĂ©guisements dâenfantsâŠ
"Il me semble Ă©vident de partager les affaires, nous ne sommes pas obligĂ©s de tout avoir alors que des gens nâont rien. Autant filer un coup de main quand on peut et avec les moyens quâon a," explique-t-elle. Samedi dernier, Elise avait dĂ©jĂ apportĂ© une trentaine de sacs de vĂȘtements.
"Aider les Sri-Lankais nâempĂȘche pas dâaider les autres"
Fabrice lui fait faire un tour des lieux, ils discutent de choses et dâautres, des personnes qui sont encore confinĂ©es en zone dâattente dans le gymnase de Sainte-Marie, des dĂ©marches de ceux qui sont sortis, et des critiques⊠Des mots parfois durs quâon entend un peu partout depuis les arrivĂ©es successives des bateaux, comme "pourquoi les aider eux et pas nos SDF ?". "Je peux comprendre⊠Oui et non⊠Ces personnes qui se plaignent, aident-elles les sans abris ? Quand je croise un SDF, je vais lui acheter Ă manger, câest normal. Aider les Sri-Lankais nâempĂȘche pas dâaider les autres," souffle Elise. "Les RĂ©unionnais ont peur," conclut simplement Fabrice.
Une cagnotte en ligne
Pour aller plus loin, Ansamb OI a besoin de don et de bĂ©nĂ©voles. De nombreuses initiatives se lancent comme la mise en place dâune cagnotte en ligne sur Leetchi ou d'un doodle pour organiser les permanences au local. L'association invite Ă©galement les familles Ă venir rencontrer et Ă©changer avec les demandeurs d'asile sri-lankais, "un petit geste qui peut changer le cours des choses," Ă©nonce Fabrice. "Il me reste encore de la vaisselle Ă tâapporter," lui lance Elise avant de sâen aller.
* Le nom a été modifié
Pour soutenir l'association, vous pouvez faire un don en cliquant sur CE LIEN
nt/www.ipreunion.com







comment entrer en contact avec cette association, afin de contribuer ?
(Réponse du Webmaster : Bonjour Jeff et merci pour ce commentaire. Vous pouvez notamment vous rendre sur la page Facebook d'Ansamb OI et rentrer en contact avec l'association par message ; ou vous pouvez faire un don sur Leetchi sur ce lien : https://www.leetchi.com/fr/c/lWKKV4Vl )