Université : l'État veut quintupler les frais d'inscription alors que la moitié des étudiants de La Réunion n’ont pas mangé à leur faim en 2025

  • Publié le 6 juillet 2026 à 12:00
  • Actualisé le 6 juillet 2026 à 17:27
université de la réunion

Comment éviter "l'appauvrissement" de l'université ? En faisant payer les étudiants, selon un rapport présenté par le ministre de l'Enseignement supérieur. Ce document propose simplement de quintupler les frais d'inscription. 900 euros pour une année de licence, 1.300 en master. Appauvrir les facs non, mais appauvrir des étudiants déjà précaires n'a pas l'air de déranger. À La Réunion, la moitié des étudiants déclarent renoncer régulièrement à un repas (Photo : www.imazpress.com)

Ce rapport propose de faire payer aux étudiants 900 euros contre 178 actuellement à l'Université de La Réunion pour une année de licence et 1.300 euros au lieu des 254 euros actuels pour une année en master, soit une augmentation de plus de 400 %.

Selon leur rapport, "une hausse modérée" des droits d’inscription "pour atteindre globalement 10% des ressources universitaires", contre 3% en 2025, "pourrait utilement contribuer à la soutenabilité financière des universités", "sans remettre en question l’égal accès à l’enseignement supérieur".

Ces recettes reviendraient aux universités et il y aurait "un barème progressif qui exonère les étudiants aux revenus les plus modestes via une refondation du système de bourses". Deux scénarios sont avancés : une hausse progressive des droits "sur cinq ou six ans" ou une "hausse intégrale" dès la première année.

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- Augmenter les frais d'inscription, c'est "non" pour les étudiants -

Envisager ne serait-ce une seconde d'augmenter les frais d'inscription que doivent payer les étudiants réunionnais pour se former, c'est "non".

Pour Taniya, étudiante en Master 2, l'envisager "est tout simplement scandaleux". "Les étudiants sont déjà en précarité", dit-elle. "Ils ont déjà du mal à se nourrir pendant plusieurs jours, augmenter ces frais ne fera qu’accentuer la précarité et limiter l’accès à l’université".

Elena est élève boursière. Même si elle ne paye pas de frais de scolarité, elle craint que si cette augmentation est mise en place à l'avenir, "cela complique l'accès aux études pour certains. S'il y a une compensation avec la bourse c'est ok, mais autrement faire des études redeviendra un secteur de niche...".

- Étudier à La Réunion devient un luxe -

La précarité étudiante n'est en effet pas qu'une question de chiffres, c'est une réalité qui se vit au quotidien. Derrière chaque parcours universitaire, il y a des défis financiers, sociaux et psychologiques auxquels des jeunes font face, mettant en péril leur avenir et leur réussite.

La Réunion présente les prévalences les plus élevées des épisodes dépressifs caractérisés (EDC) et des troubles anxieux généralisés de toutes les régions françaises avec des inégalités sociales très marquées. Les prévalences des EDC sont, par ailleurs, plus élevées chez les étudiants / personnes en formation (29,1 %).

Une enquête menée par l'Union étudiante et rendue publique le mardi 6 janvier 2026 révèle une détérioration marquée des conditions de vie des étudiants.

Près de la moitié ont déjà dû sauter un repas pour des raisons financières, et 28% ont renoncé à des soins. Cela devrait aller mieux puisque depuis mai, le Crous de La Réunion et de Mayotte propose le repas à 1 euro pour tous les étudiants, sans exception.

Un tiers dispose d’un reste à vivre inférieur à 50 euros, et 9% indiquent ne rien avoir après charges et alimentation.

Pour financer leurs études et leur logement, 7% travaillent plus de 15 heures par semaine, et 65% jugent leur salaire insuffisant.

En vingt ans, le cumul emploi-études des 15-29 ans a augmenté : il n’était que de 12 % en 2003, et a oscillé autour de 13 % entre 2005 et 2017. Depuis 2018, il a progressé, plus particulièrement en 2021 (+5 points), pour atteindre 22 % des 15-29 ans en études initiales en 2023, selon l'Insee.

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- Faire payer les étudiants pour éviter l'"appauvrissement" des universités -

Pour les auteurs de ce rapport, quintupler les frais d'inscription serait nécessaire car le modèle de financement des universités "ne sera plus soutenable d'ici à 2030".

Cette augmentation "dégagerait autour de 1,5 milliard d'euros supplémentaires". Des recettes qui reviendraient aux universités.

À La Réunion, le déficit financier de l'établissement, est évalué à 6,3 millions d'euros. 

Dans une lettre transmise à Imaz Press par l'Université, le président, Jean-François Hoarau, rappelait que : "les éléments financiers récemment présentés au Conseil d’Administration mettent en lumière une réalité que nous devons regarder avec lucidité. Si le contexte national des universités, marqué par des contraintes budgétaires croissantes, constitue un cadre général que nul ne peut ignorer, il ne saurait à lui seul expliquer la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui notre établissement."

