La filière fruit à pain s'installe doucement mais sûrement dans le paysage agricole de La Réunion

  • Publié le 13 mai 2026 à 06:01
  • Actualisé le 13 mai 2026 à 06:02
filière Fruit à pain foire de Bras-Panon

Longtemps oublié ou évincé au profit d'autres produits de consommation comme le riz, le fruit à pain revient doucement mais sûrement dans l'agriculture réunionnaise. Résultat du projet alimentaire territorial de Bras-Panon, porté par l'envie de renforcer l'autonomie alimentaire et de proposer à la population une alimentation plus saine (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Le "fruit à pain fait partie du patrimoine alimentaire de La Réunion", indique Madame Pattma de la Chambre des métiers et de l'artisanat de La Réunion (CMA).

"Il a longtemps été considéré comme un produit traditionnel et là il devient un levier économique, d'innovation et de souveraineté alimentaire", poursuit-elle.

L'arbre à pain fut introduit à La Réunion en 1794 par le botaniste Joseph Hubert de Montfleury, dans un premier temps aux abords de La Rivière des Marsouins à Saint-Benoît, probablement pour la même finalité.

- Une variété nouvelle de fruit à pain pour La Réunion -

Si l'importation de ces plants vers La Réunion a pu attirer les critiques – ce fruit étant déjà présent dans le département – Jeannick Atchapa tient à préciser que dans l'île, "il est difficile de trouver des plants". En Polynésie Française, il en existe plus de 50 variétés. Écoutez.

Cette variété se présente sous forme de vitro plants. Une fois plantés, les arbres peuvent produire leurs premiers fruits d'ici deux à trois ans. Des "arbres fragiles qui ne doivent pas dépasser 4 à 5 mètres de haut", explique un technicien à la Chambre d'agriculture.

Les agriculteurs qui s'inscrivent dans ce projet, s'engagent par la signature d'une convention à "respecter l'itinéraire technique fourni par la Chambre d'agriculture, assurer le suivi de la parcelle, participer aux formations organisées dans le cadre du programme et signaler toutes anomalies", liste Jeannick Atchapa.

Pour le président de la Chambre d'agriculture, Olivier Fontaine, "l'objectif n'est pas d'effacer notre variété mais d'avoir un complément, notamment à travers une transformation et une valorisation différente".

- Une filière de transformation à développer -

Ce mardi 12 mai 2026, les premiers plants de fruits à pain, importés à La Réunion grâce au partenariat entre la ville de Bras-Panon, la Chambre d'agriculture et la Chambre verte de Polynésie Française ont été remis à plusieurs agriculteurs, membres de l’association des producteurs de Bras-Panon.

Cette remise de plants, poursuivie d'une signature de convention, marque une nouvelle étape dans la construction de cette filière locale.

Par la suite, d'autres agriculteurs se verront remettre des plants de fruits à pain pour production. "La demande est réelle", dit le maire de Bras-Panon.

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Pour y répondre, un partenariat est noué avec la coopérative de vanille en charge de la production prochaine des futurs plants de fruits à pain. Un laboratoire qui sera inauguré ce jeudi 14 mai "pour résoudre les problèmes de quantité de plants", explique Willy Boyer.

Après la plantation, viendra le temps de la production et de la transformation.

Pour développer la filière, une convention va être signée entre le différents acteurs : le Département, la Chambre d’Agriculture, de la CCIR, de la CMAR, de l’ADIR et Pro Vanille. "Si l'opération fonctionne et que nous avons plusieurs tonnes de fruits à pain, les agriculteurs doivent pour les transformer chez eux et nous les valoriser", souligne le maire de Bras-Panon. Écoutez.

"Cela pourrait positionner La Réunion comme un potentiel européen sur des produits nobles", dit Michel Dijoux de l'Adir. "J'en serais un fervent défenseur pour mettre La Réunion sur la voie de l'excellence." Écoutez.

- Le fruit à pain, un aliment sain pour les Réunionnais -

La structuration de cette filière a pour objectif "d'assurer par la suite la souveraineté alimentaire de l'île, et la qualité des aliments pour la santé des Réunionnais et Réunionnaises", précise le maire de Bras-Panon.

Le fruit à pain, est un aliment sain, "avec un indice glycémique inférieur au riz et qui contient 16 fois plus de fibres", vante Jeannick Atchapa.

Il pourra être développé sous forme de farine, de frites, de produits sans gluten, de gratin de glaces…

Il serait un véritable atout "contre le diabète à La Réunion", déclare le maire de Bras-Panon.

La Réunion demeure la région la plus touchée de France, avec une prévalence du diabète supérieure à celles des autres régions françaises. Les écarts sociaux restent marqués : les personnes moins diplômées et les retraités sont les plus concernés.

Selon le Baromètre Santé, à La Réunion, la prévalence du diabète était de 13,6%. En 2021, les données du baromètre mettent en évidence que 18% des adultes atteints d’un diabète à La Réunion étaient non traités pharmacologiquement. Cela représente près de 90.000 personnes concernées sur le territoire.

- La souveraineté alimentaire, une nécessité en temps de crise -

Le modèle de la filière du fruit à pain pourrait "être dupliqué sur d'autres filières demain, avec de nouvelles productions à mettre en avant", insiste Olivier Fontaine.

L'objectif pour la Réunion, dépendre moins des importations. "77 % de ce qui est vendu dans les supermarchés sont des produits importés", dit-il.

Organiser la souveraineté alimentaire de La Réunion est une nécessité pour "se préserver de l'isolement et on le voit d'autant plus en ce moment dans le monde avec le conflit en Iran, l'impact de l'inflation, les problèmes d'approvisionnement et les carburants", précise Jeannick Atchapa.

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