Absence de stratégie et gestion comptable chaotique

La Chambre des comptes au chevet d'un Centre hospitalier souffrant

  • PubliĂ© le 3 avril 2019 Ă  16:20
  • ActualisĂ© le 3 avril 2019 Ă  16:55
CHU Bellepierre

Dans son rapport sur le Centre hospitalier universitaire de la Réunion (CHU) rendu public le 27 mars 2019, la Chambre régionale des comptes (CRC) note plusieurs gros dysfonctionnements d'un point de vu administratif. Sans que ces derniers soient synonymes d'une quelconque opacité ou malversation. Les remarques portent sur une absence de stratégie, sur un manque de suivi des dossiers et sur une gestion comptable chaotique. (RB/Imaz Press Réunion)

"Au cours de la pĂ©riode 2014-2018, la gestion de l’établissement est marquĂ©e par des  fragilitĂ©s notamment en termes financier, d’activitĂ©, d’efficience et de qualitĂ© des soins. Cette situation s’est traduite par un affaiblissement des positions du CHU sur sa zone de recours," commence la Chambre dans son rapport.

Une "non-maitrise des dépenses de personnel"

La Chambre rĂ©gionale des Comptes estime que le CHU ne contrĂŽle pas les "dĂ©penses de personnel", une "non-maitrise" qui "est liĂ©e en partie au financement du protocole social ; la titularisation de 300 agents par an a coutĂ© prĂšs de 5 millions d’euros. Des recrutements complĂ©mentaires ont participĂ© Ă  la dĂ©tĂ©rioration de la gestion. Le choix de maintenir l’indexation irrĂ©guliĂšre de certaines primes et indemnitĂ©s a conduit Ă  un surcoĂ»t de 14,3 millions d’euros depuis 2014. Le dĂ©compte de la pause mĂ©ridienne comme du temps de travail, pour le personnel non soignant, en contradiction avec les textes reprĂ©sente Ă©galement un surcoĂ»t Ă©valuĂ© pour la seule annĂ©e 2017 Ă  4,4 millions d’euros soit l’équivalent de 83 postes."

La Chambre poursuit : "l’établissement dispose de marges de manƓuvre dans la gestion des ressources  humaines, l’optimisation des organisations de travail et celle des achats. Par l’érosion de ses parts de marchĂ©, son activitĂ© dĂ©croĂźt. Des retards ont Ă©tĂ© pris dans  le domaine des interventions en ambulatoire. L’établissement a tardĂ© Ă  adapter sa structure capacitaire Ă  son activitĂ©, alors que celle du secteur privĂ© progresse."

Des activitĂ©s en progression, plombĂ©es par l’absence une "vĂ©ritable stratĂ©gie"

Sur les actes et consultations externes (ACE), c’est-Ă -dire les prestations dispensĂ©es Ă  l’hĂŽpital en dehors d’une hospitalisation, la Chambre qu’ils ont progressĂ© de 20 % en volume sur la pĂ©riode 2013-2017. Toutes les filiĂšres de soins Ă©tant concernĂ©es. Certaines spĂ©cialitĂ©s comme les actes techniques mĂ©dicaux et de biologie connaissent  un taux d’évolution supĂ©rieur Ă  cette moyenne. Ils sont respectivement de prĂšs de 58 % et de 30 % sur la pĂ©riode. L’établissement a enregistrĂ© des recettes supplĂ©mentaires. Ces derniĂšres sont passĂ©es de 22,5 millions d’euros en 2013 Ă  29,4 millions d’euros en 2017 ; rapportĂ©es aux ressources totales, elles s’élĂšvent Ă  plus de 4 % des recettes de l’établissement, de l’ordre de 700 millions d’euros," dĂ©taille la Chambre.

Pour autant, la haute juridiction considĂšre que l’activitĂ© ACE du CHU "ne fait pas l’objet d’une vĂ©ritable stratĂ©gie," et qu’elle est davantage "apprĂ©hendĂ©e comme une obligation notamment au regard d’une permanence de soins qui pĂšse partiellement sur l’hĂŽpital. Si des actions de coopĂ©ration, comme des consultations avancĂ©es, sont effectives sur divers sites, elles restent inabouties par rapport Ă  la couverture des besoins de santĂ©. L’hĂŽpital n’a pas initiĂ© de synergie coordonnĂ©e avec la mĂ©decine de ville sur cette activitĂ©."

