Depuis trois ans, le Budget d’initiative citoyenne (BIC) porté par le Département de La Réunion permet aux citoyens et aux associations de concrétiser des projets d’intérêt collectif, sans barrières politiques ni lourdeurs administratives. Pensé comme un outil de réconciliation entre citoyens et service public, le dispositif soutient des initiatives 100 % locales. Les projets sélectionnés sont ensuite soumis aux votes de la population sur internet, à la clé, des financements pouvant aller jusqu'à 15.000 euros pour une association (Photo www.imazpress.com)
Magaly Onessio est cheffe de projet à la participation citoyenne au département de la Réunion. C’est elle et son équipe, qui lancent il y a 3 ans, le Budget d’Initiative Citoyenne, le BIC. Une première édition test qui a été l’occasion d’ajuster le programme. Avec un objectif : amener le plus de Réunionnais possible à se lancer dans la création de projets.
L’idée du budget d’initiative citoyenne arrive après le mouvement des gilets jaunes. À ce moment la, les collectivités doivent réfléchir à comment travailler à la réconciliation entre le citoyen et le service public.
- D’une idée à sa réalisation, devenir acteur du changement dans sa ville -
Au Département de La Rénion, le BIC est créé dans le même élan que la mise en place du conseil général des jeunes, qui questionne le citoyen sur son positionnement et son implication sur son territoire.
"On veut aider les associations à entreprendre sans avoir la gestion d’une entreprise" nous explique Magaly Onessio.
Peuvent participer au BIC, les citoyens en leur nom propre pour une enveloppe de 1000 euros maximum et les associations pour un maximum de 15.000 euros.
Pour Magalye Onessio il s'agit là de favoriser les associations primo-accédantes, qui n’ont pas plus de deux salariés, et n'ont pas plus de 70.000 euros de budget de financement au titre de l’année écoulée.
"L’objectif c’est vraiment qu’un maximum d’associations bénéficient de ce dispositif" ajoute t-elle. Écoutez.
"On arrive à avoir des associations qui n’ont jamais bénéficié d’une aide d’une collectivité. Avec le BIC, ils ont déposé leur projet, ils ont eu les sous et ont réalisé leur projet. Et grâce au dépôt en ligne de la demande, les participants ne sont pas confrontés aux élus. Il n’y a pas d’ingérence politique sur le BIC, ni cette sensation d'être redevable à une personne."
Pour s'assurer de cette non ingérence les participants peuvent trouver sur internet une grille d'évaluation, et d'analyse accessible à tous. En 2025, pour la 3ᵉ édition du BIC plus de 11.000 personnes ont voté en ligne.
- Solidarité et compagnonnage entre les associations -
Derrière chaque projet, une association et des citoyens qui osent. Ils osent se lancer dans le montage de projet, ils osent le défendre, et le réaliser.
"J’ai vu des gens qui ont participé au BIC 2, qui avaient peur de tout et au BIC 3 ils sont à l’aise pour parler de leur expérience. Ça fait venir d’autres associations via le bouche à oreille, un réseautage des associations qui ne sont pas en concurrence entre elles car elles ne peuvent participer qu’une seule fois" raconte Magaly Onessio.
Le budget d’initiative citoyenne est aussi ouvert aux établissements scolaires. Dans les écoles, les associations de parents d’élèves peuvent porter les projets. La limite, c’est de ne pas empiéter sur les compétences de la collectivité en charge de l’établissement, les mairies pour les écoles et la région pour les lycées par exemple.
- Des initiatives dans les écoles : un impact sur le long terme -
Le BIC est une aide considérable pour l’école élémentaire de l’Étang Saint Leu. Il fait plus de 30• dans la cour de récréation, le bitume accentue la chaleur. Comme dans de nombreuses écoles réunionnaises, les enfants ont peu d’ombres. L'idée est trouvée : des îlots composés de tables et de bancs entourés et recouverts de végétation.
