Carburants et inflation : les Réunionnais condamnés à payer toujours plus avec des salaires qui ne bougent pas

  • Publié le 1 septembre 2026 à 06:24
station service Engen chaudron

"Une hausse sensible des prix à la pompe", encore une, 5 centimes de plus sur le sans-plomb qui passe à 1,68 euro et 13 centimes de plus sur le gazole qui connaît la plus forte augmentation et passe à 1,83 euro. Le jeudi 27 août 2026, le préfet Patrice Latron s’était donné la peine de nous annoncer qu'une hausse sensible arrivait, sans préciser le montant de cette hausse. Après quelques semaines de répit, à compter de ce mardi 1er septembre, les Réunionnais vont devoir se serrer la ceinture. Sur notre île, les prix continuent à augmenter, mais les salaires, eux, ne bougent pas. Pire encore, lorsqu'il est question d'une augmentation des revenus les plus bas, le patronat ricane (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Une augmentation qui vient, encore une fois, s'ajouter au coût déjà exorbitant de la vie à La Réunion. Le prix du gazole flirte à nouveau avec les 2 euros, de quoi nous rappeler que l'okisité ne tient qu'à un fil.

Ou plutôt, qu'à un détroit, celui d'Ormuz, et qu'à une ou plusieurs mauvaises volontés, celles de nos dirigeants et de nos pétroliers bien-aimés, qui s'appliquent à se taire le plus fort possible et à limiter au minimum (entendez par là à zéro) leur implication dans la vie des Réunionnais. Sauf quand il est question de leur prendre leur argent, là, la participation silencieuse des pétroliers est des plus efficaces. 

Une nouvelle augmentation qui vient peser sur les familles réunionnaises, qui dépendent majoritairement de leur véhicule pour se rendre sur leur lieu de travail : payer pour aller travailler, et se taire quand les charges deviennent trop lourdes à supporter. C'est ce qui est attendu des Français. 

Si encore une fois, le préfet nous a d’abord annoncé que la hausse allait être considérable avant d’en dire le montant, l’idée était, probablement, de vouloir bien faire, de nous laisser le temps d’aller faire un dernier plein à coût "réduit". Comme en mars dernier, de nous laisser le temps de nous rendre dans les stations-service, d'enrichir les pétroliers, avant cette hausse gardée secrète jusqu’à la veille de son entrée en vigueur. 

Nous savons que l’État que vous représentez ignore tout des préoccupations des Français et encore plus lorsque ceux-ci habitent des départements ultramarins. Cependant, le bon sens voudrait que vous sachiez au moins, monsieur le préfet, que nous ne sommes pas payés à la semaine, nous n’avons pas d’argent magique, ou de matelas économiques, dans lesquels nous pourrions piocher des euros à l’annonce d’une telle augmentation, afin de nous ruer vers les stations-services. Non. 

Nous avons, au mieux, les tirelires de nos enfants desquelles nous enlevons quelques pièces pour un paquet de pâtes ou un goûter pour les enfants, pas de quoi faire un plein de carburant d'avance. 

Dans notre pays, le pouvoir d’achat est constamment en baisse, une baisse organisée par l’État lorsque le gouvernement décide de couper ce qui permet aux familles de garder la tête hors de l’eau. Ce samedi 29 août 2026, par exemple, l'annonce des nouvelles modalités d'attribution du Pass' Sport, autrefois ouvert à tous les enfants bénéficiaires de l'allocation rentrée scolaire, est aujourd'hui limitée aux familles au quotient familial de 699 euros.

Une annonce qui a mis du temps à venir, pour au final en exclure encore plus d'enfants et de familles. Il faudra ajouter 50 euros de dépenses supplémentaires au budget sport des enfants, mais les familles en difficulté choisiront sûrement d'arrêter le sport. Car pour la "France d'en bas", chaque euro compte. 

À lire aussi : Pass’Sport 2026 : les enfants de 6 à 13 ans de nouveau éligibles, mais sous conditions

- Le niveau de vie des Français avec les plus bas revenus fait rire les patrons - 

Le moment est lunaire, presque irréel. On croirait un montage d’un extrait d’une série américaine dans laquelle des rires surgissent, presque artificiels, mais non.

On vous raconte : lors d’un débat des présidentielles qui a duré 3 heures sur LCI, 7 candidats sont là, la plupart de droite et qui pourraient presque faire liste commune : Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Marine Le Pen, Gabriel Attal, à gauche Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, et perdu entre tous Raphaël Glucksmann.

Les sujets s’enchainent, une heure 45 après le début de ces échanges, Jean-Luc Mélenchon lance : "Il faut augmenter le SMIC, il faut augmenter le SMIC." Rires bruyants dans la salle, les patrons ont parlé, méprisants, et encore une fois hors sol.

Loin des réalités des habitants, des travailleurs, les plus modestes de ce pays, pour qui un euro est un euro. Le prix d’une baguette, celle la moins chère. Un euro est un euro, le prix de la dignité, que chaque augmentation des prix leur arrache. Le prix d’un labeur qu’une machine ne peut vraisemblablement pas remplacer. 

Dans notre pays où il faudrait travailler le plus longtemps possible, s’occuper de ses enfants de la meilleure des façons possible, passer le plus de temps possible avec eux, les nourrir et les habiller pour rester digne face à n’importe quel ricanement : il faut supporter cela, l'humiliation venue d'en haut.

Une scène dont Appoline de Malherbe, sur BFM TV, demande à une représentante du Medef si elle n'a pas honte. "Vous n'avez pas un peu honte de ce moment-là. Que spontanément, quand un homme politique vous dit qu’il faut augmenter les salaires, la salle des patrons ricane ?" Regardez.

Sa réponse : "En tant que cheffe d’entreprise, je ne suis pas contre mes salariés, contre mes collaborateurs".

Pourtant, madame, quand un patron se met à rire lorsque l'on parle d’augmenter les salaires les plus bas : c’est non seulement être contre les salariés, mais aussi contre leurs familles, contre leurs enfants et pour un emmurement durable dans la misère. Appoline de Malherbe ajoute : "Ce moment-là n’est pas à votre honneur." Vraiment, il ne l'est pas.

La France flotte, les dirigeants ont en commun de ne pas comprendre, ou de feindre à merveille l’incompréhension, quand il leur est simplement rappelé que face à l’inflation constante il faut augmenter les salaires. 

À lire aussi : Prix des carburants : la préfecture justifie cette hausse en raison "de la diminution de l’offre et d’une demande toujours forte"

À lire aussi : Rentrée universitaire : les étudiants de La Réunion plus frappés par la précarité que ceux de l'Hexagone

ee/www.imazpress.com/[email protected]

guest
1 Commentaires
Tijac
Tijac
49 minutes

On ne touche pas au prix des téléphones ? C'est bon les jeunes et les moins jeunes vont pouvoir continuer a en acheter à un prix qui ne gêne personne.