RĂ©sultat : pour les patients il est trĂšs difficile de s’y retrouver, "les parcours de soins sont complexes sur des sites Ă©parpillĂ©s, les locaux Ă©tant peu adaptĂ©s et peu attractifs."

Pire encore, l’activitĂ© ACE retraitĂ©e par l’établissement "serait dĂ©ficitaire de 19,1 millions d’euros sur la pĂ©riode de contrĂŽle en raison de la sous-rĂ©munĂ©ration de l’activitĂ© d’actes et consultations externes," martĂšle la Chambre. Elle ajoute : "le CHU n’a pas dĂ©veloppĂ© d’outils lui permettant de mesurer l’économie gĂ©nĂ©rale de cette activitĂ©."

Une offre variée mais un manque de conventions signées avec des structures

Concernant l’offre d’actes et de consultation externes proposĂ©s, la CRC note qu’elles sont "trĂšs variĂ©es", le CHU disposant d’un "important plateau technique." NĂ©anmoins, dans le cadre des consultations avancĂ©es rĂ©alisĂ©es dans le cadre de conventions cadres signĂ©es avec les structures juridiques, la Chambre note que certaines de ces "conventions cadres signĂ©es en novembre 2012 avec le GHER et le CHGM sont Ă©chues depuis novembre 2015 soit depuis plus de deux ans alors que les consultations avancĂ©es ont toujours cours." Elle assĂšne : "Au vu de ce qui prĂ©cĂšde, le nombre de conventions prĂ©sentĂ©es apparait limitĂ© au regard de celles existant."

Une organisation chaotique

"L’éclatement spatial sur plusieurs sites, l’architecture d’origine pavillonnaire qui cohabite avec des bĂątiments mono-blocs, pour certains non encore opĂ©rationnels, l’hyperspĂ©cialisation de certaines disciplines comme la neuro-chirurgie ou la chirurgie cardiaque, n’ont pas favorisĂ© le regroupement,"  critique la haute juridiction.

Pour le site nord par exemple, "les guichets sont en nombre limitĂ©s dans des espaces restreints et des lieux ne favorisant pas la confidentialitĂ©," prĂ©cise la Chambre, ajoutant que "l’absence de regroupement des consultations au CHU se double de circuits peu lisibles pour les patients."

Le site sud est lui aussi jugĂ© trop "ni organisĂ©, ni formalisĂ©," malgrĂ© l’existence d’"un circuit d'accĂšs rapide aux consultations."

A ce relevĂ© d’observations dĂ©finitives Ă©tabli par la CRC, David Gruson, ancien directeur gĂ©nĂ©ral du CHU annonce qu’il en "partage l’essentiel des constats, et souscris Ă  l’approche portĂ©e par la Chambre d’un besoin de positionnement plus fort de ce champ d’activitĂ© dans la stratĂ©gie des Ă©tablissements publics de santĂ©."

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1 Commentaires
ZembroKaf
ZembroKaf
7 ans

Une direction "siĂšge" Ă  Saint Paul...loin des sites du CHU....pour faire plaisir Ă  TAK (150.000 euros de loyer)...qui a un chauvinisme sudiste dans le sang au lieu de voir Le DĂ©partement (CHU) dans sa globalitĂ©....des multi sites dans le sud presque Ă  l'abandon en dehors du site "usine" De Terre Sainte...on a crĂ©e un CHU...sans visibilitĂ© en oubliant qu'un Ă©tablissement de santĂ© c'est fait pour soigner des personnes...et non pour un combat politique ou syndical "nord/sud" (Ă©pisode chirurgie infantile)....pendant ce temps les tutelles (ars entre autres...)ont favorisĂ©, favorisent...les structures privĂ©es !!!!...L'Etat qui a crĂ©e le CHR...puis le CHU....a fusionnĂ© 2 Ă©tablissements qui n'ont pas la mĂȘme "culture"...de "soins"....celui du Sud qui est une "pleureuse" politique/syndical...et celui du nord qui vivote en encaissant les coups...sans "protection politique" !!!