Le zamal thérapeutique, bientÎt dans nos pharmacies (actualisé)

Des joints sur ordonnance... pourquoi pas ?

  • PubliĂ© le 25 juin 2019 Ă  06:35
  • ActualisĂ© le 27 juin 2019 Ă  07:06
Un ingénieur agricole examine des plants de cannabis dans l'enceinte de B.O.L (Breath of Life, souffle de vie) Pharma prÚs de Kfar Pines en Israël, le 9 mars 2016

Les Ă©lus se mobilisent, les professionnels de la santĂ© aussi, et mĂȘme les Ă©conomistes. Tout le monde s'y met quand il s'agit d'aborder la question de la lĂ©galisation du cannabis en France. Un dĂ©putĂ©, entourĂ© de 14 autres, s'apprĂȘte Ă  dĂ©poser une proposition de loi pour une lĂ©galisation contrĂŽlĂ©e. L'AutoritĂ© du mĂ©dicament, elle, se penche sur une expĂ©rimentation du cannabis thĂ©rapeutique d'ici 2020. A La RĂ©union, alors que les saisies de zamal s'enchaĂźnent et augmentent, que provoquerait une lĂ©galisation - partielle ou totale - de cette drogue douce ? Certains imaginent dĂ©jĂ  le zamal remplacer la canne dans les champs de l'Ăźle... ConcrĂštement, c'est plus compliquĂ© que ça, mais il y a bien un marchĂ©, qu'il concerne la dimension strictement Ă©conomique ou bien la santĂ©. (Photo d'illustration AFP)

C’est une proposition de loi qui vient du dĂ©putĂ© François-Michel Lambert : il devrait dĂ©poser ce jeudi 27 juin 2019 un projet portant sur la lĂ©galisation contrĂŽlĂ©e du cannabis. Et il n’est pas tout seul puisque 14 autres dĂ©putĂ©s l’ont rejoint, dont 5 de la majoritĂ© prĂ©sidentielle
 Le texte demande la mise en place d’une sociĂ©tĂ© d’exploitation du cannabis qui serait donc appelĂ©e SECA, et ce sont les agriculteurs et les dĂ©bitants de tabac qui en dĂ©tiendraient le monopole.

Ça n’est pas tout puisque derniĂšrement, des Ă©conomistes proches du gouvernement ont conseillĂ© eux aussi Ă  Matignon la lĂ©galisation totale du cannabis, observant alors que la prohibition ne fonctionne pas. Afin de lutter contre le trafic, ils proposent d’ailleurs de fixer un prix Ă  hauteur de 9 euros le gramme d'herbe, contre environ 11 euros actuellement dans la rue.

Lire aussi : Cannabis: des économistes conseillant Matignon prÎnent une légalisation

ParallĂšlement, l’Agence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament, mĂȘme si elle attend encore le feu vert du ministĂšre de la SantĂ©, propose une feuille de route pour lancer une premiĂšre phase expĂ©rimentale de cannabis thĂ©rapeutique, qui devrait durer 2 ans. Autant d’acteurs qui se mobilisent aujourd’hui pour une lĂ©galisation, mĂȘme partielle et mĂ©dicale, du zamal


Certains se lancent mĂȘme dans des pĂ©titions. L’une d’elles, mise en ligne par le RĂ©unionnais et avocat Dominique RiviĂšre, met en lumiĂšre une Ă©tude sortie l’annĂ©e derniĂšre et annonçant que 82% des Français seraient favorables Ă  un usage mĂ©dical encadrĂ© du cannabis. Il ne manque donc que le top dĂ©part du ministĂšre de la Santé 

"Il faut rester prudent"

Selon l'addictologue David MĂ©tĂ©, la France est "trĂšs en retard" concernant la lĂ©galisation, ou du moins la dĂ©pĂ©nalisation du cannabis. Ce zamal thĂ©rapeutique pourrait ĂȘtre une aubaine pour certains malades. "Il faut rester trĂšs prudent bien sĂ»r", prĂ©vient le docteur. "Le projet de l'AutoritĂ© du mĂ©dicament tĂ©moigne d'une ouverture d'esprit de la part des grands acteurs de la santĂ©. Mais la manipulation du zamal reste complexe et devra ĂȘtre trĂšs encadrĂ©e."

Le projet en question restera une simple "phase de test", Ă  savoir la mise en place puis le suivi des patients, et Ă  la fin 6 mois seront dĂ©diĂ©s Ă  l’analyse des donnĂ©es rĂ©coltĂ©es. Entre 1.500 et 3.000 patients pourraient ĂȘtre concernĂ©s. Tous les territoires français le sont, reste Ă  voir si La RĂ©union participera effectivement au projet.

