L'alevin se fait de plus en plus rare et cher

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  • PubliĂ© le 16 octobre 2017 Ă  06:36
  • ActualisĂ© le 16 octobre 2017 Ă  07:02
Mardi 1er Février 2011

PĂȘche aux bichiques dans la riviĂšre de Saint-Denis

(Photo Marie Trouvé)

La "fĂȘte bichique" s'achevait ce dimanche 15 octobre 2017 du cĂŽtĂ© de Bras-Panon. Une manifestation en l'honneur des petits alevins absents des assiettes, depuis maintenant plusieurs annĂ©es. Les pĂȘcheurs traditionnels, qui continuent d'espĂ©rer que les bichiques "montent" Ă  l'embouchure des riviĂšres, accusent le coup et dĂ©noncent une surpĂȘche, Ă©liminant les stocks. Le braconnage et la pollution des eaux font Ă©galement partie des raison Ă©voquĂ©es pour expliquer l'absence des petits poissons, considĂ©rĂ©s comme le caviar de La RĂ©union et autrefois disponibles Ă  foison.

 

En fin d'annĂ©e, le plaisir ultime est de prĂ©parer un kari bichiques Ă  partager en famille. Selon la recette traditionnelle, ail, piment, oignons, sel et Ă©pices font l'affaire. Un petit rougail mangue pour accompagner le tout n'est pas de trop. Mais ça, c'Ă©tait avant. Avant que les bichiques ne disparaissent des riviĂšres. Cela fait au moins 5 ans que les pĂȘcheurs traditonnels reviennent bredouilles de leur partie dans les riviĂšres de l'Est de l'Ăźle. Ailleurs, les prises ne sont pas non plus extraordinaires, parfois insuffisantes pour la prĂ©paration d'un simple repas.

Si les causes de la disparition des bichiques sont officiellement inconnues, les pĂȘcheurs accusent en prioritĂ© la surpĂȘche destinĂ©e Ă  la production et Ă  la commercialisation des bichiques Ă  grande Ă©chelle, Ă©puisant les stocks des alevins. "A l'Ă©poque, nous, pĂȘcheurs traditionnels, on pouvait rentrer avec 50 ou 60 kilos de bichiques, que l'on partageait. Les professionnels pouvaient rĂ©cupĂ©rer jusqu'Ă  500 kilos. Aujourd'hui, nous n'avons plus rien parce que l'on a trop pĂȘchĂ© dans les stocks. Je ne comprends pas ça", dĂ©plore Roland Malbrouck, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration des pĂȘcheurs traditionnels.

Si, en terme de quantitĂ©, il est difficile d'Ă©tablir une proportion exacte, les bichiques ont tout de mĂȘme rĂ©ellement disparu des vouves. "Aujourd'hui, nous sommes mĂȘme obligĂ©s d'aller roder un ti cari chez le voisin. On n'attrape plus rien", continue Roland. De mĂ©moire de pĂȘcheur confirmĂ©, l'annĂ©e la plus faste serait 1953. Une Ă©poque oĂč les bichiques nageaient Ă  foison dans les embouchures et oĂč le surplus pĂȘchĂ© n'Ă©tait mĂȘme pas vendu. "On donnait aux gens pour qu'ils mangent en famille", raconte Roland. 

- Braconnage et pollution -

Outre la surpĂȘche, les pĂȘcheurs traditionnels Ă©voquent Ă©galement la prĂ©sence de braconniers sur certaines places, pĂȘchant les rares bichiques en dehors de la saison lĂ©gale, pendant laquelle les pratiques sont encadrĂ©es par un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral, pour les amateurs comme pour les professionnels.

"La pĂȘche Ă  pied des diffĂ©rentes espĂšces anadromes, traditionnement connus sous le nom de bichiques, est interdite de la nouvelle lune Ă  la pleine lune de mars, tant Ă  l'embouchure que dans la zone comprise entre la dite embouchure et la limite sĂ©paratiste des rĂ©glementations maritimes et terrestre en matiĂšre de pĂȘche, dans les riviĂšres, ravines, canaux et Ă©tangs" stipule l'article 11 de l'arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral encadrant la pĂȘche professionnelle.

La pĂȘche de loisirs est elle aussi soumise Ă  rĂ©glementation. Seules les vouves sont autorisĂ©es pour rĂ©cupĂ©rer les prĂ©cieux alevins. Mais le braconnage, qui sĂ©vit toujours aux endroits clĂ©s du passage des bichiques, font l'objet d'une traque de la part de la Brigade nature, qui a rĂ©ussi Ă  faire baisser de façon significative la pĂȘche illĂ©gale.

"Avant il y en avait beaucoup. Aujourd'hui cela reste rare" prĂ©cise Roland Malbrouck. Mais pour certains pĂȘcheurs passionnĂ©s, impossible de laisser ce genre de comportements se gĂ©nĂ©raliser. "Mon mari part tous les soirs dormir aux abord de la riviĂšre avec ses amis pour empĂȘcher la prĂ©sence des braconniers" raconte l'Ă©pouse d'un pĂȘcheur. Une protection supplĂ©mentaire visant Ă  sauvegarder le peu de ressources restante.

- 60 euros le kilo -

La question du prix a elle aussi bien changĂ© avec le temps. Autrefois disponible autour d'une quinzaine d'euros, le kilo de bichique peut aujourd'hui atteindre 60 euros. "C'est du vol", estime Alix Rouget, prĂ©sident de l'association de pĂȘcheurs de bichiques traditionnels de la RiviĂšre des Roches. Lui-mĂȘme avoue ne pas avoir pĂȘchĂ© une quantitĂ© significative de bichiques depuis au moins 6 ans. "Les eaux sont polluĂ©es, les bichiques ne montent plus", explique-t-il encore.

Tout de mĂȘme, les bichiques devraient faire leur apparition la semaine prochaine, au moment de la nouvelle lune. Pour rappel, les poissons donnant vie aux bichiques vivent et se reproduisent en riviĂšre. Au moment de la ponte, ces derniers gagnent la mer oĂč les oeufs Ă©closent. Les alevins se mettent alors Ă  remonter l'embouchure pour essayer d'arriver dans les riviĂšres. Faute de vouves remplies ces derniĂšres annĂ©es, le kari pourrait encore durant cette saison, ĂȘtre achetĂ© congelĂ©.

jm/www.ipreunion.com

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2 Commentaires
Michel
Michel
8 ans

A force d'épuiser la nature (pour faire le plus rapidement possible le maximum de profits), de ne pas respecter ses équilibres, l'humanité se retrouve "le bec dans l'eau".
Elle a ce qu'elle mérite !

Aterla
Aterla
8 ans

La surpĂȘche... Suivant le cycle de vie de ces petits poissons, il faudrait un moratorium sur la pĂȘche. Mais oui, on va hurler Ă  la tradition sacrĂ©e pour ne pas le faire...