Interpellé pour apologie du terrorisme, il tire sur deux policiers (actualisé)

Radicalisation - Une étape vers le pire est franchie

  • Publié le 28 avril 2017 à 06:58
Saint-Benoît

Ce jeudi 27 avril 2017, deux membres du GIPN (Groupement national d'intervention) ont été blessés lors de l'interpellation d'un jeune homme soupçonné de radicalisation à Saint-Benoît. L'individu n'a pas hésiter à leur tirer dessus à l'aide d'un fusil à pompe à plusieurs reprises. Ironie du sort : quelques heures plus tôt, une centaine de policiers se rassemblait à Saint-Denis pour réclamer davantage de protection et de reconnaissance. La section anti-terroriste du parquet de Paris s'est saisie de l'enquête, ouverte pour tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle. Une dizaine d'enquêteurs est arrivée discrètement ce matin sur le département. Lors de la perquisition, des armes et éléments destinés à la fabrication de cocktails molotov ont été retrouvés au sein de l'appartement. Son beau-frère, soupçonné lui aussi de radicalisation, a également été arrêté. Autant d'éléments qui laissent à penser qu'une étape vers le pire et la peur, initiés par la mouvance radicale, a été franchie à La Réunion.

Les habitants de la résidence Fragrance, à Saint-Benoît, se sont peut-être réveillés ce matin encore hantés par le bruit de l’échange de tirs de la veille. Face aux hommes du GIPN, le jeune Jérôme Lebeau n’a vraisemblablement pas hésité une seconde à saisir un fusil à pompe pour tirer à deux reprises. Un événement invraisemblable dans l’esprit des voisins, qui étaient loin de se douter de la radicalisation de l’individu.

Ceux qui l’apercevaient au loin se souviennent plutôt de son côté discret ou de la barbe qu’il s’était récemment laissé pousser. Mais rien qui ne puisse laisser penser à une quelconque apologie du terrorisme : c’était pourtant l’objet de la perquisition menée par les forces de l’ordre aux aurores. Sous le vernis des apparences, l’individu n’était visiblement pas tranquille, au vu du fusil qu’il gardait à portée de main.

La fouille de l’appartement a ensuite permis de retrouver de nombreuses armes et des éléments permettant la fabrication de cocktails molotov. Autant de raisons qui peuvent laisser penser que le jeune homme de 21 ans risquait de commettre un acte irrémédiable.
D’autant plus que tirer sur des membres du GIPN n’est pas commun. À La Réunion, le dernier événement de ce type remonte à 2005. Un employé des Brasseries de Bourbon dirige son arme vers les dirigeants de son entreprise et réitère en direction des policiers lors de sa cavale.

La mère du jeune homme a été placé elle aussi en garde-à-vue. Plus tard dans l'après-midi le beau-frère et la sœur de Jérôme Lebeau sont à leur tour interpellés. Leur appartement situé dans un immeuble proche du lycée Patu de Rosemont à Saint-Benoît, avait été fouillé tôt dans la matinée, mais le couple était absent. Le beau-frère est lui aussi soupçonné de radicalisation. Selon les témoignages des voisins, il avait l'habitude d'inviter des jeunes chez lui et de leur tenir des propos faisant penser qu'il appartient à la mouvance radicale.

- Dans une commune où Marine Le Pen a récolté la majorité des voix -

Le contexte de ce jeudi matin est néanmoins d’un tout autre acabit : dormir avec son fusil et blesser délibérément deux agents des forces de l’ordre pour leur échapper laisse à penser qu’une étape est franchie. Une étape vers le pire dont on pensait (ou voulait penser) La Réunion à l’abri. Une certitude fragile qui s’émiette lorsque l’on repense au coup de filet antiterroriste mené sur l’île en 2015. Un prédicateur salafiste présumé, âgé de 21 ans et surnommé "l’Égyptien" avait alors été interpellé et mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Plusieurs Réunionnais avaient été interpellés dans la foulée. Une première sur notre département , qui compterait actuellement une centaine de personnes fichées S, la fameuse fiche signalétique du fichier des personnes recherchées.

Au vu du timing, les candidats du second tour de la présidentielle ont forcément et rapidement réagi.  Marine Le Pen a rapidement commenté les événements avec un tweet et un constat : "Tout mon soutien aux deux policiers blessés à #LaRéunion. Même l'Outre-mer n'échappe pas, hélas, au fondamentalisme islamiste".  Au commentaire d’Emmanuel Macron s’ajoute la promesse : "#LaRéunion Notre lutte contre le terrorisme sera intransigeante. Je félicite le courage des policiers blessés et leur apporte mon soutien".

 

 

 

Il est sans doute bon de rappeler qu’à Saint-Benoît, la candidate du Front National a récolté la majorité des voix. Reste à voir si les habitants la plébisciteront à nouveau ce dimanche 7 mai, après l’épisode musclé de la résidence Fragrance.

Le jeune Jérôme L. devrait être déféré à l’issue de 96 heures de garde à vue. La section antiterroriste du parquet de Paris s’est saisie de l’enquête, ouverte pour tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle. Un chef d’accusation à rallonge qui appuie encore l’idée qu’une étape vers le pire a été franchie dans ce petit appartement bénédictin.

mp/www.ipreunion.com

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2 Commentaires
Al capone
Al capone
8 ans

"une centaine de personnes fichées S, la fameuse fiche signalétique du fichier des personnes recherchées."
La fiche S n'est pas celle des personnes recherchées mais signalées. (l'erreur a été corrigée grâce à vous. Merci de votre vigilance - Webmaster ipreunion).

Thiasma
Thiasma
8 ans

J'aimerais relever une erreur factuelle dans votre article:
"une centaine de personnes fichées S, la fameuse fiche signalétique du fichier des personnes recherchées."
Les fiches S ne concernent pas les personnes "recherchées" mais les personnes surveillées (l'erreur a été corrigée grâce à vous. Merci de votre vigilance - Webmaster ipreunion).