Le montant de la masse salariale, plus de 3 millions d'euros, constitue la moitié de ce déficit. 

Selon Taniya, l'étudiante en Master 2, "la solution se trouve sûrement ailleurs pour rééquilibrer le budget. Peut-être qu’il serait temps de mettre fin à certaines choses au sein de l’Université comme les voitures de fonction, les primes ou je ne sais quoi d’autre qui occasionne du surplus budgétaire".

Pour l'heure, cette possible envolée des frais d'inscriptions n'est pas au programme du ministère de l'Enseignement supérieur, a voulu rassurer Philippe Baptiste.

À savoir si les frais d'inscription à La Réunion pourraient prix grimper en flèche dans les années prochaines, l'Université ne nous a pas encore répondu.

L’Université de La Réunion accueille aujourd’hui environ 19.000 étudiants.

ma.m/www.imazpress.com/[email protected]

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13 Commentaires
Brice C.
Brice C.
1 semaine

Peu, pour ne pas dire aucun, pays offre à ces étudiants des repas à 1 €. On peut donc se nourrir midi et soir pour un budget de 2 € par jour, à peine le prix d'une bouteille de Cot !

Didier
Didier
1 semaine

Proposition qui n'a rien d'étonnant de la part de l'actuel ministre de l'enseignement supérieur, Philippe Baptiste.
Ce monsieur qui était présent hier aux premières loges au meeting du lancement de la campagne du candidat Edouard Philippe à la présidentielle de 2027, lui-même ancien premier ministre de Macron et partisan déclaré de la retraite à 67 ans, de la « taxe carbone » et de la fermeté face aux mobilisations des Gilets Jaunes !
Une sacrée bande de réactionnaires, qui se targue d'être l' "élite de la France" !
La France bourgeoise s'entend et qui mène donc en toute conscience une guerre permanente à la classe ouvrière et à ses enfants !

HULK
HULK
1 semaine

Supprimer d'abord certains frais pour des missions inutiles accordées à des copains, ce serait bien.

Ffrug
Ffrug
1 semaine

Supprimer l école c est inutile les politiques aussi

Missouk
Missouk
1 semaine

Comment trouver de l'argent sur le dos des plus pauvres... Demandez à Macron, Lecornu et consorts, ce sont de grands spécialistes!

Pom
Pom
1 semaine

Il n'y a aucun pays au monde où l'état offre gratuitement des études supérieures à des jeunes qui n'ont même pas un niveau de CAP, et qui pour 50 % d'entre eux n'auront jamais la première année. Par contre, on va faire venir des étrangers pour les travaux agricoles !

Jori
Jori
1 semaine

@pom c est faux 😀

Alban
Alban
1 semaine

Non. La France n'est pas le seul pays où l'accès à l'université publique est gratuit ou quasi gratuit.

L'Allemagne, la Norvège, la Finlande, le Danemark, la Suède ou encore la Grèce proposent également des études universitaires gratuites ou sans véritables frais de scolarité pour les étudiants européens. En France, d'ailleurs, l'université n'est pas totalement gratuite : des droits d'inscription restent à payer.

Les faits sont plus nuancés que le slogan.

Aline
Aline
1 semaine

C'est du discours de gauche. Des études à bas prix egale une université sans valeur ce qui est le cas avec des diplômes souvent inutiles. Arrêtez ces études longues et que les parents aident. Marre des taxes et impots revenez au reel

Paul
Paul
1 semaine

Et le salaire, les avantages des dirigeants, eux ne sont pas remis en question ?
Et le salaire des professeurs qui travaillent 8 h par semaine et qui sont payés plus de 5000 euros par mois, lui n'est pas remis en question ?
Et les intervenants qui viennent de pays lointains, tous frais payés, avion, hôtel etc., eux ne sont pas remis en question ?
On nous prends pour des c*ns dans ce pays

Missouk
Missouk
1 semaine

Où avez-vous vu qu'un prof bosse 8 heures semaine ? De la bêtise à l'état pur! Ou ... de la haine à l'état pur! 4000 postes d'enseignants ne sont pas pourvus aux concours cette année, si vous avez un peu de courage, présentez-vous au lieu de dénigrer!

Java
Java
1 semaine

Alors il faut vous renseigner car oui les enseignants chercheurs d’université bossent moins de 10h par mois en face à face pédagogique et gagnent largement plus que 5000€ mensuels !

Réunionnaise
Réunionnaise
1 semaine

C est pourtant bizarre.... Quand on passe devant les deux universités, il ne manque pas de voitures pourtant. Marre de lire sur tous les sujets que ce soient que la réunion est pauvre. Un peu de dignité ne vous ferait pas de mal . Et si vous n'en avez pas, respectez la vôtre