152 personnes sont décédées

Crash de la Yemenia : le verdict attendu mercredi

  • PubliĂ© le 13 septembre 2022 Ă  07:36
Des dĂ©bris de l'avion de la Yemenia Airways repĂȘchĂ©s en mer, dans un hangar Ă  Moroni, le 16 septembre 2009 aux Comores

Plus de treize ans aprĂšs le crash du vol Yemenia 626 au large des Comores qui avait tuĂ© 152 personnes, laissant une seule rescapĂ©e, le tribunal correctionnel de Paris tranchera ce mercredi 13 septembre 2022 sur la responsabilitĂ© de la compagnie aĂ©rienne yĂ©mĂ©nite. Seule une enfant de 12 ans, Bahia Bakari, a survĂ©cu dans l'eau en s'accrochant Ă  un dĂ©bris de l'avion pendant une dizaine d'heures, avant d'ĂȘtre secourue le lendemain par un bateau. L'accusation a requis le 2 juin dernier l'amende maximale de 232.500 euros contre la compagnie.

A la suite d'une série d'erreurs de pilotage lors de l'approche de l'aéroport de Moroni, le vol Yemenia 626 s'est abßmé dans l'océan Indien dans la nuit du 29 au 30 juin 2009. La compagnie nationale yéménite a "participé aux erreurs" qui ont conduit à la catastrophe, elle a commis des "omissions" et pris de "mauvaises décisions", a soutenu la procureure Marie Jonca, au dernier jour de ce procÚs qui a débuté le 9 mai.

"Vous avez dans ce cockpit deux pilotes qui ne présentent pas un niveau professionnel équivalent", qui "ne savent pas travailler ensemble" et, "surtout, qui n'ont jamais été formés spécifiquement à l'approche de ce terrain si difficile et particulier de l'aéroport de Moroni", a souligné la magistrate.

En outre, a-t-elle ajouté, "vous avez deux pilotes qui vont poursuivre une approche dans des conditions délicates, de nuit, de façon rÚglementairement interdite (et) dans des circonstances dangereuses", à cause de la panne depuis plusieurs mois de certains feux de l'aéroport.

"Malgré ces circonstances qu'elle connaissait", la compagnie "n'a pas décidé de reprogrammer ce vol au petit matin et, de façon cohérente comme elle a pu le faire immédiatement aprÚs l'accident, d'interdire tout simplement les vols de nuit durant cette période", a souligné Marie Jonca. "Elle a attendu que l'accident se produise", a insisté la magistrate. "La compagnie a eu une gestion réactive du risque, on attendait d'elle une gestion proactive".

La procureure a aussi requis la publication du jugement du tribunal sur le site internet de la compagnie.

- Bahia Bakari, seule survivante -

Dans la grande salle d'audience, une centaine de proches des victimes sont venus Ă©couter les rĂ©quisitions le 23 mai dernier. Au premier rang Ă©tait assise Bahia Bakari, 25 ans aujourd'hui, qui a survĂ©cu en s'agrippant Ă  un dĂ©bris d'avion pendant une dizaine d'heures, avant d'ĂȘtre secourue par un bateau.

Lire aussi : Les mots de Bahia, seule survivante du crash de la Yemenia Airways au large des Comores

Le 29 juin 2009, Bahia Bakari est partie avec sa mĂšre, depuis l'aĂ©roport de Roissy, pour assister aux Comores au mariage de son grand-pĂšre. L'avion fait escale Ă  Marseille, puis les passagers changent d'appareil Ă  Sanaa, au Yemen. Ce "second avion", un A310, Ă©tait "plus petit, il y avait des mouches Ă  bord et une forte odeur de toilette", a-t-elle. Mais lors de ce "vol de nuit", "cela s'est passĂ© trĂšs normalement", jusqu'Ă  l’atterrissage.

A l'approche de Moroni, la capitale des Comores, "les conseils de sécurité ont été annoncés, les voyants pour attacher la ceinture se sont allumés". Ce fonctionnement et les conditions "exécrables" de vol sur la compagnie étaient dénoncés depuis des mois par une association, SOS Voyages aux Comores.

"Je sens l'avion qui commence Ă  descendre et je commence Ă  sentir des turbulences, mais personne ne rĂ©agit plus que ça, donc je me dis que ça doit ĂȘtre normal", a-t-elle racontĂ©. Puis, "je sens comme une dĂ©charge Ă©lectrique dans tout mon corps", dit-elle. "J'ai un trou noir entre le moment oĂč j'Ă©tais assise dans l'avion et le moment oĂč je me retrouve dans l'eau".

Dans les vagues, "en face de moi, je vois trois débris, j'agrippe le plus grand en essayant de monter dessus mais je n'y arrive pas", a poursuivi Bahia Bakari. "Je prends conscience de voix qui appellent à l'aide en comorien, je crie mais un peu sans espoir, parce que je réalise bien qu'il n'y a que la mer autour de moi et que je ne vois personne".

"Je finis par m'endormir agrippée au débris d'avion. Quand je me réveille, le jour se lÚve, j'entends plus personne". Au loin, elle voit la cÎte, essaie de la "rejoindre" mais "la mer est trÚs agitée", a-t-elle raconté, décrivant aussi "le goût de kérosÚne" qu'elle avait dans la bouche. "Je ne voyais pas comment j'allais m'en sortir. (...) Je voyais un avion passer au-dessus de moi mais j'étais pas sûre qu'il m'avait repérée. J'ai trouvé le temps trÚs, trÚs long". C'est la pensée de "sa mÚre", "trÚs protectrice", qui la fait tenir. Elle sera finalement secourue par un bateau aprÚs une dizaine d'heures dans l'eau.

- La défense plaide la relaxe -

Les investigations menĂ©es sur les boites noires, retrouvĂ©es fin aoĂ»t 2009 Ă  1 280 mĂštres de fond, ont permis de conclure que l'accident Ă©tait dĂ» Ă  une sĂ©rie d'erreurs de pilotage, qui se sont enchaĂźnĂ©es en moins de cinq minutes.‹‹L'Ă©tat technique de l'avion n'Ă©tait pas en cause dans l'accident, ont nĂ©anmoins conclu les expertises judiciaires.

Le jeudi 19 fĂ©vrier 2015, le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence avait condamnĂ©, la compagnie Yemenia Airways Ă  verser plus de 30 millions d'euros de dommages de intĂ©rĂȘts aux proches de 70 des 152 victimes du crash

Aucun responsable de la compagnie, qui conteste tout "manquement", n’était prĂ©sent devant le tribunal correctionnel de Paris Ă  cause de la guerre qui ravage le YĂ©men, selon les avocats de l'entreprise qui, comme la loi le permet, la reprĂ©sentent depuis le dĂ©but du procĂšs.

Les avocats de la compagnie ont plaidé la relaxe.

Lire aussi : La Yemenia condamnée à verser 30 millions d'euros aux proches des victimes



www.ipreunion.com avec l'AFP / [email protected]

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