C'est un nouveau rapport accablant pour la France qui a été publié ce jeudi 7 octobre 2021 : d'aprÚs l'ONG Human Rights Watch, les autorités françaises "soumettent réguliÚrement les adultes et les enfants migrants vivant dans des campements de fortune dans la région de Calais à des traitements dégradants". Une situation dénoncée depuis plusieurs années désormais, par les associations qui travaillent sur place ainsi que par les journalistes qui tentent de documenter les actions des pouvoirs publics locaux (Photo d'archive AFP)
Le rapport, long de 86 pages, pointe du doigt les nombreux traitements inhumains que subissent les rĂ©fugiĂ©s de Calais : expulsions massives, harcĂšlement policier quasi quotidien, restrictions pesant sur la dĂ©livrance dâaide humanitaire et sur lâaccĂšs Ă cette aide. "Les autoritĂ©s mettent en Ćuvre ces pratiques abusives principalement dans le but de forcer les personnes Ă partir ailleurs, sans rĂ©soudre leur statut migratoire ni lâabsence dâabri et sans dissuader de nouvelles arrivĂ©es" assure l'ONG.
Plus de 60 personnes migrantes, dont 40 se sont identifiĂ©es comme des enfants non accompagnĂ©s, ont Ă©tĂ© interrogĂ©es pour l'Ă©tablissement de ce rapport, dâoctobre Ă dĂ©cembre 2020, puis de juin Ă juillet 2021. "Quand la police arrive, nous avons cinq minutes pour sortir de la tente avant quâelle ne dĂ©truise tout. Mais ce nâest pas possible, pour cinq personnes dont de jeunes enfants, de sâhabiller en cinq minutes dans une tente", a par exemple indiquĂ© une femme kurde dâIrak Ă Human Rights Watch en dĂ©cembre 2020.
"Les policiers exigent trĂšs frĂ©quemment des migrants quâils quittent temporairement le terrain sur lequel ils se trouvent pendant quâils confisquent â et souvent dĂ©truisent â les tentes, bĂąches et sacs de couchage que les gens nâont pas rĂ©ussi Ă emporter avec eux" rajoute l'ONG.
Des dires corroborĂ©s par plusieurs reportages rĂ©alisĂ©s sur place, oĂč l'on voit distinctement des policiers lacĂ©rer au couteau des tentes. Le photojournaliste Louis Witter a dĂ©taillĂ© Ă de nombreuses reprises ces interventions. "Cagoule deux trous sur la tĂȘte et couteaux Ă la main, leur mission est de lacĂ©rer Ă grands coups de lames les tentes des rĂ©fugiĂ©s. Les policiers, juste avant, les font sortir de ces abris de fortune" Ă©crit-il dans un post datĂ© du 29 dĂ©cembre 2020.
- Entraves Ă l'accĂšs Ă la nourriture et Ă l'eau -
En 2020, la police a procĂ©dĂ© Ă plus de 950 opĂ©rations routiniĂšres dâexpulsion Ă Calais et au moins 90 expulsions de routine Ă Grande-Synthe, saisissant prĂšs de 5 000 tentes et bĂąches et des centaines de sacs de couchage et de couvertures, dâaprĂšs Human Rights Observers (HRO). "Du fait de ces tactiques, les enfants et les adultes sont constamment en alerte et concentrĂ©s sur leur survie au jour le jour" alerte l'ONG. Beaucoup sont hagards, en manque de sommeil et, comme lâa observĂ© lâinstitution française de la DĂ©fenseure des droits en septembre 2020, "dans un Ă©tat dâĂ©puisement physique et mental".
Les autoritĂ©s font par ailleurs peser des restrictions lĂ©gales et pratiques sur la dĂ©livrance dâaide humanitaire et sur lâaccĂšs Ă cette aide. Des arrĂȘtĂ©s municipaux interdisent la distribution de nourriture et dâeau par les associations humanitaires dans le centre-ville de Calais. Les sites oĂč une assistance est fournie par lâĂtat sont souvent dĂ©placĂ©s ; ou bien lâaide est distribuĂ©e en mĂȘme temps que les expulsions.
Restent les distributions approuvĂ©es par l'Ătat. "Parfois, ils changent l'endroit oĂč ils donnent la nourriture et on ne sait pas oĂč aller. On essaie de courir", mais "le temps qu'on arrive, ils peuvent ĂȘtre dĂ©jĂ partis", raconte un Syrien de 17 ans. "En gros, les autoritĂ©s font tout ce qu'elles peuvent pour rendre les conditions de vie invivables", rĂ©sume Antoine Guittin, un responsable associatif local de Choose Love citĂ© dans le rapport.
Récemment, des bénévoles ont dénoncé les entraves à la distribution d'eau. "La toute nouvelle grand récipient pour vrac a été lacérée au couteau par les forces de police. Et comme si cela ne suffisait pas, ils leur semblaient aussi nécessaire de gazer la nourriture ainsi que quelques personnes exilées sur leur passage" a dénoncé l'association Calais Food Collective le 26 août dernier.
- Associations harcelées et journalistes entravés -
"Les policiers ont par ailleurs harcelĂ© des bĂ©nĂ©voles de HRO, dâUtopia 56 et dâautres associations non gouvernementales qui observent la police lors des expulsions" assure HRW. Certains policiers auraient dĂ©clarĂ© Ă tort aux observateurs quâils ne pouvaient pas filmer leurs opĂ©rations, les menaçant dâarrestation, bafouant au passage la libertĂ© d'informer et la libertĂ© de la presse.
En février dernier, Louis Witter et un autre journaliste, Simon Hamy, avaient d'ailleurs saisi la Défenseur des droits pour dénoncer les entraves à la liberté d'informer. Ils avaient tenté une procédure de référé-liberté auprÚs du tribunal administratif de Lille pour obtenir l'accÚs à ces opérations, avec le soutien du SNJ, mais ils ont été déboutés début janvier, le tribunal ayant estimé que leur demande n'avait pas de caractÚre d'urgence car ces évacuations étaient "terminées".
Cinq ans aprÚs l'évacuation de la "Jungle de Calais", rien ne s'est amélioré : ni la prise en charge des migrants, ni le traitement inhumain qui leur est réservé. Un comble au "Pays des droits de l'Homme".
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Sous prétexte de "ne pas accueillir toute la misÚre du monde", et accessoirement d'aller chasser sur les terres du RN, nous sommes en train de devenir des monstres sans aucune humanité. Honte de mon pays, et surtout de ses dirigeants!
Ce n'est plus le pays des droits de l'homme. C'est un grand foutoir. Il suffit de descendre de l'aĂ©roport CDG pour voir les pauvres gens (mĂȘme Français) dormir dans le hall de l'aĂ©roport dans des sacs de couchage. Et la gare du Nord...et celle d'Aubervilliers...des dĂ©potoirs. Mme la maire de Paris parie tout sur l'Ă©cologie, mais pas sur l'ordre et la propretĂ©.