Le zamal atténue la douleur

"Techniquement, on ne va pas remplacer la morphine par le zamal", explique le docteur David MĂ©tĂ©. Il peut cependant agir sur la douleur, notamment dans le cas du cancer, ou aider Ă  se dĂ©tendre pour des maladies comme la sclĂ©rose en plaques. "On chauffe l’herbe Ă  178 degrĂ©s, puis on en extrait les principaux actifs de cette maniĂšre." Les patients ne se verront donc pas administrer des joints en plein hĂŽpital
 le zamal thĂ©rapeutique sera vaporisĂ©. Bien entendu, avec des doses contrĂŽlĂ©es Ă  la loupe


Le zamal thĂ©rapeutique pourrait-il fonctionner Ă  La RĂ©union ? "Nous avons dĂ©jĂ  plus ou moins l’habitude du zamal sur l’üle, et ici beaucoup de personnes l’utilisent ou l'ont utilisĂ© comme mĂ©decine traditionnelle." Si la drogue douce dĂ©barque dans nos pharmacies, il y a donc fort Ă  parier qu’elle pourrait faire plus d’un heureux.

Rappelons que dans les campagnes, les RĂ©unionnais se souviennent des tisanes de zamal, efficaces pour combattre les effets de l’épidĂ©mie du chikungunya en 2005-2006, qui a touchĂ© jusqu’à 40% de la population. Par ailleurs les molĂ©cules du zamal peuvent ĂȘtre intĂ©ressantes en psychiatrie, en neurologie ou pour traiter des Ă©pilepsies.

Vers une légalisation totale ?

Selon le docteur David MĂ©tĂ©, "un pays qui envisage le cannabis thĂ©rapeutique fait un premier pas vers la lĂ©galisation contrĂŽlĂ©e". Une premiĂšre pierre posĂ©e donc, sur le long chemin pavĂ© qu’il faudra suivre avant de consommer du zamal en toute lĂ©galitĂ© sur territoire français. "Toujours est-il que la restriction ne fonctionne pas." Ici l’addictologue fournit les mĂȘmes observations que les Ă©conomistes conseillant le gouvernement


Pour lui, la France tarde trop Ă  rentrer dans le vif du sujet. "Aucun gouvernement n’a vraiment osĂ© lancer le dĂ©bat jusqu’ici. Pourtant, lĂ©galiser, ou du moins dĂ©pĂ©naliser ne veut pas dire cautionner. C’est aussi et surtout une maniĂšre de lutter contre les trafics de rue."

Le zamal (pourquoi pas) créateur d'emplois

Les saisies de zamal ne font qu’augmenter sur l’üle. Ne serait-ce que le 31 mai, 6 hommes ont Ă©tĂ© interpellĂ©s : ils transportaient142 kg de zamal. ArrĂȘtĂ©s par la gendarmerie Ă  l'Anse des Cascades Ă  Sainte-Rose, ils s'apprĂȘtaient Ă  rejoindre Maurice.

Lire aussi : Trafic de drogue : six hommes déférés au tribunal de Saint-Denis

En mars dernier, la police nationale de La Réunion a démantelé un réseau de trafic de stupéfiants dans l'Est de l'ßle. 200 plants de zamal pour un poids total de 205 kilogrammes de cannabis
 au total la valeur marchande a été estimée à 200.000 euros.

Lire aussi : Un trafic de zamal estimé à 200 000 euros démantelé

Et les exemples sont nombreux. Pourtant Ă  chaque fois le zamal est mis Ă  mal : jetĂ© en mer quand il est interceptĂ© par la Marine nationale, ou brĂ»lĂ© quand c'est sur la terre ferme. La drogue douce finit par ĂȘtre dĂ©truite... On le voit, le zamal circule aussi bien Ă  La RĂ©union que vers La RĂ©union. Alors des cultures seraient-elles envisageables ici ? "Il existe dĂ©jĂ  un marchĂ© international", rappelle David MĂ©tĂ©. "C’est le plus gros marchĂ© Ă  venir au niveau mondial, il y a dĂ©jĂ  des tonnes de multinationales qui planchent dessus !" Est-ce que les emplois suivraient ? C'est fort probable.

Lire aussi : Et si le zamal remplaçait la culture sucriÚre....

A La RĂ©union, le climat est favorable et la canne est en panne
 "C’est utopique d’envisager une culture du zamal qui remplacerait celle de la canne Ă  sucre", estime l’addictologue. "Mais cela pourrait bien fonctionner sur l’üle, et les retombĂ©es Ă©conomiques pourraient ĂȘtre importantes." Le zamal, successeur de la canne Ă  sucre ? Peut-ĂȘtre, peut-ĂȘtre pas
 mais la question mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e.

mm/www.ipreunion.com/[email protected]

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3 Commentaires
Bruno, depuis son mobile
Bruno, depuis son mobile
6 ans

Et vive la France, le pays des drogue'! !!

le malabar, depuis son mobile
le malabar, depuis son mobile
6 ans

LE BONHEUR EST DANS LE PRÉ

Hardcore
Hardcore
6 ans

Il faut se battre des maintenant pour empĂȘcher cela. Le z thĂ©rapeutique donnĂ© des graines stĂ©rile et les planteurs seront obligĂ©s de racheter les graines. Par mĂ©lange avec ces pieds notre zamal va disparaitre.