Une étude du syndicat étudiant l'Unef, publiée le 17 août 2026, montre que le coût de la vie a augmenté cette année pour les élèves de l'enseignement supérieur dans toute la France. Une situation particulièrement marquée à La Réunion et dans les territoires ultramarins. Alors que la rentrée universitaire débute cette semaine, cette paupérisation représente un risque pour la réussite des jeunes Réunionnais (Photo d'illustration www.imazpress.com)
D'après l'enquête réalisée à l'échelle nationale par l'Unef, le coût moyen de la vie a augmenté en douze mois de 1,66 %. Pour les logements, ces montants sont encore plus élevés avec +2,87 % dans le parc privé et +1,04 % dans les résidences du Crous.
Plus concrètement, le reste à charge mensuel, une fois les aides déduites, culmine à 1.300 euros, soit 74 euros de plus qu'en 2025. Le tableau n'est guère réjouissant. Mais, à La Réunion, la réalité estudiantine est encore pire.
L'étude estime que "les étudiants ultramarins sont particulièrement touchés par la précarité". Et l'écart apparaît comme réel entre les étudiants de l'Hexagone et ceux qui vivent en outre-mer. Selon l'Unef, un étudiant dans les départements et régions d'outre-mer (Drom) dépenserait en moyenne 2,54 % de plus, chaque année, pour les non-boursiers et 6,94 % de plus pour les boursiers.
Une évaluation qui ne surprend pas outre mesure Sophie, 20 ans et étudiante à La Réunion. Originaire de Saint-Benoît, elle finance son cursus en travaillant dans un fast-food. Elle estime qu'étudier localement est plus problématique que dans l'Hexagone car "ici le loyer est cher, la vie est chère, faire ses courses est cher."
- Une forme de précarisation des étudiants à La Réunion -
Pour illustrer cet état de fait où l'inflation joue un rôle majeur, elle prend l'exemple des courses alimentaires. "C'est tout bête mais des yaourts au chocolat par exemple quand, ici, le pack est à cinq à six euros, là-bas c'est un euro environ. Donc forcément en course ils ne se privent pas."
Une privation qui peut régulièrement aboutir à une forme de précarisation. Certains étant dépendants des aides alimentaires. "On organise souvent des distributions de colis de nourriture avec des produits de première nécessité. Les étudiants viennent en masse. Pour les opérations de petits-déjeuners gratuits qu'on organise, la demande est également très forte", insiste Rayan Remtoula, vice-président étudiant à l'université de La Réunion.
L'élu n'hésite d'ailleurs pas à aller plus loin que les chiffres donnés par l'Unef en évoquant la situation locale. Ces chiffres, qui reflètent le contexte ultramarin dans son ensemble, seraient sous-estimés pour La Réunion. "On ressent vraiment la différence en termes de coût de la vie par rapport à la métropole. À l'époque, au moment du début de la guerre en Ukraine, je pense qu'on dépensait en moyenne 200 euros de plus par mois que les étudiants dans l'Hexagone. Mais maintenant, c'est beaucoup plus."
Outre une augmentation des prix galopante sur l'île depuis quelques années, cette disparité s'explique aussi par des spécificités réunionnaises.
Comme le coût du logement. "Saint-Denis est considérée comme l'une des villes étudiantes où le loyer a le plus augmenté", reprend Rayan Remtoula. À titre d'exemple, la jeune Sophie, qui suit ses cours sur le campus du Moufia, dépense mensuellement 600 euros pour un studio de 18 m² dans l'agglomération dionysienne, hors factures et internet.
- Une progression des demandes d'aides financières à La Réunion -
Interrogé sur les mesures prises par le gouvernement comme la généralisation des repas à 1 euro dans les restaurants universitaires depuis le mois de mai 2026 ou le maintien de certaines aides sociales, le vice-président étudiant se montre dubitatif. "Les repas à 1 euro pour tous, ça nous a soulagé. Mais c'est loin de résoudre tous les problèmes."
Des problèmes qui se manifestent notamment par la progression des demandes d'aides financières ponctuelles au Crous.
"Les étudiants en grande difficulté demandent régulièrement des virements monétaires en cours de mois. Le Crous est aussi obligé de distribuer des bons alimentaires pour les épiceries ou des crédits repas dans les restaurants universitaires pour ceux qui sont pris à la gorge."
Cette dégradation des conditions de vie dans le milieu académique pourrait encore s'accentuer avec une possible réforme des aides personnalisées au logement (APL) voulue par le gouvernement. Réforme que préconisent, dans un rapport, l'Inspection générale des finances (IGF) et celle des affaires sociales (Igas) afin de calculer à l'avenir les APL sur les revenus des parents et non plus ceux des étudiants.
Face à ce contexte de paupérisation inquiétant, l'une des solutions pour redonner une bouffée d'oxygène aux étudiants serait, comme le préconise l'Unef, de rehausser le montant des bourses ultramarines. Le syndicat étudiant réaffirme l'importance "d'une hausse urgente de 200 euros du complément de bourse" pour rattraper et compenser l'écart entre l'Hexagone et La Réunion.
Autres pistes soumises par l'Unef dans son étude pour résorber cette fragilisation sociale : "construire des logements Crous", "développer les structures de restauration universitaire" et "renforcer la présence des services sociaux du Crous".
- Un modèle des études supérieures remis en cause -
Si rien n'est fait en ce sens par les décideurs politiques, le risque serait de décourager les jeunes Réunionnais à s'engager ou à poursuivre des études supérieures.
"C'est une vraie éventualité. Si nous n'obtenons pas d'aides supplémentaires ou si les augmentations de frais d'inscription, qui ne concernent que les étudiants étrangers pour l'instant, se généralisent à tout le monde, certains vont abandonner ou, même, décider de ne plus s'inscrire à l'université."
Le modèle des études accessibles au plus grand nombre fait actuellement partie intégrante du système éducatif français. Pour autant, si le recul des financements publics vers les établissements d'enseignement supérieur et le fléchissement des aides pour les étudiants se confirment, ce modèle pourrait être remis en cause à l'avenir.
Un état des lieux morose que résume à sa manière Sophie, étudiante et salariée dans un fast-food. "Il faudrait vraiment que l'État nous aide, au moins pour les APL. On vient à la fac se former, pas pour débuter dans la vie, déjà ruinés."
À l'heure où un rapport issu des Assises du financement des universités en juin 2026 préconise d'augmenter les frais d'inscription à 900 euros, la question reste ouverte et plus que jamais d'actualité.
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A voir le nombre de voitures sur les parkings de l'université, la quantité de boursiers et le peu d'étudiants qui bossent pendant les vacances, non ce n' est pas une précarisation. C est juste la politique du gouvernement d'envoyer un maximum de jeunes à l'université pour qu'ils ne touchent pas pendant ce temps là d'aides RSA . Ne ns leurrons pas. Après, ils font quoi? Ils ne veulent pas bosser pr toucher une misère, selon eux donc.... Ils ne bossent pas. Arrêtons de crier qu'on est pauvre ici svp. Un peu de dignité