L’équipe éducative réfléchit depuis plusieurs années à des solutions afin d’améliorer le cadre de vie des plus de 200 enfants qui fréquentent l’établissement, tout en leur offrant des espaces de parole et des activités sur la pause méridienne.
Quand l'opportunité de présenter un projet BIC se présente, l'association de l'école se mobilise pendant les vacances scolaires : "en 10 jours le projet était prêt!" dit-on à l'école. Objectif : éviter les conflits et faire reculer le harcèlement scolaire.
Lorsqu'il annonce aux parents que le projet d'îlots de fraicheur de l'amitié est validé, Mathieu Hoarau, le directeur de l'école est heureux, les parents aussi.
Ici, le projet va au delà d'aménager des espaces ombragés, le directeur explique : "Pour nous le projet central c’est d’identifier des lieux pour lutter contre l'isolement et le harcèlement et des espaces identifiés pour régler les soucis entre les enfants. Ensuite, des parents d’élèves, viendront sur le temps de la pause méridienne pour animer des jeux de société et des ateliers pour 6/8 élèves. L'idée c'est aussi d'amener un enfant qui serait seul dans son soin, à participer aux jeux".
Le BIC pour les associations de parents d'élèves, c'est donc une possibilité, mais attention, hors de question de prendre en charge les manquements des collectivités.
Il n'est donc pas possible, par exemple, de refaire la peinture dans les cantines ou de résorber l'humidité dans les écoles quand la mairie de votre ville ne le fait pas.
- Soutenir une action 100% locale, viser l’intérêt collectif des Réunionnais -
Patricia Medioga est originaire du Chaudron, elle est médiatrice culturelle. Avec son projet "La mémoire la kour lontan" elle souhaite récolter la mémoire des gramounes, les rencontrer, les écouter et passer du temps avec eux.
Son idée : "Chaque capsule donne lieu à une fiche-mémoire, fiche recette et botanique et une vidéo pédagogique. Avec une recherche anthropologique sur les origines de la recette."
Patricia Medioga raconte : "J’ai entendu parler du BIC il y a deux ans, puis j’ai vu une association qui en avait bénéficié. C’était quelque chose que je ne connaissais pas, et j’avais peur de me lancer à cause du côté administratif et des démarches à faire. Entre temps, j’ai fait d’autres projets pour lesquels j’ai fait des montages de dossiers, j’ai pris confiance en ma capacité à le faire et je me suis lancée."
- "Il y a un financement possible avec le BIC, il faut y aller" -
Ce qui a rassuré Patricia Medioga, c'est l'accompagnement que proposent les équipes du BIC mais aussi les témoignages des associations qui ont bénéficié de ce financement. "Ce qui est chouette avec le BIC, c’est que derrière il y a une équipe et les anciens participants qui partagent leur expérience."
"Ce qui nous fait peur, c’est parfois ce qui va nous faire grandir. On pense que peut-être qu’on a pas les compétences, il faut transformer cette peur. Goute ta war! Il n’y a jamais de meilleure façon que de plonger, se lancer pour savoir si on va y arriver. Et si aujourd’hui tu n’as pas réussi, ce petit apprentissage là va te mener à la prochaine étape."
"La Réunion a besoin que nous tous, nous mettions la main à la pâte, et que nous fassions quelque chose pour notre pays, pour nos enfants, pour nos écoles, nos jardins créoles ... peu importe le sujet. Il faut qu’on arrête d’attendre que les choses se fassent, il faut passer à l’action. Il y a un financement possible avec le BIC, il faut y aller."
"Avec ce financement, c’est plus facile d’aller vers des prestataires, on perd moins de temps, on sait qu’on a un budget, les prestataires ont besoin de cette information" explique Patricia.
Obtenir le financement BIC a motivé Patricia Medioga : "C’était comme si le ciel me disait, ton projet c’est le bon, ça m’a porté vraiment. Ça m’a conforté dans l’idée que j’ai besoin de ce projet, tout comme mon île. Si cette porte et ce financement me sont ouverts, c’est que derrière il y a un trésor à partager."
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